RDC, fin de notre séjour dans la caverne

Capture d'écran|Une traversée en pirogue sur la rivière Kafubu vers Cinq Ans, à Lubumbashi
Vodacom mpesa 1

Une application téléphone pour le transfert d’argent sur mobile. Capture d’écran

Internet est roi, les internautes sacrés à l’heure qu’il est. Seulement, pas au Congo-Kinshasa. Ici, on s’aveugle en roulant sur les clous. Depuis mardi 20 janvier, internet vient d’être rétabli ce vendredi 23 janvier dans l’après-midi, mais privé de sa substance primordiale : les réseaux sociaux. Facebook et Twitter ne passent pas. Les SMS ne passent pas toujours, comme cela fut le cas en 2011, la veille des élections.

Pendant la coupure d’internet

Vous vous demandez sans doute ce que j’ai fait, et plusieurs comme moi, pendant qu’internet et ses réseaux (toujours coupés à ce jours) ? J’ai subi la rumeur, je l’ai avalé jusqu’à en avoir le ral bol. Finalement, j’ai vagabondé entre les « Journaux Afriques » de RFI et BBC en train de chercher à comprendre ce qui se passait dans mon pays, à Kinshasa.

J’ai aussi téléphoné, mais très peu. Surtout, j’ai reçu des appels au point de me retrouver irité. La psychose à Lubumbashi était telle qu’un moindre passage d’une camionnette des militaires, bien armés et roulant à tombeau à moitié ouvert, c’était mercredi, les gens ont couru dans tous les sens. Moi qui ai le boulot d’informer, j’étais en passe d’être un média public ! J’ai aussi regardé les télévisions étrangères, et surtout, j’ai eu l’impression de me trouver au fond d’un gouffre, d’une caverne platonicienne. Je me demandais si la lumière du grand jour, du monde rééel, celui des « Charlie », n’allait aps m’envoyer au sol en signe d’une reconversion. Heureusement, cela s’arrête à moitié ce vendredi.

Kinshasa n’est pas Charlie

Cette situation énerve et fait rigoler de tristesse. On se croirait dans un film où le héro meurt ou finalement devient méconnaissable. Qui perd en tout cela ? Et surtout, croit-on punir les citoyens ou l’opposition ? Car il suffit que cela arrive au 30 du mois, les salariés seront dans la rue.

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Un kinois face aux policiers le 19 janvier 2015 à Kinshasa. Source: Rfi.fr

En tout cas, Kinshasa a réussi à mettre à nu ses pratiques parfois plus graves qu’à la deuxième république. Les radios, télévisions, journaux et aujourd’hui internet et SMS coupés au même moment, sans compter la pression que cela fait sur les médias qui s’autocensurent, … c’est presqu’inacceptable en plein 21e siècle. Ceci, à peine que les congolais viennent de crier, même Lambert Mende, « Je suis Charlie ! » Non, Kinshasa n’est pas Charlie. S’attaquer à ces structures, c’est s’attaquer au peuple ! C’est de la terreur. En pleine République qui se targue de « démocratie », ceci rebute.

Lourd déficit économique

Cette décision devrait être la pire que le pouvoir de Kinshasa n’ait jamais prise depuis l’éclatement des contestations. Elle est le thermomètre des libertés dans ce pays en agonie. L’affaire fait tâche d’huile. En quatre jours, la vie économique a été perturbée dans toutes les provinces et les premiers à tapager sont les banquiers. Toutes, même la sclérosée banque centrale du Congo, ont numérisé des services phares : messagerie financière, transferts, paies, etc. Rien de tout cela n’a marché durant près de trois jours. La pression des entrepreneurs a dû sans doute jouer en faveur de ce rétablissement partie de l’accès à Internet.  

Au Katanga, poumon économique du pays, plusieurs miniers n’ont pas pu accéder à leurs comptes pour des opérations. Après un weekend long de trois jours fériés, plusieurs congolais n’ont pas pu retirer du cache aux banques pour des provisions ; puis est venue la marche qui a tout chamboulé. La seule excuse : « internet ne passe pas ! » L’ennui c’est que les provisions se vident et la psychose est grande partout. Les entreprises de téléphonies, les fournisseurs d’accès, les cybercafés… sont paralysés. Cela a continué jusqu’à ce vendredi. Les cybercafés n’ont servi presqu’à rien à part le traitement des textes de moins en moins sollicité, avec la massification des ordinateurs et androïdes il faut compter aussi nombre des magasins qui ont fermé par peur des troubles et surtout, comme à Kinshasa, des pillages.

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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1 Commentaire

  1. C’est triste. Cela pourrait s’assimiler à des violations des droits de l’homme. car il y a des gens malades à l’intérieur du pays qui attendaient recevoir l’argent par transfert des fonds et qui n’ont pas pu car aucune agence n’a travailler pendant tout ce temps

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