QUOI, ÇA AUSSI, LA FAUTE A MOBUTU … ET AUX BELGES ?

Très Honorablissime, député de mon pays. Je vous écris en bon citoyen, mais pardonnez-moi si j’arrive à vous vexer. Rassurez-vous, vous avez vexé plusieurs. Je vous ai entendu, à l’assemblée, arguer que … c’est la faute à Mobutu. Hier, encore vous, vous pointiez les Belges. Et en tout ça, seriez-vous devenu un saint ? Alors allez au ciel ! Quelle est votre responsabilité ? Ils sont partis, Mobutu et les belges, il y a bien longtemps. Depuis, c’est vous…

Déplacés

Un village en RDC. Source: OCHA.

Aujourd’hui, vous avez l’honneur d’être un doyen. Vous avez vu s’installer Mobutu, vous l’avez vu partir. Vous êtes là encore. Et comme d’habitude, vous êtes là… dans la capitale, dans le luxe qui fait peur à vos électeurs. Le soir dans votre base électorale, vous vendez des rêves aux pauvres. Le matin à l’hémicycle, vous n’oubliez pas qui vous a formé : Mobutu. He bien, il est là en vous ! Vous le représentez valablement. Tenez !

La faute des belges ?

Vous dites que c’est la faute aux belges ? Qu’ils ont pillé le Congo ? J’en conviens. Mais ils sont partis, voici 54 ans. Ils ont laissé les routes. Vous alliez aussi rapidement à votre village que vous ne vous rendez aujourd’hui à Kinshasa par avion. Aujourd’hui, c’est devenu très loin, chez vous au village. Vous avez même oublié ce qui s’y passe réellement. Même à votre récente élection, vous ne vous y êtes pas rendu, parce que pas de route. Qu’avez-vous fait des routes des belges ? Que la route vers votre village, où vivent vos familles sa gâte, ça aussi, est-ce la faute des belges ? Dans quel état avez-vous mis la Société des chemins de fer du Congo? Pouvez-vous voyager aujourd’hui par train pour vos vacances chez vous au village?

Ils ont laissé la Gécamines, la Miba, des productions de coton, des fermes, des champs nombreux. Votre pays, vous nous l’avez appris, était une puissance économique, agricole, … pareil au Canada ! Vous n’avez pas honte à le dire ! Mais que s’est-il passé ? Aussi la faute aux belges, que vous ayez tout dilapidé ?

Quoi, Mobutu ?

­– Ah, je vois. Mobutu ! Mais vous étiez avec lui. Partout. En tout. Mais il est parti, cher député. Il y a voici 17 ans ! Vous les meilleurs, les saints, vous êtes là depuis 17 ans. Nous avez-vous montré le paradis ? Oh, notre cher Mobutu ! S’il avait vos chances à vous ! Il n’a jamais vendu les gisements de cuivre et cobalt de la Gécamines, jamais ceux de diamants ni d’or… il n’a jamais eu votre pétrole à vous au Kivu. Mobutu n’a pas vu s’affoler les prix de caciterite. Sans avoir vos ressources mirobolantes d’aujourd’hui, je parle comme les israélites sortis d’Egypte, les zaïrois mangeaient, se mariaient et avaient un salaire, mieux qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, 90% des citoyens actifs sont sans emplois. Mobutu, qu’a-t-il à y voir ?

Le dictateur ? Oh oui. Dites-moi, cher député. Qu’avez-vous changé ? Les élections ? Ou le parlement où se joue un cinéma télévisé, en direct ? Qu’avez-vous changé ? Ah oui. Parler comme moi aujourd’hui, à un député. Peut-être. Mais les gens parlaient, écrivaient, insultaient Mobutu. Certains étaient emprisonnés, torturés ; les plus chanceux tués… et les pleins de grâces, s’exilaient. Mais il y a un Tshitshi : il a résisté à tout. Dites-moi, avez-vous inventé la roue ?

Je vais arrêter mon pessimisme, cher député, bientôt « dépité ». Tout l’or de Kilo-moto s’épuise. Les montagnes de cuivres et cobalts sont rasées au Katanga, bientôt, vos petits-fils combleront les trous. Rien d’intéressant à Bakwanga au point que vous n’osez même pas relancer la Miba. Ah oui, vous avez le pétrole et le Gaz. Mais vos voisins de l’Est l’épuisent bientôt pendant que vous… dormez ! Nous, on a faim, on a soif, on dort dans le noir, on finit les études sans espoir. Au Katanga, nous somme 65% d’analphabètes… Car vous, vous êtes là depuis toujours. Est-ce la faute à Mobutu, ça aussi ?

Depuis toujours, vous nous faites honte, vous nous violentez. Bientôt, vous ne serez plus députés, mais bien dépités. Dernière prière : Laissez tranquilles Mobutu et les Belges. Vous êtes seuls auteurs de notre malheur aujourd’hui.

1 Commentaire

  1. Cher Monsieur Didier,
    Je me permets de vous contacter après avoir découvert votre blog et lu quelques articles dessus.
    Comme vous, je m’intéresse beaucoup à la liberté de presse et j’ai déjà écrit deux livres dessus (en 2005 et en 2012), en plus d’un tout récent livre sur la justice transitionnelle (2014).
    Je vous saurais gré de me dire les conditions d’obtention de votre livre qui intéresse ma recherche en cours (les technologies comme nouveau défi pour les régulateurs des médias).
    Avec mes meilleurs souhaits d’une très heureuse année 2015.

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