Des coupures d’électricité pour punir des médias « têtus »

Les chaînes la consommation des télévisions étrangères cryptées augmente en RDC. Photo M3 Didier

Les coupures d’électricité s’intensifient à Lubumbashi (RDC) et impactent les médias, depuis près d’un mois. Entre éteindre les antennes en attendant les heures de grande audience et tourner à plein régime sous les générateurs d’électricité, le choix est vite fait. Certains soupçonnent une censure inédite à travers ces coupures.

Samedi 12 septembre, 11h40. Caméras allumées, régisseurs en poste, sur le plateau le journaliste et ses invités, eux aussi journalistes. Médiascopie, une émission d’autocritique des productions des journalistes, démarre. L’annonce à peine terminée, le premier reportage lancé, pan ! et ce cri ordinaire : « ah ! Zut ! » Coupure d’électricité. C’est normal.

Les chaînes la consommation des télévisions étrangères cryptées augmente en RDC. Photo M3 Didier

Les chaînes la consommation des télévisions étrangères cryptées augmente en RDC. Photo M3 Didier

A la troisième coupure en moins de 20 minutes, Médiascopie allait être abandonnée. Enfin, le groupe électrogène tourne. L’émission ne dure plus que 30 minutes au lieu de 55. A 13 heures, c’est le journal. Un régisseur, emporté par ces coupures, me trouve moins pieux :

« Mon cher, il faut aussi prier Dieu avant de venir à ton émission. Pourquoi ceci n’arrive que lorsque c’est ton émission qu’on enregistre ? »

Médias et programmes dérangeants

Des coupures d’électricité, lorsque c’est mon émission ? Hum ! En effet ! Dans Médiascopie, en analysant le contenu et la forme des reportages, les journalistes s’accordent des commentaires, des critiques explicites sur l’actualité. Au standard, le feedback obtenu tend à montrer que les analyses des journalistes plaisent à plusieurs. Y compris aux politiques. Mais ce n’est pas sans déplaire à d’autres. Alors quelqu’un essaie de gêner l’enregistrement ?

« Tu ne comprends pas que tout ce qui se passe dans les médias, même derrière les caméras, est quelque part connu ? », interroge un journaliste.

Mercredi 9 septembre, entre 8 heures et 12 heures, au moins 12 coupures d’électricité se produisaient sur notre ligne. Quatre jours avant, au cours d’un enregistrement, on en comptait quatre. Le salut pour les 28 minutes au lieu de 55 de l’émission ? Un groupe électrogène !

Au cours des analyses sur les productions des médias, les journalistes s'accordent parfois des critiques

Dans Médiascopie, les journalistes commentent les reportages. | Capture d’écran

Coupure d’électricité pour censurer les médias ?

En 2013, RT Kyondo recevait la visite d’un ambassadeur des USA, et Jeune Afrique lui a consacré un article intéressant : « RDC : les infos c’est sur Kyondo ». Il a le vent en poupe à Lubumbashi. Mais la liberté et le ton empruntés par ce média énervent, hélas ! Sa ligne connaît trop de coupure d’électricité. Il tourne quasiment sous le générateur d’énergie.

Représailles par des coupures d’électricité ou censures des médias? On ne le saura peut-être jamais. Au moins, le cas de Kyondo, le média essuie (2013) des coupures d’électricité étonnantes : en plein journaux. D’où le choix d’allumer le générateur 30 minutes avant les news. Révolté par des coupures fidèles à son émission de sport[1], presque tous les dimanches, un journaliste monte au créneau, en direct.

« J’ai tout compris. Allez encore couper, même la ville le sait désormais. »

S’il reste difficile d’établir que des coupures d’électricité servent à bloquer des programmes dérangeants, certains journalistes estiment que la pratique a eu lieu ou se répète par moment à Lubumbashi. Là encore, difficile réellement d’établir qui commandite ces coupures.

Le salut par le groupe électrogène

Le recours aux générateurs d’énergie électrique peut contourner ces coupures parfois suspectes. Mais il coûte cher pour des médias qui ne vivent que des recettes publicitaires, déjà maigres. L’émission préenregistrée peut souffrir. Surtout encore si « elle ne produit pas d’argent ». Tant pis pour le public s’il l’attend. « Mais il sait quand même que l’électricité s’interrompt à tout moment », ce public, réagit un technicien, un peu emporté.

En 2012, alors qu’une partie de Lubumbashi était plongée depuis deux semaines dans le noir, après une panne à la centrale de Nzilo, -comme cette fois- la SNEL surprenait en tournant ses machines à l’aide d’un groupe électrogène. Mais l’industrie, par exemple, en souffre déjà depuis des années. L’obscurité en plein jour !

[1] Le journaliste attaque des dirigeants sportifs, et affiche parfois ses opinions.

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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