Huit femmes pour 3 hommes, vive la polygamie biblique !

Etienne Tobu avec ses deux épouses le 23 mai dans l'Eglise primitive, Lubumbashi. Crédit photo: Etienne Tobu, Facebook.

Des mariages religieux coquins mais surprenants, « à la manière juive » : polygames, et pour cause ! Depuis le 23 mai, on n’arrête pas d’en parler à Lubumbashi. L’église qui les a célébrés se présente comme « primitive » pour dire plus qu’orthodoxe. Et la polygamie est simplement la volonté de Dieu. « Dieu, il est Dieu d’Abraham et de Jacob les polygames, il est Dieu d’Isaac le monogame » et Dieu des célibataires comme l’apôtre Paul.

Huit femmes pour trois hommes

Etienne Tobu avec ses deux épouses le 23 mai dans l'Eglise primitive, Lubumbashi. Crédit photo: Etienne Tobu, Facebook.

Etienne Tobu avec ses deux épouses le 23 mai dans l’Eglise primitive, Lubumbashi. Crédit photo: Etienne Tobu, Facebook.

L’événement a lieu dans une petite église jusque-là connue seulement d’un petit nombre, mais pas son célèbre pasteur Tshilay.  Star de la télévision, l’homme est réputé pour ses convictions sectaires sur la polygamie. C’est bien lui qui a béni 4 couples dans une cérémonie unique. Le premier couple a uni un homme à trois femmes, dont deux nouvelles à côté de la première.  Elles sont toutes jeunes et en robe de mariage. Dans le deuxième couple, une ancienne épouse aussi accompagne la nouvelle, les deux s’unissent à un seul homme. Même schéma pour le troisième couple. Seulement là, toutes sont nouvelles épouses. Enfin, le dernier est simplement monogame. C’est prudent pour un début, mais l’appétit viendra sûrement en « mangeant » (?). Le pasteur lui-même partage sa vie avec « simplement deux femmes par la grâce de Dieu », commente-t-il, esquissant un sourire à peine perceptible.

« Tes désirs te tourneront vers l’homme »

Un constat saute aux yeux : dans ces mariages, on a un seul homme avec plusieurs femmes. La raison est simple. Image de Dieu pour la femme, l’homme est chef. Plus que l’homme, mais moins dur que le serpent condamné à nager dans la poussière, la menteuse et par qui le paradis d’Eden a chuté, a été sévèrement punie. Dieu lui a même arraché la voix, l’obligeant de se taire en public : « Elle ne peut plus enseigner » prêcher, explique Pasteur Tshilay. Dieu lui a dit alors : «Tes désirs te tourneront vers ton mari et lui te dominera »./ (point barre !) Soucieux de sauver l’homme, Dieu institue le mariage, la polygamie. C’est avec Abraham et Jacob, les polygames. Bref, on n’a pas à rougir d’être polygame. Sont exclues d’office, fidélité et égalité. Fidélité, c’est affaire de femme. C’est même la condition pour attirer l’homme : « L’amour ira le plus vers la personne qui est obéissante ». Dieu lui-même qui est amour « dit qu’il a aimé Jacob, il a haï Esaü ».

Célébration de 4 mariages polygames dans une église chrétienne à Lubumbashi, 23 mai 2015. Crédit photo: Etienne Tobu

Célébration de 4 mariages polygames dans une église chrétienne à Lubumbashi, 23 mai 2015. Crédit photo: Etienne Tobu

« Dieu dit s’il prend une autre femme, à la première, il ne retranchera rien à la nourriture aux vêtement et au droit conjugal », Exode 21, 10. On ne devrait pas demander plus au polygame. S’il aime une plus que l’autre, « ce n’est pas pour cela qu’il ira en enfers », commente le pasteur. Parité homme femme, « ça n’existe pas. » Dieu a bien échelonné les pouvoirs. Dans 1 Corinthiens 11, rappelle Pasteur Tshilay, l’écriture dit : « Dieu est le chef de Christ, Christ chef de l’homme et l’homme chef de la femme ». Et la femme, chef de qui ? Personne ! « Elle entre dans l’alliance de l’homme ». Si sa conception du mariage choque « c’est parce que les gens ont quitté la Parole. »

On se présente à deux à l’état civil

Lorsqu’on lui dit que loi congolaise (le code de la famille : articles 330, 351 et 368) ne reconnaît pas la polygamie, Pasteur Tshilay ironise, se servant du cercle vicieux dans lequel voltige la législation au sujet des enfants nés de l’union avec la ou les femmes non reconnues par la loi. « Comment pouvez-vous reconnaître les enfants sans reconnaître leur maman ? », interroge-t-il. Ce ne sont pas des polygames qui manquent, en effet. Facilement il cite Jacob Zuma en tête ! Oui, le Jacob « papa président » de la nation Arc-en-ciel, père des polygames ! Tshilay cite le Kenya et le Congo-Brazzaville. « Au Congo -Brazzaville, si tu te présentes devant l’officier de l’état civil dit-il, tu lui dis si tu vas ajouter ou pas ».

Ça se discute, la polygamie

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L’unique couple monogame marié le 23 mai dans l’Eglise primitive.

Etienne Lubo, une trentaine à peine et déjà polygame n’a pas de honte à s’afficher comme tel. Pour parler de sa personnalité, il se plaît à détailler les lettres de son prénom. Dans un jeu d’explication de chaque lettre de son prénom, il se présente comme un homme « Exemplaire, Tendre (hum, quand on est polygame ?), Indépendant (si au moins sa polygamie est un choix éclairé), Etonnant (ça peut bien rimer avec sa situation), Novateur (par exemple !), Notable et Eclatant (pourvu qu’il le couple en reste indemne !)

Simon Longela s’amuse bien à  remercier son seigneur après avoir appris ce mariage étonnant : « Je viens enfin de trouver là où je vais très bien te servir fidèlement ». No Zihstak demande le verset de la Bible ou de la Torah, la sourate du Coran qui interdit « clairement »  à la femme d’épouser plusieurs hommes. Cheik Ahmed pense pour sa part qu’« il n’y a aucun verset dans toute la Bible qui interdit la polygamie ». Si certains estiment que la polygamie n’est pas bonne, elle reste une réalité fort connue dans plusieurs foyers en RDC. Ce n’est pas le fait des petits ou des pauvres. Bien le contraire. Les pauvres restent chez eux et ne peuvent se l’accorder, la polygamie ! Certaines personnalités publiques n’y échappent guère et les chroniques de leurs foyers se racontent allégrement entre journalistes, entre politiques et entre voisins des quartiers. Pour la petite histoire, ces présidents africains étaient polygames : Idi Amin Dada (d’Ouganda), Jean-Bedel Bokassa (Centrafrique), Mobutu Sese Seko (Zaïre), Gnassingbé Eyadema (du Togo). Et bien d’autres !

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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