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Ils se prennent pour des rois, ils ignorent ce qu’est l’ Afrique

Faites un tour des palais présidentiels, des armoiries de leurs pouvoirs. Revisitez les images phares des dirigeants politiques tristement célèbres comme Mobutu, Bongo, Bokasa… ils inspirent le pouvoir traditionnel africain dont ils arborent des insignes. Vous vous rendez compte que ces détenteurs du pouvoir politique moderne se prennent pour des rois d’Afrique. Sacré amalgame !

Né zaïrois, et accidentellement un d’illustres inconnus et fugaces chantres à la gloire de l’idéel Mobutu, durant mes premières années de scolarisation, je l’ai pris d’abord pour un chef coutumier. Un chef, comme ce que mon papa m’a appris à devenir, comme tout petit prince, né d’une lignée des chefs de Chitzau dans le Kapanga, en RDC. Read More

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Esclavage africain, esclaves de notre honte !

Clameur, résistance. C’est la triste bonne nouvelle que je tire de nombreuses protestations et condamnations des indignés. Oui, le monde qui s’est convaincu que les peuples et les races sont égaux, parce que tous des êtres humains a l’air de vivre une régression vers des siècles que l’on a crus derrière nous. Des hommes, esclaves, vendus aux enchères. Vendus à d’autres hommes en plein siècle des droits humains, qui l’aurait cru ?

Mais au-delà des colères, cette histoire révèle une bien triste réalité sur laquelle notre monde ferme les yeux. Nous parlons plus que nous n’agissons. Voilà l’histoire, pour ne pas se tromper sur la vente d’esclaves africains en Libye.

Une terre d’impunité pour les chefs d’Etat, l’Union africaine

L’Afrique vit une fracture que presque tous les discours ne se gênent pas de désigner sans plonger dans un racisme normalisé. Afrique noire, Afrique blanche. Changez cela en Maghreb, Sub-Sahara, etc. et vous avez l’idée que nous nous faisons de l’unité africaine, et même de l’Union africaine.

Je constate que l’unique union qui existe, c’est celle des chefs d’Etat qui ont su bâtir un syndicat pro-impunité. Un sanctuaire d’impunité et d’immobilisme, on ne peut plus sclérosé.

Un racisme tapi dans sous l’unité africaine factice

Mais voyons cela sous un angle purement culturel, où l’Afrique aurait pu essayer de renforcer la fraternité entre les peuples. Dans ma ville, Lubumbashi, ils sont nombreux les fanatiques du football convaincus que de nombreux footballeurs d’équipes du Maghreb n’ont que peu de respect pour les noirs. Des gestes racistes, on en a vus régulièrement lors des rencontres TP Mazembe, célèbre club basé à Lubumbashi, et de remarquables équipes de l’Afrique « blanche » : marocaines, égyptiennes, algérienne ou tunisiennes.

Un jour, au Maroc, un bon monsieur m’a apostrophé, sans méchanceté je crois : « mon ami africain » ! Entendez « noir ». Nous avons tout rigolé. Mais après, je me suis demandé si mon frère marocain sait qu’il est africain. Ou alors, s’il croit qu’il est impossible d’être africain sans penser à la pigmentation de peau, sans être noir (pour crever l’abcès !).

Je me demande aussi si l’on peut-être africain sans être associé à la misère, à une immigration clandestine, à quelqu’un prêt à voler, mendier ou casser, à risquer sa vie pour un rêve ou pour fuir la misère. C’est toutes ces questions qui choquent, en effet, quand on pense au drame libyen. Alors que l’on a cru voir la renaissance africaine!

Esclaves, Esclavage

Trône royal libérien au monument de la Liberté africaine, Dakar

Les droits humains intéressent peu des dirigeants d’Afrique

Si je critique l’Union africaine, c’est qu’elle est restée une union présidentielle et des chefs des gouvernements. A-t-on œuvré pour rapprocher les peuples ? Les Etats restent repliés sur eux-mêmes, incapables de véritablement fraterniser comme le montre la vente aux enchères des citoyens africains. Rien que marchandise, alors rien du tout, l’être et l’humanité de l’homme vendus, vendus au plus offrant.

En plus de ne pas cultiver la fraternité entre les peuples, notre Afrique se tait sur les droits humains. Les chefs d’Etats se rencontrent à Addis-Abeba, deux fois l’an, mais jamais ils n’ont pris de mesures effectives pour retenir chez eux les jeunes prêts à risquer pour leur vie en mer. On ne peut les blâmer de rêver, de vouloir mieux pour leur vie…

Gorée, Esclaves

Des esclaves africains, photographie d’une décoration sur l’île de Gorée, Sénégal-Dakar. Photo Didier Makal, 2015

Misère et pauvreté font des esclaves

Les discours indignés des chefs d’Etats comme Faure Ngasimbé énervent, même s’il fait parti des premiers qui ont condamné le scandale de Libye. S’indigner devant l’esclavage d’africains ne suffit pas pour un dirigeant. C’est reconnaître que l’humanité des personnes vendues a été reniée, en effet. Mais ceux qui les poussent à « partir », à ce suicider ou presque, sont-ils vraiment plus vertueux que les vendeurs d’esclaves ?

