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Lubumbashi vient de célébrer pour la première fois, la journée des anciens combattants le 11 novembre dernier. Une dizaine, les militaires retraités se sont inclinés sur les tombes de leurs frères d’armes qui s’en sont allés. Cette sobre célébration a eu la particularité de faire découvrir les conditions de vie assez difficiles que vivent ces gens qui ont servi sous le drapeau. Surtout, ont participé à la seconde guerre mondiale. Cela ne donne pas droit à grand-chose, on dirait.

Mardi 11 novembre, la division provinciale des anciens combattants au Katanga a le loisir d’organisé un événement peu suivi en l’honneur des retraités. Une première dans cette province qui protège tant bien que mal la mémoire de deux guerres mondiales auxquelles des congolais ont participé pour le compte de la Belgique, pays colonisateur.

Des anciens combattants de Lubumbashi. Kyondo tv

Des anciens combattants de Lubumbashi. Kyondo tv

Ils étaient seuls à leur fête

Pas d’autorité politique, pas de chef de l’armée… le chef de la division des anciens combattants se trouve seul avec ses retraités. On les attend jusqu’à trois heures près. Mais ces absences déçoivent et, quelqu’un ne manque pas de noter qu’il s’agit là d’un sabotage et un manque de considération. Finalement, tout démarre.

L’équipe va s’incliner sur les tombes des autres combattants de la seconde guerre mondiale, au cimetière Sapin, au Nord-Est du centre-ville de Lubumbashi. « On nous a amenés au cimetière sapin. Si je meure, où serais-je enterré ? Nous devrions avoir un cimetière réservé aux anciens combattants comme souvenir », estime un ancien combattant.

Pourquoi pas ? Il devrait être un monument, ce cimetière, s’il était créé. Avoir combattu durant la guerre mondiale, et surtout après les victoires de Gambela en Abyssinie (actuelle Ethiopie), n’est-ce pas un honneur dont se targuent les forces armées congolaises ? En réalité, on a besoin de gloires, de références pour doper les esprits de jeunes soldats et même flatter l’orgueil des congolais qui, depuis leur naissance, n’ont fait qu’assister à des défaites de leurs armées.

Un ancien combattant nonagénaire (40-45) à Lubumbashi. Kyondo tv

Un ancien combattant nonagénaire (40-45) à Lubumbashi. Kyondo tv

Si Lubumbashi a immortalisé cette victoire qui a surtout servi aux Belges, en baptisant Gambela, un quartier de la ville, ou Kenya cette commune des plus célèbres en mémoire du Kenya, pays par où les combattants congolais sont passés de retour de la campagne d’Abyssinie,… pourquoi ne pas immortaliser des gloires vivantes : les combattants encore en vie ?

Pas de gloire pour les anciennes gloires

Le quotidien de ces retraités est difficile. Loin du rêve vendu par les télévisions étrangères à propos des anciens combattants des colonies françaises, par exemple, ces retraités ont 1796 FC, soit environ 2 USD mensuels comme rente de la part de l’Etat. Cela a été confirmé par le chef de la division des anciens combattants.

« Nous ne vivons pas bien, notre vie  n’est pas heureuse, dit un retraité de 81 ans. Notre rente est insuffisante. On ne peut même pas se payer un sac de farine avec cet argent. On a pourtant servi le pays, mais aujourd’hui on n’a rien d’important. » Un autre ajoute :

« Nous n’avons pas accès aux soins de santé, je te le dis. Il n’y a aucun hôpital qui nous soigne. Nous mourons comme des chèvres sur la route. »

Un jeton sur lequel est inscrit le montant de la rente des anciens combattants

Un jeton sur lequel est inscrit le montant de la rente des anciens combattants

La plupart de ces retraités de l’armée congolaise qui plus sont des anciens combattants de la seconde guerre mondiale, vivent grâce à leurs familles.

Les monuments disparaissent

Les tombes des anciens combattants à Sapin, Lubumbashi. Kyondo tv

Les tombes des anciens combattants à Sapin, Lubumbashi. Kyondo tv

La signature de l’armistice, la fin de la première guerre mondiale devenue depuis la fête des anciens combattants dans plusieurs pays du monde, est aussi une fête de l’armée, des retraités en RDC. Si à ce jour il n’y a plus de survivant de la grande guerre à Lubumbashi, les monuments disparaissent progressivement eux aussi. Les avenues qui portaient les noms des victoires de la Force publique sont débaptisées. C’est le cas de l’avenue Tabora, qui rappelle le succès enregistré à Tabora, une ville du Nord-Ouest de la Tanzanie. Le monument dédié à un élève, mineur, enrôlé dans la force publique pour la première Guerre mondiale au collège Imara a simplement disparu. Seuls les plus anciens peuvent s’en souvenir encore.

Au centre-ville, Place de la Poste, un autre monument à la gloire des combattants congolais de cette guerre a été déboulonné sous le Zaïre. Il n’y a pas non plus de trace à son propos. Seul demeure à cet endroit, le socle qui avait porté ce monument : « il reste le même sur lequel est bâti celui de Moïse Chombe », renseigne un historien.

Il n’y a pas plus grand monument que l’homme qui a vécu l’histoire de son temps. A propos des guerres mondiales, ici la seconde plus proche de nous, Lubumbashi garde encore 13 monuments: des retraités. Parmi eux, un compte 90 ans, l’autre 81 ans, et les autres viennent juste après ce dernier. Ils sont tous fatigués, et par la forte de la précarité de leurs conditions économiques, ils risquent de partir dans la tristesse. Ce serait alors triste de n’avoir pas rendu justice à l’histoire. Vers le centenaire de la Grande Guerre: qu’apportera la RDC comme monument? Si l’on n’y prend garde, en 2018, on risque de célébrer le centenaire sans vrai ancien combattants à Lubumbashi.

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