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« Pour un mariage, ne te fie pas au visage. » Ce conseil parental ne porte plus assez. Pourtant, tant que beauté et bonté se fuient encore ou ne ménagent pas longtemps, surtout en couple, il se vérifie. Par absurde, cette maxime postule que l’on peut épouser même une laideur, pour peu qu’elle s’humanise, ou sache rendre heureux.

Histoire vraie d’une  très belle femme,une beauté qui épousa un homme fort laid, une laideur, mais peut-être une lumière, parce que dans son cœur de femme, la laideur faite homme brilla, brilla comme c’est permis. Et elle dit oui. La laideur se conjugue au féminin, en effet ! Les hommes s’en passent un peu.[1]

Beauté et laideur se frottèrent et composèrent !

Kiki, appelons-le comme ça, le repoussoir qui épousa la belle Célia dont la beauté rencontrait rarement des contestations. Pour tout dire sur l’homme, on retiendra deux faits : sa richesse qui jamais ne l’avait rendu heureux avant, et surtout sa laideur qui avait réussi à mettre d’accord presque toutes les opinions féminines, comme concertées, défavorables à ses offres de mariages. Des bébés, et même jusqu’à six ans, se tordaient d’horreur s’il avait tenté de leur offrir quelque grimace malgré sa gentillesse. Mais il voulait une belle qui ne se faisait pas trouver.

Beauté et nature africaines vue par Jeff Kitenge

Beauté et nature africaines vue par Jeff Kitenge

Bientôt, il allait toucher les 45 ans. Pour un homme, il n’était pas tard. Mais au fond, lui-même avait commencé à se convaincre que le soir approchait. Aussi, il n’avait pas connu de jeunes filles toutes fraîches. A la faculté ou dans les bars où il aimait boire, dans l’espoir de rencontrer même une désespérée parmi les belles censées ne refuser l’argent, ­–une fois encore pas de chance pour lui, –les meufs entraient rarement dans ses discours. Pourtant, pour du sexe, monnayé, ce ne fut pas un inculte. Normal pour un si défavorisé par la nature.

C’est donc de cet empire de désespoir et de (dé)négation non pas seulement d’une humanité, mais aussi du droit de jouissance et d’estime de soi, que la beauté Célia sortit le repoussoir lorsqu’elle lui dit « Oui ». Ex-déçue amoureuse ou non, folle ou lucide, mais surtout pas envoûtée, Célia assuma sa décision à la grande surprise du monde. D’ailleurs elle devint l’image d’un amour sans frontière, un amour qui est aveugle, comme tous les précoces l’avons appris à 12 ans. Célia essuya aussi des railleries de ses camarades filles et garçons.

« Ce n’est pas normal d’épouser une si grande laideur », commentaient les gras du quartier presque jaloux de Kiki. « C’est pour l’argent qu’elle accepte cet homme », déblatéraient les filles, et même des vieilles dames.

Les enfants et le bordel de laideur dans l’amour

Des mois, des années passèrent. Ceux qui avaient braqué leurs caméras pour quelque clash  sur le couple retirèrent leurs matos. Déjà mère de trois enfants. Chaque jour qui passait, ils croissaient en taille, mais surtout en laideur. S’ils avaient au moins ressemblé à leur mère, cela conterait le monde, surtout la belle Célia.

De l’intérieur de sa parcelle, un peu de paix, loin des yeux rieurs ! Bientôt elle allait renoncer à toute sortie, du moins en compagnie de ses trois enfants, et éternellement se cloîtrer. Jamais Célia n’avait imaginé un tel supplice : être gênée par ses propres enfants. Si au moins d’elle et d’eux on pouvait dire « telle mère, tells enfants »! Mais hélas, tout craché, ils étaient l’image de leur père. Oh, qu’il s’était en eux incarné !

« Lorsque je sors avec mes enfants, personne ne veut vraiment croire qu’ils sont miens. A qui sont ces enfants ? me demande-t-on souvent »

Et l’amour ne put retenir la laideur

Heureusement pour elle ! Elle est restée la jolie maman pour ses enfants, du moins pour la face : elle ne leur a pas refusé la maternité, malgré le supplice.

Ce ne n’est pas d’infidélité que l’heureux Kiki souffre aujourd’hui, contrairement à l’idée que les belles femmes ne rendent pas heureux. Ce n’est peut-être pas pour s’être choisi sans trop calculer. Mais peut-être c’est la faute à un trop grand contraste qui oppose les deux êtres. C’est sans nier, dans ce propos, le droit au bonheur des personnes défavorisées par la nature.

Tout le monde a appris un jour que l’amour est aveugle. Oui. Parfois aveugle et fou à la fois, peut-être plus grave encore. Simplement, les frontières s’imposent à tout, et tout pur qu’il soit, l’amour qui s’y frotte, comme osant par Calais ou par le sahel marocain, franchir la méditerranée, il trouve des fils barbelés.

Mais je me rappelle ce conseil d’un jeune catholique qui animait une conférence : « pensez à vos enfants lorsque vous vous mariez. »

[1] Les noms utilisés ne sont pas ceux des vraies personnes qui ont connu l’histoire vraie dont le récit est mis dans un style personnel. A dessein, certains détails sont oubliés, les lieux, par exemple. Mais c’est bien en RDC.

4 thoughts on “La beauté qui épousa un repoussoir

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