RDC : est-ce raciste d’appeler « noir » un noir ?

Source: scp.cobert.degardin.free.fr

Du racisme en RDC, ça y est ! Il ne restait plus que ça, en effet, dans ce pays où le tribalisme a gagné de nombreux cœurs, s’érigeant même en une des conditions, sinon la condition pour avoir ou être

Tribalisme, luttes ethniques, nos problèmes étaient à peu près cela. C’était déjà pas mal pour nous embrouiller. Mais voilà que par mondialisation des infortunes, avec le racisme en commun, je réalise que nous ne sommes pas plus vertueux que les autres vus comme racistes. Est-ce possible en Afrique, en RDC ? C’est ce qu’on va voir dans ces histoires ci-dessou sélectionnées à Lubumbashi.

Les Arabes ne sont pas Blancs

Un samedi, je cours après un professeur pour une interview. En taxi, j’espère aller : 5 dollars où il m’en faut 0,5 ! Bon, tant pis pour mon économie. Il aurait fallu que j’eusse compris, hélas, que samedi n’est pas un bon jour pour être pressé. Les routes bouchées, un peu partout : déjà suffisant pour qu’un rien énerve. La mairie a fermé au moins six voies principales au centre-ville, 5 jours avant, pour préparer le 55e anniversaire de l’indépendance de la RDC. Joli cadeau d’anniversaire ! Même les piétons ne peuvent aller vite à cause des bouchons.

Source: scp.cobert.degardin.free.fr

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Un expat (expatrié), un Blanc, vient d’avancer sa jeep sur les quelque 3 mètres qui s’ouvrent devant lui. Il suscite la colère d’un taximan qui vient de rater la même opération. Il lui crie des insultes : « Boko Haram ! Boko Haram ! » Morbleu ! Pauvre arabe ! Il ne peut digérer cela longtemps. Il a remonté ses vitres. Mais il doit se taire et prier qu’au moins s’ouvre enfin devant lui cette route qui reste toujours bouchée. À l’instant, un jeune homme désœuvré, juste à côté, lui crie « muzungu », entendez : un Blanc ! Son copain proteste et lui reproche de le « valoriser » en l’appelant blanc, parce qu’il est arabe, en effet. « Les Blancs sont Occidentaux », pas les autres, explique-t-il. Hum ! Les Arabes ont beau porter une peau blanche ! Il semble que cette discrimination tient peut-être au fait que les expatriés sont vus comme riches et bien payés dans un pays où l’emploi est difficile.

La peau avant la personne

Un journaliste raconte qu’un député, en colère après son collègue blanc de peau, lui aurait un jour lancé : « Al-Qaïda ! », se référant à son pays d’origine qui se situe au Moyen-Orient ; alors QG d’Al-Qaïda. N’est-ce pas curieux dans cette Afrique à hospitalité légendaire ? On a beau répéter à Lubumbashi : « Kwetu ni kwenu », traduisez, du swahili, « chez nous, vous êtes chez vous ! ». Je m’en souviens encore, alors qu’on se promenait dans les rues d’une petite ville attenante à Lubumbashi, au sud, des enfants criaient : « Muzungu » (Blanc !), incapables de voir dix jeunes, noirs comme eux, à côté d’un seul « muzungu ». Ironique et sans doute gêné qu’on ne voie que sa peau avant lui, le Blanc rétorquait : « nyeusi » = « Noirs » ! Voilà qui n’arrangea pas les jeunes gens. Comment donc ? C’est réciproque, non ? Non, en effet ! Appeler « noir » un noir, ce n’est pas bien. Ah, ça alors ! Et pourquoi pas le « blanc » qu’on appelle blanc ?

Pauvres métis congolais

Un matin, dans un taxi, un taximan voit une jeune fille albinos marcher le long d’une route. Il crie « Muzungu », blanche ! en kiswahili. « Pourquoi donc ? Pourquoi indisposer les gens comme ça ? », interroge une femme, en colère comme le reste des passagers à bord. « Mais elle est blanche, non ? Tu n’as donc rien vu ? », rétorque-t-il, opiniâtre.

Sans gêne aussi, cette fois, c’est un journal kinois, en février 2015, qui prend tout son sérieux pour regrouper dans un article, en Une, des métis qu’il dresse « contre Joseph Kabila » : quatre politiciens métis dont Olivier Kamitatu, ministre du Plan. Dans un tweet, ce dernier dénonce un « léger parfum de stigmatisation qui masque l’haleine fétide de la bêtise. » No comment !

Ah ce léger parfum de stigmatisation qui masque l’haleine fétide de la bêtise !

Enfin, difficile d’oublier dans cette catégorie de racisme congolais, cette autre plus lointaine, africaine : c’est au Maroc. En pleine panique mondiale d’Ebola, depuis l’Afrique de l’Ouest, certains Marocains hantés par l’ange du racisme n’ont pas trouvé mieux que d’appeler les Africains Ebola. « Ne m’appelle plus Ebola », à lire sur Mondoblog.

Ne m'appelle plus Ebola, du racisme au Maroc

Un Africain surnommé Ebola au Maroc, vu par le dessinateur Jeff Ikapi. Source: http://jeffikapi.mondoblog.org/

Maintenant, je vous prie de vous contrôler chaque fois que vous traitez les Blancs de racistes. Eux au moins, ils sanctionnent quiconque se manifeste raciste. Et vous ?

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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4 Commentaires

  1. Quelle belle histoire, Didier.
    Je ne les appellerai plus Bazungu, de peur qu’ils ne m’appellent aussi mweusi!

    Par ailleurs sur mon billet intitulé « RDC, un bébé de 55 ans », tu as dit: » attendons demain « . Je t’attend toujours.

    Cordialement.

    Jean Hubert BONDO

  2. Putain ! Bravo pour ce texte extremement réaliste. La RDC est hélas devenu un pays raciste, xénophobe, tribaliste à outrance depuis l’arrivée du Kabilisme (le père)…

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