Les noms des vaillants, des flics en RDC

Source: Michel yav, Facebook

Le nom. Rien de plus commode qu’en avoir un. C’est même un pour tout humain reconnu par la déclaration universelle des Droits de l’homme. Les braves, les vaillants et les voyous eux aussi en rajoutent. Des surnoms, des épopées. Des noms qui les caractérisent ou presque. Un flic ? pourquoi pas lui aussi !

Un nouveau chef du village s’identifie toujours par rapport à un autre bien plus glorieux que lui avant. Le monde religieux occidental, même les papes n’échappent pas à cette règle. Un Nzuzi (déformation de juge ?), généralement, rend justice où qu’il se trouve.

La famille

Non, on ne va pas parler de grammaire française. Le nom n’est pas souvent un fait anodin chez nous au Congo, chez nous en Afrique. La logique veut que le nouveau porteur de nom ressemble à son aïeul, à son « majina » (du swahili : à peu près « homonyme »)! Les noms alors font de nous des fils et filles de nos parents, de nos familles… fils et filles de chez nous. Ils rendent forts ou faibles, bénissent ou donnent moins de grâce.

Bonsco Ntaganda, chef du M23. Source: angarrison.com

Bonsco Ntaganda, chef du M23. Source: angarrison.com

Les flics se surnomment

Cobra, Matata, Ntambo, Terminator, Chinja-Chinja, Katata-katata… des noms bien connus des militaires et policiers congolais. Des noms qui comme le boomerang, les faiblissent plutôt que de les rendre réellement puissants.

Un militaire s’appelle « Fort ». Un autre « Ntambo » (lion, en Kiluba) un nom de famille. Drôlement, il y en a un qui s’est fait célèbre en bon « vidéomane » (comme mélomane) en s’appelant « Terminator » comme ce héro impitoyable du film joué par Arnold Schwarzenegger. Les Rambo et Chuck Noriss ne manquent pas! Un chef rebelle s’appelle Cobra et montre son caractère venimeux ou sa létalité ; Matata (caprice, compliqué en swahili) pour dire qu’il est intraitable. En combinant Combra et Matata (Cobra Matata), le même individu, au plus haut de son hyperbole, appel presque l’enfer ! « Chinja-Chinja » (charcuter, égorger, en swahili), un autre nom d’homme armé, pour dire qu’il ne laisse rien à son passage.

La population colle aussi des sobriquets. « Esprit de mort » pour marquer la peur qu’un flic inspire ou le deuil qui suit les missions conduite par un soldat. Par le passé, un commandant se faisait appeler « Mufu » (du swahili, revenant). Je n’oublie pas des « Ben Laden » qui n’ont de commun avec le vrai que le nom ; des François qui n’ont que de lointains liens avec le saint italien et dont parfois ils édulcorent la teneur comme l’encens noircit l’idole ; des congolais Poutines, Saddams, Sankara, Kadhafi, Mugabe, … rarement des Mobutu ! Pourtant, ils sont légions en actes !

Tout le monde est vaillant

Vous savez que l’armée congolaise s’est appelée successivement, dans l’histoire récente : Léopard, Simba (lion) puis encore Simba par totem. Nous-mêmes, on est devenu un peu tout cela. Léopards ou Simba en sport, en troupe de théâtre nationale en compétition, etc. Cela pour montrer réellement que l’« on est fort et comme » ces félins dans la forêt ou dans la savane, quiconque s’amuse en aura pour son compte. Mobutu, ce grand Léopard d’Afrique et dictateur du Zaïre, était de l’ordre de léopard. Non, il était lui-même Léopard et se couvrait de sa peau de la tête aux pieds. Il se posait sur le Léopard. Vrai therianthrope, il savait osciller entre les deux natures : hommes et félin.

Pour une armée, disons que c’est plutôt pas mal. Ressembler à un léopard ou l’être carrément. Je ne parlerais pas ici de nos déboires sur plusieurs fronts. C’est profondément politique. Je sais au moins que, Simba ou Léopards, on a gagné très peu. Surtout dans les sports. Même les Eperviers nous ont dévorés, que dis-je, ont picoré et mangé les léopards. Non, ce ne sont pas des charognards. Ils les ont tués eux-mêmes !

Un chef militaire au Nord-Kivu. Source: safarilodges.com

Un chef militaire au Nord-Kivu. Source: safarilodges.com

Noms et violences en RDC

Fini ma vadrouille. Revenons à ceci qui me tient vraiment à cœur : les flics de mon pays et leurs noms. Un dicton lunda dit que « ce sont, le plus souvent, les oiseaux sans graisse qui font beaucoup de bruit. » Et les français disent que « le tigre ne chante pas sa tigritude, mais il saute. »

J’ai l’impression que ces noms aux tintamarres infernaux  ne collent pas réellement aux identités, comme en Afrique de nos ancêtres. Un Cobra Matata, un Saddam, un Kadhafi, un Léopard… devraient l’être face à l’ennemi. Malheureusement il semble que peuple, assez souvent, les porte sur son dos. Toute cette férocité, c’est son propre peuple qui le subit. Alors des viols, des pillages, des massacres.

Bien entendu, de bons citoyens parmi les flics sont là et font du bon boulot. Et parfois, c’est sans des noms pompeux. Mamadou Ndala. On croirait entendre un religieux! Bahuma ou Mbuza Mabe, restent aussi de ces braves silencieux même si dans Mbuza Mabe, il y a un « mal » (Mabe en lingala = mal, mauvais) ! Lui au moins, en ramenant les rebelles pro-rwandais du CNDP de Laurent Nkunda Batware au Rwanda, a honoré dignement son nom.

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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