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Notre modernité, en République démocratique du Congo, c’est sans les TIC. Et nous sommes en révolution, vous vous en doutez ! Elles énervent, en effet, et on voudrait bien les étouffer plutôt que d’en finir avec des habitudes analogiques.

Ceci déborde bien du simple cadre de flatterie de l’égo congolais qui stigmatise, non sans humour : « Kinshasa c’est Paris ». Comme pour dire, on se voit d’un œil trop flatteur pour comprendre nos maux et les conjurer. Mais à propos des TIC, Kinshasa c’est Kinshasa !

La RDC a réalisé un petit miracle, entre 2011 et 20115, en passant de 1% à 49% du taux de pénétration du téléphone mobile pour quelques 37 millions d’utilisateurs.[1] Pendant ce temps, les écoles d’informatique ne désemplissent pas de candidats. Aussi, le lancement de la première application numérique de comparaison des prix sur Google Play store, appli 100% congolaise, devrait stimuler plus encore de bonnes prophéties de prospérité par les TIC. Pourtant, les fils de l’analogie n’ont pas déposé les armes. Gare aux TIC donc !

Du papier carbone contre l’ordinateur

Au poste douanier de Kasumbalesa, une des grandes et informatisées de RDC située à la frontière zambienne, le papier carbone ont eu raison des papiers imprimés. Non, ce ne sont pas des descendants des scribes qui y travaillent, moins encore des calligraphes patentés. A cette douane des plus infestées par la corruption, en témoigne un coup de ballais opéré par le premier ministre Matata en 2015, des agents mettent de côté ordinateurs, logiciels spécialisés, internet et imprimantes, pour délivrer des factures manuscrites. Vive qui peut contourner Sidonia Word, le fameux logiciel censé coordonner toutes opérations douanières.

Hélas, le système a plusieurs fois planté. Sans trop de surprise, on apprend que camions à l’import et à l’export sont bloqués à la douane, pour des pannes sur l’intranet ou sur Internet. Tout cela ne serait pas que simples caprices technologiques. Un connaisseur du système confie que c’est l’œuvre d’une intelligence corruptive bercée par l’analogie, contre une intelligence numérique anticorruption. Pariez, qui gagnerait vite ?

On hait les TIC parce qu’elles gênent la corruption

Un chercheur en informatique a eu ces mots, près une enquête au sein du système douanier Katangais et dans d’autres services publics informatisés : « les gens refusent la technologie non pas parce qu’incapables de les intégrer, mais parce que les TIC les empêchent de « se retrouver » (entendez corruption). Ils éprouvent du plaisir à mettre des jours sur un travail qui ne demande que quelques heures, avec un simple logiciel et un ordinateur. » Bien plus qu’un simple rejet qui serait psychologiquement admis, plusieurs haïssent consciemment les TIC.

En 2013, j’assistais à une scène inouïe, dans une université. Un millier de jeunes brûlait sous le soleil, en file devant le bureau du comptable, chacun avec ses preuves de paiement des frais de la session des examens. La soixante-dix révolue, le comptable se plaisait à calligraphier sur des pages d’un registre, doublés de papier carbone. Sa célérité lui donnait à peine 9 candidats à l’heure. Avec un tableur ou un logiciel spécialisé sur PC, il atteindrait des centaines à l’heure. Mais l’ordinateur devant lui, soigneusement couvert, tel un bébé atteint de fièvre, n’avait aucune panne.

Et le plus dur à croire, c’est que les sociétés privées, les banques par exemple, numérisent leurs services lorsque dans l’administration public, l’analogique reste comme un fétiche.

J’ai réalisé alors que le refus des technologies était une technologie en soi. Une vieille technologie utilisée par des vieux, parfois des jeunes, sclérosés, pour énerver des jeunes. Mais qui refuse le changement proposé par les TIC ? C’est moins ce sexagénaire qui ne connaît que son papier carbone et nostalgique de sa calligraphie, que ceux qui doivent l’envoyer à la retraite ou le former. Le pouvoir public informatise des services et continue à fonctionner comme avant la numérisation. C’est un gâchis des fonds du trésor public. Le rejet des technologies, c’est d’en haut qu’il part, en RDC.

[1] Chiffres de l’Autorité de régulation de postes et télécommunications (ARPTC), cfr. Radio Okapi http://radiookapi.net

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