Les appels à l’alternance au pouvoir au Togo, au Tchad, au Zimbabwe ou en République démocratique du Congo, seraient anodins, s’ils avaient lieu dans un univers sensible à l’humanité. Or, dans ces pays d’Afrique, comme dans d’autres d’ailleurs, les dirigeants œuvrent pour leurs comptes propres et pour celui de leurs thuriféraires. La pauvreté et la misère sont un mode d’avilissement des peuples. Les kleptocrates, les nouveaux colonisateurs et les esclavagistes ne reviennent vers nous que pour l’impôt et le semblant de votes.

Un creuseur sortant du tunnel à Kasulo, Kolwezi. Août 2015. Photo Didier M. Makal

Esclavage d’africains par des africains

Je pense que c’est à ces niveaux-là, droits humains, pauvreté, unité des peuples, inutilité des forums présidentiels en Afrique, que se joue l’esclavagisme d’africains par les africains et contre eux-mêmes. J’aimerais que la France, les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne aient tort. Tort, comme le dit l’acteur culturel Claudy Siar, pour leur nonchalance dans la crise qui secoue la Libye. Ils auraient mieux fait en la sécurisant : la Libye ne serait pas devenu un presque pandémonium.

J’aimerais que tout le monde ait tort, pour tel ou tel autre manquement. Mais j’accuse l’Afrique des gouvernements. Je flagelle celle de la société civile africaine, incapable de pousser les dirigeants à mieux faire pour les africains. J’accuse l’Union africaine, dépassée et incapable de quoi que ce soit. Je n’exagère pas : de quoi que ce soit.

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Les leçons de François Hollande à l’Afrique

Le Président François Hollande n’ira pas à la présidentielle française de 2017. Une décision courageuse, sage, politiquement réaliste et surtout, pleine de leçons pour l’Afrique ! Ici, en effet,  des individus se croient pourvus de germes d’éternité au pouvoir, même quand ils ne font que rarement le bien.

C’est possible que François Hollande ait décidé de poursuivre sa marche vers la réalisation d’un président normal qu’il avait promis en arrivant au pouvoir. Seulement, entre la stance où il dessinait le président normal qu’il serait et la tempête qui a soufflé dans ses yeux à l’annonce de cette décision grave, jeudi dans la soirée, l’eau a coulé sous le pont.

François Hollande, simplement normal et lucide

Hollande a eu pour préfiguration de son sort, Nicolas Sarkozy, Président sortant qu’il présenta comme anormal en 2011 et qu’il battu. Ayant osé revenir au pouvoir une fois de plus, les français lui ont refusé de lui renouveler leur confiance, il y a une semaine. Comme quoi, il faut savoir partir. Le Président Normal, n’est pas un sourd, moins encore un aveugle !

François Hollande.

Président François Hollande, 19 janvier 2012 | Source : Flikr https://www.flickr.com/photos/jmayrault/6730209955/in/photostream/

Oui. Il n’est pas facile pour de nombreux dirigeants, leaders politiques et du business, d’échapper à l’aveuglement aggravé par ceux qui ne disent jamais que tout ce qui va pour leurs chefs. Difficile de se mirer, de se voir tel qu’on est. Hollande est réaliste, juste, visionnaire et intelligent. Il sait qui il est et ce qu’il ne peut pas. Pour tout dire, il est respectueux de sa société, de son peuple et de lui-même. Il est admirable. Je le soutiens !

On a appris qu’un président, ça ne parle pas comme Hollande, ça ne capitule pas en plus. Aussi, ça ne se cache pas dans un costume pour fréquenter en mobylette une copine, etc. Oui, c’est ce que le monde des règles qui écrasent l’individu veut tandis qu’il ferme les yeux sur des questions controversées comme l’avortement, l’euthanasie… on veut un peu trop parfaites certaines personnalités publiques, pas d’autres. A ce juste propos, la France me déçoit !

L’Afrique doit apprendre de François Hollande

Un président qui capitule, et de plus de France, sur fond d’une impopularité notoire qui dit son échec prochain à la présidentielle, ça ne devrait pas faire rire les africains, cependant. Il faut savoir se voir tel qu’on est. Il faut savoir décrypter, disséquer sa laideur et se voir d’un œil peu flatteur dans un miroir et, le meilleur des miroirs c’est l’autre. Pour Hollande c’est Sarkozy. Et pour les africains, je propose Hollande.

Se savoir limité est une première vertu vers la grandeur et la démocratie. Les africains ont beaucoup à apprendre de Hollande : je  cite Ali Bongo, Denis Sassou, Joseph Kabila, Paul Kagame, Abdelaziz Bouteflika et leurs congénères.

La leçon est simple : savoir s’arrêter et partir quand on n’a pas réussi, lorsqu’on a réussi, quand on achevé sa mission ou son mandat et surtout, respecter son peuple. Mais hélas ! On s’accroche au pouvoir, coûte que coûte, même s’il faut marcher sur les cadavres de son peuple comme le fait le président Nkurunziza élu par Dieu.

Hollande a refusé d’importuner son peuple. Cela ne veut nullement dire que tous les français l’ont vomis ou qu’il ne réussirait jamais à brouiller les cartes pour se hisser en finale de la compétition. A sa place, plusieurs africains auraient tué ou emprisonné leurs proches devenus très critiques, en attendant les élections vaincues dans le chao généralisé. Ça doit changer !