Catégorie : Culture

Concert de musique sur Désolé honorable de Tshumani. Source; Tshumani

Désolé honorable (député) : la chanson qui tue à Lubumbashi

Il y a une espèce de révolte de vivre pauvre à côté de ses proches insensibles. Un proche ? Oui, c’en est un, un député. Seulement en RDC, les transformations des élus, parfois de rien à tout, choquent et cassent les amitiés. Alors comme dans la chanson « Désolé honorable » (député) de Tshumani Adassa, on peut se régler des comptes.

 « Mes frères ouvrez les yeux ! Cette année, avant de voter, qu’on ne nous trompe plus. Que ceux qui distribuent polos, pagnes et chinchards, qu’ils ne nous trompent plus ! »

Concert de musique sur Désolé honorable de Tshumani. Source; Tshumani

Affiche de concert de Tshumani

C’est rare qu’un musicien de RDC parle aussi ouvertement de politique. Dans cette incubation de rêves, de l’endormissement peut-être, selon l’ironie à peine voilée de l’artiste musicien, l’amour n’attire plus assez.

 « Je chante les faits de la société, la réalité » explique le musicien. Il poursuit : « Que l impact aurait une chanson de Koffi Olomide ou Fally Ipupa, mes grands frères, s’ils chantaient des choses comme ça ? »

Une chanson pour les élections

« Désolé honorable » appel à ne pas recevoir et même de l’écouter, lors des élections prochaines, « quel que soit son message », un député qu’on ne revoit qu’à la fin de son mandat. Le train de vie du député, celui d’un prêtre[1] importune presque. Surtout quand certains apprennent que c’est avec l’argent du peuple.

Alors, dans le clip, Tshumani qui passait avec son copain se charge de régler les comptes de son peuple. Il dit ses 4 vérités au député (honorable). « Honorable, tu reviens encore ! »Tshumani pense que sa chanson est bonne pour les élections et peut intéresser plusieurs pays d’Afrique.

Désolé honorable

« Désolé », le sort du député insensible est scellé : « Quel que soit son message », il ne sera pas écouté. A Lubumbashi, « désolé honorable » fait un buzz, loin du net. On la trouve sur presque tous les médias, sur les téléphones portables et bientôt, un slogan que se partagent allègrement même des vendeurs ambulants : « désolé » !

Tshumani, auteur de la chanson Désolé honorable (député)

Tshumani Adassa, Photo M3 Didier, octobre 2015.

Le succès de cette chanson tient aussi au niveau du swahili utilisé par l’artiste : à la limite du trivial, du vulgaire. Tout le monde le comprend bien.

« Unakitoka[2] ntumbo, mumakuta ya peuple.Unatoka prêtre, kisha una négligé ba peuple » (traduisez du swahili : « Tu pousses un gros ventre, avec l’argent du peuple. Te voilà « prêtre », puis tu négliges le peuple. Tout ce que tu es aujourd’hui, c’est grâce au peuple ! »

En vain, il a beau rappeler qu’il est frère, fils du quartier : « Cette fois je vais faire… ». La réponse c’est « désolé ».

Pas seulement ainsi « ingrat » pour ses électeurs, honorable député dormait aussi au Parlement pendant que ses collègues défendaient les intérêts de leurs électeurs. La question est évoquée souvent pour remettre en cause les capacités intellectuelles de certains élus à réellement participer aux travaux au Parlement. Mais où ils sont le plus attendus, c’est sur leurs promesses électorales.

« Ils ont beaucoup promis, les députés. Mais on n’a pas vu grand-chose », explique Patient, un habitant de Lubumbashi pour qui Tshumani chante ce qui est vrai.

Pour Mwanza, une quarantaine, marchand ambulant, Tshumani défend des faibles comme lui.

« Si tu gagnes aujourd’hui, intéresse-toi aussi à ton prochain. Nous, on nous traque, même par les gens que nous avons élus. « Si tu as un gros ventre, c’est grâce à nous le peuple » », paraphrase-t-il dans le refrain de la chanson.

Une tonalité politique

Certaines personnes essaient de voir dans le discours percutant de Tshumani un engagement politique. Auteur de Bina kua nguvu, « ça devient difficile » où il constate (2011) que politique, enseignement, et même les couples : « Je trouve mon épouse avec son mari »…  tout cela se compliqueà Lubumbashi ! En 2009, il chantait « Paka bo », « toujours les mêmes ». En 2014, il a lançait « Shi mutuachiye mpepo », « laissez-nous respirer » ! Eh oui, comment ne pas se risquer de sentir cet artiste un peu politique ?

Mais Fidèle Tshumani Adassa s’en défend, reconnaissant néanmoins sa musique « révolutionnaire ». Il poursuit : « Je n’ai même pas envie d’être politicien. A moins que ce soit un destin. Car on n’y échappe pas. »

Echo chez les politiques

« Désolé honorable » promet de trouver un succès plus duratif encore au regard de l’écho qu’il fait déjà même dans les milieux politiques. Samedi 3 octobre, lors d’une manifestation publique à Likasi, ville natale de l’artiste, à 120 km de Lubumbashi, un vice-ministre présentait un député au public venu l’écouter : « Celui-ci n’est pas comme ceux que vous avez chantés, ceux qui dorment au Parlement. »

A Likasi, Tshumani a commencé sa carrière comme danseur, puis accidentellement chanteur rumba, il se façonne un style à Lubumbashi, déjà en tant qu’étudiant en droit. Selon Tshumani, « les députés compétents » l’appellent et le félicitent. « Ils me disent, petit, tu as dit des choses réelles. »

[1] Pour être vu des gens comme quelqu’un de haut niveau.

[2] En swahili de Lubumbashi, le « ki » ainsi inséré dans le mot est péjoratif, dédaigneux. Il renvoie à un personnage d’une grosseur qui répugne ou dont on se moque. un prêtre.



Dieu candidat à la députation : élections divines, apaisées !

Elections apaisée ? Du calme : Dieu lui-même s’en charge. Unique recette : « les élections divines ». Voilà qui les rend tout à coup « libres et démocratiques ». Fini les tracas électoraux. Elections « apaisées », ce qui n’exclut pas des troubles, c’est le maximum que l’on demande au sud du Sahara. Et maintenant, du calme.

Deux fois les élections, deux fois les conflits et le sentiment que le peuple n’a été que manipulé par les politiques. Deux fois les élections, deux fois par « les hommes de Dieu » et le dépit : « Jamais deux sans trois ? ». Attention, c’est de littérature que je parle dans ce billet !

« Malemba Nkulu, élections libres et démocratiques », pièce de théâtre, œuvre de Huit Mulongo Kalonda ba Mpeta, professeur d’université et homme politique congolais. Candidat malheureux aux législatives de 2011 à Malemba Nkulu (un territoire du Katanga en RDC), déclare pourtant imaginaire son histoire. Dépité, il râle ou presque, comme en témoigne son épigraphe : « Jamais impunément l’on crache dans la soupe d’un écrivain », des élections chaotiques et non démocratiques. Plutôt que d’être vengeur, l’auteur imbibe la pièce d’un humour doublé d’ironie.

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Source: www.rdc-elections2016.com

« Les élections libres et démocratiques » à Malemba Nkulu, en République du Lualaba (imaginaire, mais une région de ce nom existe au Katanga) sont organisées par un religieux un vénéré « Archi-Bishop », président de la « Commission divine électorale indépendante ». Pour tout dire de la personnalité de cet « homme de Dieu », il a une famille, et au moins une maîtresse candidate aux législatives en même temps que son frère et le frère au religieux. Ils sont quatre et figurent sur une « liste divine », celle des candidats élus d’avance et qui doivent passer qu’il vente ou qu’il tsunami renverse les mers. Ils ne battront ni campagne, ni ne jeûneront, car « l’archi-Bishop a déjà jeûné » pour eux.

Le président de la Commission divine électorale indépendante est le seul à qui Dieu parle. Il agit de sorte que le territoire d’origine du chef de l’Etat apporte plus de voix, sans contestation, à son ressortissant. Il fait croire à un chef d’Antenne que s’il le maintient à son poste c’est parce qu’il le trouve loyal, malgré les attaques que lui font ses adversaires auprès de lui. Un conditionnement pour fabriquer un béni-oui-oui et exécuter vaille que vaille son plan électoral. Curieux : que les élections « divines » se soucient de crédibilité.

Dans ce théâtre électoral (y compris dans la pièce de Huit Mulongo), les témoins des candidats de la liste non divine ne peuvent accéder aux bureaux de vote. Dieu lui-même s’en occupe. Un député n’est donc pas cet « émissaire du peuple » comme arguent les candidats bien endormis par l’opium de légalité et de l’orthodoxie des élections. Un député est un élu de Dieu, choisi par ses pasteurs. Il ne faut pas se leurrer. Les élections libres et démocratiques sont fabriquées à l’image de l’homme de Dieu et de celui qui l’appelle. Chef de l’Etat ou Dieu lui-même ? Souvent le pasteur est prêché au lieu qu’il prêche. Un peu comme un conseiller d’un président qui chaque fois est conseillé par celui-ci.

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Image de couverture du livre « Malmeba Nkulu, élections libres et démocratiques » de Huit Mulongo.

La surprise dans cette République est grande. Tout religieux qu’il est, le peuple lualabais découvre que Dieu se trompe et le suspecte de complicité et de partialité. Le vénéré Archi-Bishop a peur et dorénavant se promène en jet ou en voiture blindée. Aux élections divines, hélas, Dieu ne mesure pas exactement le nombre des électeurs inscrits : à seulement deux heures des votes, plus de bulletins mais des cartons « stocks stratégiques » chargés des bulletins vierges seront saisis nuitamment en train de sortir après les votes ! Vous avez compris ? Les élections divines connaissent aussi la fraude. Et au dépouillement, pour sauver les « candidats de la liste divine » battus au vote, on peut juste simplement ajouter un zéro (0) et déplacer le point (.) pour tout à coup passer de 3 000 à 30 000 voix, « maillon jaune ». Après tout, en addition, zéro n’est-il pas un élément neutre ? Pourquoi Dieu se ferait-il la peine de se fâcher pour un zéro, un rien donc ? Au finish, « libres et démocratiques » élections à Malemba Nkulu ! Transparentes, elles le sont ces élections. Surtout quand les bulletins ne peuvent rester dans l’urne après le vote (voir la photo ci-contre).

Dieu candidat à la députation nationale

La thématique électorale est jouée par Célestin Kasongo « Votophonie, votofolie », dramaturge et acteur talentueux de théâtre. Jouant le fou, un fou lucide, il se moque de l’issue conflictuelle (souvent tribale) des élections. Cela atteint même les églises. Alors 4 pasteurs d’une même église ont pris goût à la politique et veulent obtenir les voix de leurs élus. Le premier s’avance devant l’église et dit : « Dieu m’a révélé que je serai député. Votez pour moi ». Le deuxième se présente comme l’envoyé spécial de Jésus. Le troisième lui, est simplement « Jésus-Christ lui-même. » Se lève enfin le quatrième, inspirant la sagesse et calme depuis le début des scandales dans l’église. Il a fixé le bouton de sa jolie veste, il annonce comme dans un oracle : « j’ai suivi ce qu’ont dit mes frères. C’est triste. » Intéressant non ? Personne ne s’agite, l’air a tendance à se vider dans la salle et seules les aiguilles de l’horloge fixée juste en face de lui parlent en trottant. « Je suis Dieu lui-même. Votez pour moi ». Oh, Dieu candidat à la députation nationale ? Pourquoi faire ?



Le secret des Massaï et tous les mythes de la sexualité

La sexualité régule-t-elle nos vies ? A Lubumbashi, on semble fort s’en préoccuper. A 39 ans le glas d’un règne éphémère sonne, débandade pour les plus âgés, vous voyez ? Imaginez de quoi se préoccupent les jeunes ?

Par où commencer ? Mon séjour au village ou les Massaï bien aimés de Lushois ? Ah, les Massaï. Ces cousins connus pour leur originalité, –Tata Mobutu dirait « Authenticité »–, ils visitent régulièrement des bureaux climatisés à Lubumbashi. Non, ils ne vont pas vendre des sandales en cuir. Pour ça, ils ont des coins de rues. Oh, les médecins. Ils fournissent des « remontants ». « Personne ne les arrête : ils passent directement voir le chef, dans son bureau ». S’ils sont intéressants, explique un homme qui a consommé leurs aphrodisiaques, c’est parce qu’ils ne trompent pas. Ils proposent parfois « des trucs rares » comme les cornes de rhinocéros. « Mais les Tradi locaux sont parfois menteurs. »

Vous avez dit que les Congolais sont pudiques ?

Affiche publicitaire d'un tradipraticien à Kisangani (RDC) | Source: France 24, Les Observateurs

Affiche publicitaire d’un tradipraticien à Kisangani (RDC) | Source: France 24, Les Observateurs

Mais ils ne sont pas seuls, les Massaï. D’ailleurs, ils énervent les « médecins » Tradi (traditionnels) désormais obligés d’investir dans des campagnes publicitaires interminables à la quête d’une clientèle détournée. Peine perdue, car en effet, « à bon vin, point d’enseigne » disent les Français. Quand on a connu les vertus de la médecine massaï, sans tambours battants, pourquoi perdre son temps chez ceux qui rivalisent de publicité ? « Nous soignons toutes maladies », « maman, nous avons le secret pour garder papa à la maison », « nous soignons les faiblesses sexuelles, l’impuissance sexuelle, les éjaculations précoces … »

Ah, les mots ont été lâchés. Faiblesse, Impuissance sexuelles. Des médias nombreux, l’audiovisuel, réservent des heures tardives aux émissions prétendument « des adultes. » Mais il faut par un hasard vous aligner sur un canal TV ou radio à minuit, 1 heure ! Du sexe, de l’intimité parfois crue. Et ce sont les jeunes qui appellent ! Il semble que le sexe soit réellement un vrai problème de société. Encore que nombre des Congolais, par (fausse) pudicité, n’en parlent pas à leurs ados. Mais quel ravage quand ils le découvrent dans la rue ou rencontrent ces médecins qui parfois arrêtent des jeunes sur la route ? « Sokola mokongo », entendez : nettoie ton dos, m’interpellait une femme (la quarantaine) sur la route, me proposant un tas de racines. « Elle va t’apprécier avec ceci », « si elle ne pleure jamais, prends ceci et tu verras » a-t-elle poursuivi, changeant de recette. « Holà ! Je ne vous ai pas dit que je suis malade, madame » ai-je crié, gêné. Mais un autre jeune se plaçait juste à côté de moi et commandant illico, « poudre, racine», avec des noms précis. Un véritable connaisseur. Elle allait le sentir, sa femme ! Oh, la pauvre. C’est de la violence inédite.

Victimes, les femmes ?

Vous vous demandez ce qu’en disent les femmes ? Quelle est cette femme qui voudrait que son mari se couche, tourne et se retourne sans aucun geste ? « Allez voir votre frère, il ne fait rien depuis que je suis là, voici deux mois. Je ne suis pas venue chez mon cousin ici », rapporte une la colère d’une mariée dont l’époux « se lave, mange, prie et s’endort « simplement » » depuis son mariage. Mais il semble aussi que les meufs admirent quand ça dure ! Un « médecin » Tradi rapporte que les femmes  viennent le consulter plus que les hommes, sur initiative propre et quelques fois envoyées par leurs maris. « Elles détestent les éjaculations précoces ». Mais parfois les hommes en font tellement trop au risque d’ennuyer. Au pub, ils glissent des poudres dans leurs verres.

Une publicité a vite été retirée de l’audiovisuel en 2013 à cause de son caractère extrême et un peu poli. Elle présentait une femme à la quête des aphrodisiaques chez un Tradi parce que son mari n’était plus efficace. Après avoir consommé les produits, on a vu la femme, couverte juste d’un pagne à peine sortie du lit, en fuite devant le félin pourchassant sa proie. « Sa virulence déborde », criait-elle. Pour les jeunes, les hommes ayant découvert ces choses-là dans la rue, c’est l’image d’un vrai homme. Alors les jeunes filles en font les frais ! Résultats, à 35 ans déjà, plus assez de ressources ! A 39, le glas de l’insuccès sonne.

Sur moi, la démonstration

Enfin, ce témoignage d’une femme que j’ai vu soigner l’impuissance sexuelle dans un village de Kapanga, près de Kalamba dans le Katanga, en RDC. Une vielle dame, environ 80 ans, savait encore se tenir debout et aller chercher des plantes rares dans la forêt et dans la savane. Véritable médecin, traitant l’impuissance sexuelle, la dame était connue pour ses résultats. Et pas seulement. Surtout, elle exigeait du patient guéri, une démonstration sur elle-même. Elle seule savait évaluer les nouvelles performances du patient avant de le déclarer guéri. Une nouvelle mariée était coincée entre le désir de voir son homme vraiment Homme grâce au seul espoir que représentait ce docteur Tradi. Mais à l’idée que son homme devait tester sur cette vielle, elle était folle de colère.