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Notre parler français anglo-swahilisé de Lubumbashi

Afin que vous ne vous perdiez point

« On ne sait jamais », comme on le dit sans cesse chez moi à Lubumbashi, grande ville la plus septentrionale du Congo (RDC). Savez-vous que nos voisins immédiats sont Zambiens, et qu’ils parlent swahili (tout comme le Kibemba d’ailleurs) ? Mais ceci n’impressionne guère, ce sont des langues que nous partageons, en plus de nos mariages, des champs communs aux frontières et diverses habitudes culturelles. Nous avons cela en commun.

Mais ce qui impressionne le plus, c’est que nos cousins disent « I am » quand chez nous on est dans le « Je suis ». Pour faire simple : ils sont anglophones et cela est loin d’être ringard chez nous. Nous, on est francophone et je n’en rougis jamais. Au contraire. Sauf que dans cette ville des plus francophiles du Congo, Lubumbashi, on a parfois moins les yeux tournés vers la capitale Kinshasa que vers l’Afrique australe, avec pour toute identité le « I am ». Read More

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Consultez-nous avant de toucher au français

Entre mutation et socialisation du français, s’ouvre une voie : celle du danger de dépréciation de la langue. L’accent circonflexe, le trait d’union et plusieurs graphies estimées compliquées se transforment ou vont disparaître. Evolution ! Seulement, on traite le Français comme une exclusivité de la France.

A première vue, rien d’anormal, dans la réforme du français entamée en 1990. Les langues, comme les humains, en effet, naissent, croissent, vieillissent puis, meurent. J’espère que l’on n’en est pas encore à l’ensevelissement du Français. Mais dans ces modifications, il y a une force qui tire par le bas la langue de Molière. Déjà le fait que la réforme ait attendu plus de 25 ans pour être appliquée traduit le doute. Tenez bien : de fenestre (proche du latin) à fenêtre, de teste à tête, … c’est une mutation, une histoire que porte « ^ », l’accent circonflexe. Mais de tête à tete, par exemple, il y a appauvrissement et confusion si l’accent devait tomber. Celui qui aura oublié le è sur tete placera le lecteur dans l’embarras, entre « tete » pour dire tête, et tete, une incorrection orthographique du verbe téter, 3e personne de l’indicatif présent.

Faute d’orthographe. Source: www.francebleu.fr

La grammaire française, toujours une science normative ?

Plusieurs ont appris « la fin de l’accent circonflexe », sans compter considérer que cet accent sera toujours là pour distinguer certains mots comme mur (substantif) et mûr (adjectif), « du » article partitif et dû, participe passé de devoir. « Sans accent circonflexe, il faudra se référer au contexte. Cela ne facilite pas non plus la tâche. Car, la forme des mots contribue à la compréhension », explique professeur Christian Kunda. Les rédacteurs maîtrisant les (désormais) vieilles règles, décideront du respect ou non des nouvelles. Mais quel dommage, cette relativisation pour une science normative : la grammaire ! On croirait que le glas de l’heure du français bien écrit a sonné. Connaître ou ne pas connaitre, c’est pareil !

Simplifier l’écriture du Français ou appauvrir la culture ?

La réforme du français de 1990 a la prétention de simplifier l’orthographe pour que plusieurs (français d’abord) écrivent bien. Si les gens écrivent de moins en moins bien, ce n’est pas forcément la faute à Gutenberg ou à l’ordinateur. La vérité est que bien écrire est un art. Et dit l’art sous-entend quelque chose d’un peu ésotérique : l’art n’a jamais été affaire des masses. On a beau atteindre 90% de taux d’alphabétisation. Cependant, en voulant simplifier l’écriture, la révolution industrielle (vue sous le prisme d’écriture) qui, à termes, est portée par les TIC, a minimisé progressivement l’exigence de maîtrise des règles, de Gutenberg à Internet. « Il faut comprendre cette évolution en la replaçant dans le contexte de l’industrialisation », explique Christian Kunda, professeur de français à l’Université de Lubumbashi.


L’ordinateur tend à gérer l’intelligence des langues. Et la réforme qui révolte certains, aussi bien en France qu’en RDC, se plie aux limites des TIC et accentuées par les TIC. Le français dans un logiciel, c’est pis que dans un dictionnaire où dort ! Le français s’enrichit non pas dans le sens figé des mots, mais dans le sens figuré, voire détourné. Le plus fort aujourd’hui n’est pas le grammairien ni l’académicien, mais un codeur-développeur, qui souvent n’est pas toujours pas amoureux de grammaire ou, grave encore, est anglophone, opérant sur des cellules francophones qu’on lui présente. Quand bien même (meme ?) il serait francophone, il ne serait pas toujours bien indiqué pour diffuser la langue. Pourtant, il le fait pour tous !

Le Français est aussi notre affaire, tenez compte de nous

L’ennui c’est que finalement, l’académie française qui a pourtant avalisé la réforme de l’orthographe s’avise à indiquer que l’initiative revient au conseil supérieur de la langue française, une institution de la France. Dans tous les cas, la France traite le français comme une propriété exclusive, à l’heure de la francophonie. La langue de Molière n’a plus un seul maître. Consultez-nous, pensez aussi à la planète françaiphile. Plutôt que de simplifier le français, l’académie (qui refuse toute paternité) aurait intérêt à trouver les voies de conjuration des fautes les plus criantes, en corrigeant les matrices logicielles sur lesquelles opèrent les techniciens codeurs-développeurs. Car c’est là que se joue l’avenir des langues, les usagers des TIC faisant de plus en plus confiance à leurs machines et programmes. J’ai le sentiment que les réformateurs ont loupé certains aspects des vrais problèmes.