Et la caricature conquit les blogueurs

Par essence, la caricature grossit les traits et manie la dérision. Elle chatouille et parfois irrite, surtout là où la démocratie et les libertés sont des nuages. Décidément la caricature sera la marque de fabrique de la quatrième édition de la formation des blogueurs de Mondoblog-RFI (28 novembre – 6 décembre 2015) à Dakar. Les blogueurs ont passé une bonne partie de leur temps à se faire crayonner par le Gabonais Jeff Ikapi.

Surprenants et fascinants, les blogueurs originaires de 24 pays francophones ont reçu leur caricature, sur demande. A chaque remise, des rigolades, des commentaires sur des traits du dessin. « Je ne me reconnais pas trop. Mais c’est une caricature », commente un blogueur.

La caricature de Manon Mella et Mélissa Barra de MondoblogPeu grotesque dans les dessins de ses collègues, le gabonais Jeff Ikapi a eu peu de repos. Drôle dans son parler, il se double d’une main et d’un œil qui font de lui un blogueur inclassable. Il trace sur du papier blanc, regarde et lance des blagues. Dans les bruits, ses lignes se précisent et deviennent des images étonnantes, faites pour rigoler.

Caricature et liberté

Curiosité, pour moi, de voir des citoyens des pays peu tolérants face au dessin de presse et à travers lui à la critique, se plaire des caricatures. Le dessin de presse, ces « exagérations » corrosives ont parfois ouvert aux dessinateurs les portes de la prison, et servi d’alibi aux terroristes pour expliquer, en janvier 2015, l’attentat contre Charlie Hebdo en France.

A l’occasion, Jeff Ikapi conçoit la statue de la liberté d’expression, mais surtout demande comment on n’arrive pas à répondre à une caricature par une caricature.

Caricature ou dessin de presse veut dire liberté. Liberté de penser, liberté d’exprimer, liberté de rire et même de se moquer d’une croyance ou d’une idéologie.

« Bien entendu, je me fixe des limites. Je n’aime pas provoquer. Mais je ne sais pas si je provoque en dessinant. »

C’est toute la difficulté. Seulement pour le Gabonais, les dirigeants politiques de son pays se montrent tolérants.

« Ali Bongo a lui-même préfacé un livre de Pahé, un autre caricaturiste gabonais dans lequel il est le personnage principal. »

Francophonie et espoir des libertés

N’empêche que les royalistes, plus que le roi, dans les allées des palais présidentiels, s’emprennent aux dessinateurs. Ainsi, un ministre de Mobutu sous le Zaïre édicte une norme qui depuis s’applique, même si ce n’est pas à tous les niveaux en RDC : « On ne crayonne pas le président fondateur. »

De Dakar au pied de la renaissance africaine wadienne, les caricatures de Jeff Ikapi et l’enthousiasme des blogueurs augurent peut-être une nouvelle génération, une ère de tolérance des citoyens francophones dont les pays contrôlent encore le rire. Hélas, rire à travers la caricature demeure encore un acte dangereux ! Il faut que ça change!

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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4 Commentaires

  1. Liberté d’innover, de créer et de dire autrement … Liberté de penser, liberté d’exprimer, liberté de rire. Tu as fais notre fierté rd congolaise là-bas. Bravo à toute l’équipe.

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