Lubumbashi: la longue agonie de la Gécamines

La cheminée de la Gécamines à Lubumbashi. Photo M3 Didier, 2015.

 

La reine du cuivre et du cobalt congolais se porte mal. Les travailleurs de la « Générale des carrières et des mines »( Gécamines) demandent le départ de la Direction et de l’intersyndicale. Les salariés de la compagnie minière congolaise sont en colère, ils ont manifesté le 26 février à Lubumbashi contre la tentative de révision de leur convention collective.

L’objet de la discorde est un document de 117 articles. La convention collective consiste à établir l’ensemble des conditions d’emploi et de travail ainsi que les garanties sociales des salariés de la Gécamines, poumon de l’économie congolaise depuis l’indépendance. Un grand nombre d’articles serait concerné par une procédure de révision, presque la moitié. Les employés disent n’en avoir pas été informés, ils accusent la Direction et une partie de l’intersyndicale de vouloir le faire à leur insu. « C’est une fausse accusation. La personne qui dit ça, n’a qu’à apporter les preuves », Kasongo Mabwisha, membre de l’intersyndicale, réagit fortement.
Les salariés n’en croient pas un mot : selon eux, même l’article 5 de la convention qui interdit de réduire leurs avantages est concerné par la révision. Mais pour Kasongo Mabwsisha, les travailleurs en colère sont intoxiqués, il insiste : la convention collective n’est pas en cours de révision. Pourtant il admet que la proposition a déjà été faite et qu’il y a des négociations à ce sujet.

Lubumbashi: Marche des travailleurs de la Gécamines

Des salariés de la Gécamines protestent contre la Direction. Photo Donciel Miji

Les salariés appellent la Direction à démissionner

La situation est embarrassante pour les dirigeants de la Gécamines. Cela tombe mal, la grande entreprise minière publique du Katanga doit faire face à deux enjeux de taille et n’avait pas besoin de nouvelles tensions. Le premier enjeu est économique. Chancelante depuis la fin des années 80, l’entreprise, autrefois fleuron minier du pays, doit aujourd’hui produire plus pour espérer couvrir ses charges. Elle doit aussi répondre de sa contribution au budget de l’Etat alors que les cours de cuivre et de cobalt sont au plus bas depuis la crise de 2008. Le deuxième enjeu est politique. On sait que le contexte politique actuel est dominé par la fin du mandat de Joseph Kabila (novembre 2016) et qu’il s’accompagne de tensions préélectorales, or la Gécamines se trouve à Lubumbashi, dans l’ex province du Katanga, qui était autrefois une région de fort soutien au président Kabila mais qui ne l’est plus aujourd’hui. Cette région abrite maintenant le fief du G7  (groupe de 7 partis frondeurs exclus de la majorité au pouvoir) qui s’oppose fermement à un éventuel maintien au pouvoir de Kabila au-delà de son 2e et dernier mandat constitutionnel.

Dans ce contexte, procéder à des ponctions dans les allocations familiales et revoir certains avantages liés au logement ou au transport des salariés serait gênant pour Kinshasa. Jacques Kamenga Tshimuanga, qui assure l’intérim de la Direction générale depuis juillet 2014, a déclaré au sujet des salariés : « personne n’a décidé de réduire leurs avantages ». Il dénonce une manipulation. « Les gens font toujours de mauvaises interprétations qui font croire que la révision va toujours à l’encontre du travailleur. Ça peut être l’occasion de donner certains avantages au travailleur. Ça peut être possible». Selon un syndicaliste « le Directeur général parle de possibilité, non pas de la réalité ». Mais de leur côté, les salariés n’en démordent pas, ils appellent Jacques Kamanga et Albert Yuma Mulimbi (le président du conseil d’administration) à la démission.

La Gécamines victime de mauvaise gestion

La Gécamines est à la peine. Elle n’arrive pas à sortir d’un endettement colossal, qui date de l’effondrement des cours du cuivre dans les années 1990. Mais ce n’est pas sa production actuelle de cuivre qui va l’aider à repartir du bon pied – elle en produisait 15 fois plus dans les années 1980.  La société publique s’est déjà séparée de 10 000 employés dans les années 2000, elle n’en finit pas de dégraisser ses effectifs et n’atteint pas le seuil de production fixé en 2015.
Certains journalistes dénoncent les maux de la Gécamines dûs selon eux à une mauvaise gestion de l’entreprise, on entend parler de gabegie financière et de politisation des services.
La Gécamines a-t-elle encore pour vocation d’être un opérateur minier plutôt qu’une simple holding de partage des participations de l’Etat, qui récupérerait les revenus au bénéfice des infrastructures et des services publics du pays ? Kinshasa peut -elle gouverner sans la Gécamines ? Certains experts s’interrogent.

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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