Excès de bière et de prière à Lubumbashi

Livre de Christian Kunda Mutoki, LubumbashiCouverture du livre "A propos de la bière et de la prière

Des excès dans la bière et dans la prière à Lubumbashi, deuxième grande ville de la République démocratique du Congo. L’écrivain et professeur d’université Christian Kunda Mutoki s’y attaque dans un livre, craignant pour le développement du pays.

« Aucun pays au monde ne s’est développé avec la prière seulement ». Pas non plus avec une population faite des ivrognes, estime Christian Kunda, auteur du livre « A propos de la bière et de la prière », publié aux éditions Edilivre, à Paris. C’est une satire à laquelle il se livre.

L’auteur espère éveiller les « esprits éclairés », ni soûls ni envoûtés. Il n’ignore pas la résistance que va rencontrer son courage qui le mène sur un terrain où ne s’essaient pas les politiques. Son livre commence par une mise en garde aux sonorités invitatoires :

« Réflexions interdites ivrognes, aux soulards, aux alcooliques, aux enfoirés, aux prieurs gauches, aux fumeurs de chanvre et à leurs corollaires directs : bandits de grand chemin, professionnels et chevronnés du sexe, déchéance humaine, voleurs et violeurs, pillards et pilleurs, marchands de rêves et rêveurs, des rêves, toujours des rêves, des illusions, toujours des illusions. »

Christian Kunda, professeur à l'Université de Lubumbashi

Christian Kunda est professeur à l’Université de Lubumbashi

Des ivrognes parmi les enfants à Lubumbashi

Voilà qui définit même l’univers sur lequel porte saréflexion. C’est un monde qu’il a suffisamment observé avant de l’écrire, à Lubumbashi. Boire est devenu une préoccupation majeure pour plusieurs. « Boire comme si nous étions les premiers et les derniers à vivre, boire tout… Tout ce qui mousse est prenable », écrit l’auteur.

D’où la question majeure de son livre : « Est-ce que nous pouvons nous attendre à un développement adéquat de notre ville, de notre pays, si nous avons majoritairement des soulards et des ivrognes ? » A Lubumbashi, il n’est pas étonnant de rencontrer des gens ivres déjà le matin, à 8 heures. Les ivrognes ont parfois moins de 20 ans et sont étudiants.

Boire n’est plus un simple plaisir. Un seul individu peut aller jusqu’à 14 bières, parfois mélangées aux aphrodisiaques en poudre, beau marché dans les débits de boissons et presque partout dans les rues de Lubumbashi. Les violences sexuelles ne peuvent être loin de ces lieux des excès, lorsque bière et aphrodisiaques se combinent. Christian Kunda l’a observé :

« Boire avant de voler, boire avant de violer, boire avant de spolier, boire avant de prêcher la parole de Dieu… boire un peu avant de pourrir. »

Pour le réalisateur de cinéma Fils Ngeleka, cette forte consommation de bière est une expression du sous-développement qui frappe la RDC. « Les gens espèrent cacher leurs problèmes dans l’alcool et dans la prière. »

De la bière à la prière, mêmes débauches

L’écrivain Christian Kunda pense que les églises congolaises n’ont pas pu sortir les croyants de la médiocrité. Il constate que le vol, les viols, le mensonge et les violences « comme récemment à Beni, continuent dans un pays où les gens prient beaucoup ». D’où la remarque qu’«il n’y a aucun pays au monde qui a réussi à développer son économie grâce à la prière.»

Le livre de Christian Kunda s’attaque ainsi aux excès de prière qui ont endorment des personnes capables de travailler. Il faut stopper les vendeurs de rêves et les rêveurs, propose-t-il de faire. « En tant qu’intellectuels, nous avons le devoir de nous arrêter et dire à ces pasteurs : arrêtez de tromper le peuple de Dieu ».

C’est un des rares qui l’ont ainsi compris, peut-être, parmi les pasteurs des églises de réveil : l’ancien président de la Commission électorale de RDC. Daniel Ngoy Mulunda surprenait, alors qu’il venait de déposer sa candidature aux législatives provinciales, en 2015 : « On ne va pas changer ce pays avec des jeûnes et prières. » Mais ces mots lui ont valu des critiques.

Christian Kunda a le mérite de dénoncer, peut-être le premier, les déviations dans la prière et dans la consommation de la bière à Lubumbashi. Peut-être son livre constitueront-t-il le viatique pour la difficile désintoxication populaire à l’alcool et à la prière qui endort.

2 Commentaires

  1. losque quelqu’un produit une oeuvre litteraire parfois il est difficile de l’encouragé avec de mots d’autant plusque les mots ne sont toujours pas à la hauteur.Bon j’essaie de dire qlq chose.Bravo! professeur votre étudiant de G2 sic

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *