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Le travaille de journaliste

Afrique : milices présidentielles dans les armées

Un soldat, ça ne réclame pas de droits, mais ça accomplit ses devoirs. Ça ne vote pas en plus, ça protège. Mais là où le soldat acquiert le pouvoir citoyen de choisir, il n’a qu’un choix : le commandant suprême, c’est-à-dire, le président sortant. C’est ce qui est arrivé au Tchad d’Idriss Deby, où des militaires auraient disparu pour un non aux dernières élections.

Si en réalité pareille affaire est restée presque inconnue du grand public dans d’autres pays, on ne peut supposer son inexistence depuis les indépendances. Qui d’autre un soldat devrait-il élire, sinon celui qui a le dernier mot sur sa vie ? Vous vous demandez sans doute, comme moi, à qui servent les soldats dans certains pays africains ? Question très simple. Voici ma réponse :

En règle générale, l’armée et la police ne votent pas

Dans plusieurs pays africains, les constitutions veulent que les hommes et femmes de rang restent en dehors des rênes politiques. On dit qu’ils doivent rester neutres. Si le vote est un acte civique, ce que d’ailleurs les universités et les politiciens n’ont pas arrêté d’enseigner, c’est d’abord pour les autres. Pas pour les soldats. Pour l’armée et la police africaines, voter est un acte hautement politique, il donne des idées politiques. Le plus inimaginable, c’est un vote contre le président sortant : c’est presque passible de mort, comme la félonie. Pourquoi donc ? La raison est simple :

L’armée et la police sont au service des présidents

Ce n’est pas de la mathématique : la longévité des présidents est fonction du contrôle qu’ils ont des militaires et des policiers. Deux principes président à cette gestion personnelle des forces armées : « diviser pour régner » et « paupériser pour dominer ».

Le premier principe, « diviser pour régner », permet aux chefs d’Etats africains de susciter des envies en soignant des unités spécialement commises à leur sécurité. On les appelle Garde présidentielle, Division spéciale présidentielle, etc. Ce sont les mieux vêtues, les visiblement bien « soldés »… alors que les autres galèrent. Il faut amener tout le monde à désirer rejoindre ces élus des régiments du ciel. Une fois dedans, on n’a qu’une seule envie : y rester. D’où la soumission inconditionnelle devenue règle d’or. Je passe outre la question des soldes ridicules dans plusieurs pays pour ne pas heurter les sensibilités.

Les milices présidentielles

Certains des régiments présidentiels prestigieux deviennent carrément des milices des chefs d’Etat. Le sale boulot des régimes, c’est aussi l’affaire ces armées privées dans les armées dites Républicaines. Ainsi, la DDS (un prolongement de son armée) d’Hissène Habré fait encore grincer les dents à ce jour. C’est avec émoi que les Tchadiens peuvent vivre l’affaire des disparitions forcées des soldats électeurs indépendants qui se sont détournés de Deby, si cela est prouvé.

Aussi, à la tête des armées de seconde zone, les généraux sont nommés, non pas pour défendre le pays, mais le régime. Ils sont gâtés pour ne pas révolter des soldats maintenus dans la misère. Et c’est aussi affaire d’ethnie ou de régions, en majorité. Ainsi, il se raconte que le général François Bozizé de la Centrafrique se serait accordé 2000 hommes dans une armée d’environ 7000 âmes. La garde de Blaise Compaoré a voulu perpétuer la dynastie après le maître, en vue de le protéger aussi. Tout le monde sait aussi comment la DSP du maréchal Mobutu inspirait la terreur à tout Zaïrois, y compris même les sbires du régime.

Il restera au moins cette vérité : porter une arme et glisser un bulletin dans une urne semblent passer pour une redondance, un double pouvoir : le soldat peut doublement s’exprimer. Tantôt avec sa Kalache, tantôt avec son bulletin pour punir. Mais tout cela ne devrait pas faire peur si nos pays organisent des armées homogènes plutôt que d’entretenir des milices à leurs fins propres. Un militaire, du cil ou de la terre, a doit de voter, et de voter librement.



Voyage à Addis-Abeba

Une nuit à Addis-Abeba

Au bout de quatre heures de vol, j’arrive dans la capitale de l’Afrique. La nuit est tombée sur Addis-Abeba.

J’ai bricolé mon anglais scolaire de Lubumbashi, j’ai fait rire, je me suis fait comprendre quand même. Aussi, je n’ai pas oublié, avec une bonne dose d’orgueil, d’exploser quelques mots de mon français, pour punir ces anglophones qui me donnent l’air d’ignorer ma langue. C’est simple : rendre la pareille, amicalement !

Au bout de deux heures d’attente et de contrôles à l’aéroport, j’arrive à l’hôtel. Une minute, je prends de l’air avant de me coucher. Arrive un gentil gars qui alterne, non sans peine, anglais et français. « Salut! »

Bilingue et francophile, en terre Ethiopienne, mon compagnon est sans doute un connaisseur, dans tous les sens du terme.

  • Pourquoi un si jeune et beau gars devrait-il s’engouffrer dans cet, aussitôt arrivé, comme s’il était sous un régime de surveillance s’un magistrat? m’interpelle-t-il, tout sourire et serviable. C’est entre potes, en effet !
  • Viens, je te montre Addis ! poursuit-il.

De jolies nanans d’Addis-Abeba

Voyage, Ethiopie

L’aéroport d’Addis-Abeba, Ethiopie prise nocturne. Photo M3 Didier

Le compagnon me propose de faire un tour, d’aller voir « de belles nanans de la capitale africaine. » Sous un ton péremptoire, il soutient que « tout est beau ». Ça en a l’air, Addis-Abeba, en effet. A l’aéroport, et sur ma trajectoire, je ne me rappelle pas en avoir vu une qui soit défavorisée par la nature. Je veux dire, alertante par sa laideur ! Même la moins coquette, en effet, s’arrange pour briller. Finalement, ça semble la règle de la profession ou du moins, du recrutement à leurs postes.

De jolies nanans ! Mais ne soyons pas naïfs, c’est dans un aéroport international, dans une capitale qui savoure le prestige d’être la capitale de l’Afrique (siège de l’Union africaine). Ce sont des hôtesses. Inutile que je le dise ainsi à mon compagnon ! Où allions-nous trouver ces belles d’office offertes?

On se sépare donc, et l’ami ne peut compter sur moi pour le tour en taxi, « à dix dollars US seulement. » A dix dollars ou à n’importe quelle gratuité ou gentillesse, je n’allais offrir ma soirée de passager.

Et cet esprit nocturne qui hante

Mais une fois rentré dans l’hôtel, l’esprit du francophile éthiopien me poursuit. Pourquoi, diable, s’est-il mis sur ma route ! Je m’entretiens avec une femme à la réception pour mon repas, une jolie créature me lorgne, et lorsque je la croise des yeux, elle me couvre d’un puissant regard possessif. Ce regard-là qui vous électrocute et vous fait oublier votre chemin. Elle a eu ce sourire qui ne ment pas qu’elle invite à discuter… Bientôt elle salue, invite à parler… La belle passe et repasse, puis, descendant un escalier, me fait signe de la suivre.

  • Vous voyez? Elle ne vous plaît pas? demande discrètement un concierge.
  • Je ne veux pas de ça.

Ma faim, en effet, n’était nullement une affaire d’homme et de femme. Il me fallait du pain et de l’eau avant de dormir.

J’ai pensé à ma grand-mère scandalisée, la première fois de sa vie, d’entendre son petit-fils lui raconter, sans vergogne, qu’il avait dormi à l’hôtel durant son voyage. Oui, ils sont nombreux comme elle, les congolais pour qui hôtel veut dire pandémonium. Mais c’en n’était pas le cas à Addis-Abeba.

Infortuné voyageur, voilà que la belle a resurgi dans ma tête, au beau milieu de la nuit d’Addis-Abeba. J’ai pensé aussi au connaisseur francophile. Puis, après avoir prié et longtemps écrit ce billet, je me suis retrouvé sur les ailes de l’ange du sommeil. Une voix féminine me parlait au bout du fil, de la réception : la nuit était passée, le déjeuner était servi, et un bus arrivait nous prendre pour l’aéroport. Cette voix n’était pas celle d’un esprit, ce n’était pas une voix possessive. Elle était simple, gentille, celle que j’entendais à mon arrivée à l’hôtel.



Jacob Zuma rend justice à la justice

Jazu, Jacob Zuma, le président sud-africain touche à la grandeur. Grandeur d’âme, grandeur d’esprit ! À voir l’obstination avec laquelle il a jusqu’ici rejeté les appels de la médiatrice de la République à restituer les fonds publics utilisés pour sa résidence privée, qui aurait cru qu’il en arriverait aux excuses, des excuses publiques ? Eh bien, vrai, Jazu prend son courage et, comme en la solennité de fin d’année, exercice auquel il s’est livré il y a trois mois, il reconnaît sa faute.

Le signe est fort, surréaliste même, dans cette Afrique en proie au printemps des dinosaures : les chefs d’Etats et les régimes ténébreux et opaques, sans respect pour les lois et pour leurs citoyens, obsédés par un pouvoir clanique. Ils gèrent des pays comme leurs boutiques et leurs citoyens comme des vassaux.

Jacob Zuma

Jacob Zuma, président de l’Afrique du sud au forum économique mondial. Source : World Economic Forum (Youtube)

Zuma accepte qu’il a mal utilisé les fonds publics et va en rembourser une partie, comme exigé par la médiatrice de la République. Son courage est hors-pair et profite à son pays et à son image personnelle en tant que chef d’Etat, même si certains pourraient le voir comme un faible. D’abord, il proclame indépendante, la justice de son pays et se proclame lui-même capable de démocratie, peut-être même démocrate. Il justifie aussi la courageuse médiatrice de la République qui n’a joué que son rôle d’œil de la République. Quel courage, si l’on considère des hauts fonctionnaires incapables de contredire leurs chefs quand il le faut !

La justice sud-africaine avait déjà remis Jacob Zuma à sa place, pour avoir laissé partir le soudanais El Bechir (lors du sommet des chefs d’Etat) qu’elle voulait arrêter pour la cour pénale internationale. Il est venu le temps où il devait honorer cette justice qui a fait rêver l’Afrique : la seule des pays visités par le président soudanais, capable de l’arrêter.

Jacob Zuma comme démocrate, c’est facile que plusieurs lui refusent ce qualificatif, après l’entêtement qui a précédé le bras-de-fer qui semble en finir maintenant. Mais il pouvait, comme ses homologues d’Afrique, éjecter de son poste le président de la cour constitutionnelle et le remplacer par un béni-oui-oui. Alors il triompherait, s’élevant à la dignité des dictateurs et hommes forts. Jacob Zuma s’est incliné, fautif ! Voyons, fautif, un chef d’Etat ? Non. N’est-ce pas toujours un tout puissant, un guide, le seul citoyen à qui reviennent tous les meilleurs qualificatifs ? Jazu l’a accepté, et c’est positif.

Chacun a ses limites, ses faiblesses. On peut pardonner à Jazu ses problèmes de lits et sa tentation d’imiter les dinosaures d’Afrique.  Si j’avais été député en Afrique du sud, je plaiderais pour l’abandon de la procédure de destitution qui le vise encore. Zuma a payé ses fautes devant le peuple, en lui présentant des excuses. Il va payer en remboursant l’argent public. Il sait désormais qui est au-dessus de la mêlée : la vérité, la justice en tant que vertu.