Etre journaliste et blogueur, et en RDC

Le travaille de journalisteUn habitant de Lubumbashi, les mains en haut, pour éviter que la police ne le presse pour un manifestant lors des auditions de l'opposant Moïse Katumbi par un procureur à Lubumbashi, en 2016. Photo Didier Makal

Être journaliste, c’est déjà trop risqué en République démocratique du Congo. Blogueur, en plus, n’arrange pas les choses. Et les deux à la fois, et vivre en RDC vous brisent le cœur.

Risqué, ce n’est pas seulement parce que pour un oui ou pour un non vous pouvez aller en prison, sinon mourir… Mais c’est aussi parce que journaliste, vous devez l’être comme ils se l’imaginent : les puissants. Journaliste racoleur, chantre, chien suiveur, et… arrêtons là, net, avant de toucher l’insupportable !

Journaliste, ça vous brise le cœur !

Etre journaliste, finit par faire mal au cœur. Mal de ne pas être journaliste, tel qu’on l’aurait voulu, comme on l’est simplement comme on le lirait dans un abécédaire. L’excuse, parfois légitime, c’est que vous devez vivre, survivre. Vous avez beau être « sérieux », correct, professionnels, intègre. Un jour, vous ne mettez pas ces mots dans un plat pour nourrir votre enfant qui pleure. Vous ne les donnez pas au médecin qui donne des paracétamols à votre parent en danger de vie, parce que vous n’êtes pas solvable, sinon crédible.

Etre journaliste, j’allais oublier, c’est déjà risqué, parce même les vôtres un jour, ne sont pas simplement d’accord avec vous.

L'usage des TIC limité dans l'administration publique en RDC

Les blogueurs de Lubumbashi au cours d’une conférence à la société civile du Katanga, 21 novembre 2015. Photo Didier Makal

Journaliste et blogueur, infortune !

Mais voilà que le journaliste endosse le costume de blogueur. Mon propos n’est pas ce débat vide qui veut savoir si journaliste et blogueur, c’est compatible. Je n’y perdais pas une ligne de plus ici. Mais journaliste, et blogueur, cela complique encore la vie. Car à défaut de ne pouvoir, ne fût-ce que présenter la petit vérité, bêtement contenue dans le culte des faits, sans une mise en perspective de l’information, s’ajoute la vérité que même avec son propre blog, un jour vous vous censurez. Pour longtemps !

En ouvrant mon blog pour la première fois, en effet, ma liberté je la voyais grande. Mais voilà, un jour, qu’entre la passion de dire les choses avec justesse ou de manière osée, et la quête d’un emploi qui rassure, il fallait choisir. En réalité, le choix n’existe que pour une option, et vous la connaissez. Du coup, il faut désormais la gérer, parfois la censurer soi-même, sa bouche. Et son blog ne se nourrit plus de cette substance qui ont fidélisé d’illustres internautes, décidés de ne plus vous oublier dans leur périple entre RFI, VOA ou Radio Okapi. Ils ne viennent plus s’abreuver, le blog se tarit de sève, …

Ni blogging, ni journalisme, mais l’autocensure ou l’abandon

Finalement, ni blogging, ni journalisme, … La liberté, ne fût-ce que la plus basse, sans forcément que des méchants vous le demandent, s’arrête un jour. « Désormais, il faut voir ce que tu dis », conseille un homme du haut de ses 36 ans dans les services publics. Ceci ayant valeur d’avertissement. Réflexe de survie exige, le journaliste et blogueur se censure, jusqu’à perdre sa voix.

Du coup, on comprend bien combien, être journaliste, blogueur, et vivre au Congo est dur. Cela vaut des privations, non pas parce que demain vous espérez rencontrer le Christ-Sauveur. Mais parce qu’il faut s’assurer un minimum vital. Un jour, notre vie semble se ramener à manger, et seulement manger.

C’est un espoir de vivre encore, bègue sinon muet, jusqu’à ce que qu’un mal inconnu mais évident vous emporte. Ou pire, après les massacres des voisins, arrive le jour où après tous les vôtres, l’égorgeur de Beni vous la tranche. Ou, que votre petit corps finisse dans une de 50 fosses communes du Kasaï. Un ami a résolu de ne plus en parler et s’y prépare, peut-être.


Le méchant, ce n’est pas Joseph Kabila

Je ne peins pas un enfer, pas une jungle, mais un pays où hier, a pris naissance une certaine liberté d’expression. Nos coups de gueule, nos cris de joie, même sans le dire, étaient expression d’un certain degré intéressant d’exercice des libertés citoyennes. Il faut en remercier aussi les inventeurs des TIC et d’Internet.

Mais au point où nous en sommes, en 2017, alors que la tendance des mouvanciers tend à faire de nous tous des chantres, sinon des opposants et donc des chairs à canon, je réalise combien la RDC est en train de reculer. Le pays est sur le point de perdre ce qu’elle a pu gagner durant les 16 ans de règne du président Kabila. Ce ne fut pas rien. Mais que tout cela s’écroule depuis sa volonté de prolonger son mandat, se moquant de toutes les tentatives de sortie de crise.

Mais au final, ce serait perdre son énergie que d’en vouloir à monsieur Kabila. Avec la classe politique congolaise entière, les gens auraient poussé un autre à faire pareil. Dans cette histoire, une fois de plus, celui que les politiques ridiculisent, c’est le journaliste que tout le monde désigne désormais incapable de dire la vérité. Même l’opposition !

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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