La machine judiciaire en RDC, justice à 2, 3 vitesses

Source: savevirunga.com

La justice comme une machine, quelle jolie métaphore ! Machine, comme une automobile, la justice a des vitesses. Aux conducteurs d’en user selon leurs temps, leurs milieux et leurs humeurs. Bref, la justice fait la volonté du conducteur.

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J’espère que nous sommes toujours en démocratie et que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Voici deux tableaux aux couleurs difficiles, une image de la justice en République démocratique du Congo. Peut-être la plus dominante. Fin mai 2015, les services de Matata Ponyo (premier ministre de RDC) démantèlent un réseau des as des détournements des salaires et primes des fonctionnaires publics (des médecins). Le 03 juin 2015, le ministre de la santé, lui-même médecin, appelle à appliquer sur les détourneurs, la rigueur de la loi.

La fibre optique de moins bonne qualité est la plus chère

L’assemblée nationale ne semblait pas scandalisée devant les révélations d’une commission chargée d’enquêter sur des détournements éventuels, à propos de la fibre optique en RDC. Elle rapportait une surfacturation des matériels de fibre optique : un kilomètre de câble payé 52.000 dollars alors que le meilleur choix coûte 20.000. Ce fut le seul exemple donné par le député Mayobo qui présentait les résultats de l’enquête parlementaire entamée en 2013. Ce sera peut-être la fibre optique d’une cherté sans pareil mais qui au finish, n’aura été que partiellement utile. Une station d’atterrage qui a coûté 4 millions de dollars sous d’autres cieux, explique le député Mayobo, en RDC, coûte jusqu’au décuple à la RDC. La Société des postes et télécommunications a mobilisé un prêt de « 12 millions de dollars à la BIAC, le gouvernement l’a financée à hauteur de 17 millions de dollars américains, plus encore 32 millions financés par Exim bank. Tout cela, commente le député, « pour du matériel non conforme à ce qui avait été défini au départ, notamment le câble ! »

Limoger pour punir

A la douane de Kasumbalesa, au Katanga, Matata Ponyo limoge des responsables des régies financières accusés de fraude et de corruption, début 2015. Alors que d’aucuns voient une chasse aux proches du gouverneur Katumbi qui vient de dire son opposition au 3e mandat de Joseph Kabila, des habitants de Lubumbashi invitent le premier ministre à ne pas limiter son action au seul Katanga. Leur crainte n’aura pas été vraiment injustifiée ! Rassurez-vous, c’est de justice que je parle, pas de corruption.

En ces exemples non exhaustifs, la justice n’a pas bougé d’un seul iota pour se saisir des dossiers et enquêter. Indépendante ? La question ne se pose pas, dans ce cas, en effet. Punir devient parfois tâche risquée si l’on tient aux compliqués jeux d’alliances entre partis politiques. Et donc, on limoge et on croit punir. Et grâce à l’argent acquis, on peut acheter un autre poste, et continuer ! Personne n’est amené dans ce cas à se corriger.

Notre justice n’est pas morte !

Source: @PrimatureRDC |Twitter

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Mais attention, notre justice n’est pas morte. Voilà que finalement, elle s’accélère, elle va trop vite pour punir des politiques. D’abord l’opposant Jean-Claude Muyambo dont le procès a commencé le 03 juin à Kinshasa. Poursuivi pour abus de confiance, rétention des documents et menace d’attentat, il dit pourtant avoir réglé à l’amiable ce dossier qui l’opposait à  un de ses clients en 2002. Jean-Claude Muyambo qui a quitté la majorité au pouvoir en s’opposant à un 3e mandat de Joseph Kabila, dénonce un procès politique. Ensuite, Vital Kamerhe risque l’exclusion de la course à la présidence de la République s’il est condamné dans le procès en cours à la Cour suprême de justice pour diffamation, dans un conflit qui l’oppose à la députée Wivine Moleka, depuis les législatives de 2011. Une affaire pourtant arrangée à l’amiable, répète l’opposant politique qui dénonce, lui aussi, un procès politique. Enfin, il clame, lui aussi, son innocence : Diomi Dongala, président de la Démocratie Chrétienne, poursuivi pour viol sur mineur.

On ne punit que d’un seul côté

Voilà dressés deux tableaux non exclusifs, avec d’un côté des dérives sanctionnées et pas de l’autre ! Etonne, cette image manichéenne de la justice congolaise. Sans doute, les prisons ne sont pas remplies d’opposants politiques. Non. Elles détiennent, affamés et dans l’insalubrité, des « petits » délinquants et criminels qui parfois paient pour avoir volé qui une chèvre, qui du maïs dans un champ, peut-être parce qu’il avait faim. Ou simplement aussi, parce qu’ils ont réellement des penchants gauches et qui devraient légitimement être punis.

Mais quand des millions disparaissent du trésor, lorsqu’on s’endette à son profit mais au nom de l’Etat, sans que ni justice ni pouvoir ne punissent, quand des fonctionnaires publics s’enrichissent sans cause ou avec les salaires des simples prolétaires, quand l’Etat ne peut rien devant ces injustices, alors « Républicain DEMOCRATE Congolais », je crie. Je me demande si les seuls « délinquants » dignes des prisons sont seulement à l’opposition ou si finalement, être opposant politique a été érigé en infraction. Si donc la justice ne s’occupe que des faibles, des petits, des résistants et des têtus, qui arriverait-elle à convaincre de sa just

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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