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Médias étrangers et informations sensibles en RDC

Liberté d’informer et de l’être, liberté de savoir, « tout savoir », … voilà ce que réclame le monde d’Internet, des TIC et des médias internationaux, sans frontière et parfois assimilés aux affaires étrangères de leurs pays d’origine. Le secret est en détresse, pourtant il ne s’est pas déclaré vaincu. Droit de tout savoir pour les citoyens contre devoir de ne pas « tout » dire pour les gouvernants, au nom des « stratégies » ou raisons d’Etat ; et les frictions ne manquent !

Médias étrangers et infors sensmbles en RDC

Médias étrangers et informations sensibles en RDC

En République démocratique du Congo, les médias internationaux (occidentaux), trop dans les TIC[1], prennent plus d’importance et tendent parfois à remplacer les médias locaux. Ils contournent le contrôle médiatique du pouvoir et surtout s’ouvrent même à l’opposition :

  1. Parole au pouvoir : les médias internationaux permettent de dire et montrer au monde un Congo qui change. Pour ça, très peu refusent l’interview de RFI, France 24, Jeune Afrique ou BBC. A l’inverse, lorsqu’il faut parler de corruption, d’insécurité, des droits de l’homme, ces médias énervent.
  2. Parole aux opposants politiques parfois sans accès dans l’audiovisuel local. Presque toujours aux antipodes de l’action publique, les opposants énervent et derrière eux, les médias (occidentaux) qui leur donnent la parole.
  3. La société civile, celle des ONG et activistes de la société civile accède aussi aux médias internationaux. Critique elle aussi, elle se voit cataloguée à l’opposition.
  4. Enfin, le reste de la société, les clercs ou intellectuels d’abord. Leur nombre est croissant (plus de 40 %) s’équipent en antennes paraboliques. Et par l’indiscrétion d’Internet, des réseaux sociaux et du téléphone, c’est tout le monde qui apprend ou découvre ce qui se passe, aspirant bien sûr à consommer les informations par bouquets satellitaires. La part des opinions à tendance négative sur le pouvoir inquiète ce dernier qui lui aussi a besoin des opinions favorables. D’où la phobie des dirigeants des médias occidentaux.

Guerre de contrôle des opinions

Il se trouve dès lors que pouvoir public et médias étrangers opèrent sur la même matière : les opinions dont la crédibilité, en termes d’information ou de communication publique, reste la clé de voûte. Le pouvoir en RDC ne peut s’assurer de contrôler les sensibilités ou informations sensibles. Le téléphone, les réseaux sociaux, le blogging, les blogosphères du type Mondoblog et les correspondants de presse contribuent à la déroute du secret prolongé. A l’heure du téléphone appareil à tout faire, il ne faut pas compter sur la discrétion de tous. Il y a toujours quelqu’un qui filme, qui enregistre un son et le partage sur un blog ou un réseau social.

La critique gêne

Source: radiookapi.net

Source: radiookapi.net

Dans un pays pas encore habitué aux controverses à travers les informations, et dans une situation d’opinion internationale parfois déformée par une instabilité politique qui dure voici 20 ans, dire responsabilité journalistique pour dire « attention aux « sensibilités »» peut confusément être perçu comme une sorte de sagesse, plutôt que de souffrir. Quitte à voir une presse qui provoque une désaffection de son public au profit des médias alternatifs : médias étrangers. La voie de la critique, même s’il est difficile d’établir formellement qu’elle est absente en RDC, n’exclut pas des représailles du genre médias fermés, signaux d’antenne brouillés ou coupés. RFI en a déjà fait des frais, au moins 3 fois depuis 2006. Pourtant, cela est loin d’être une simple hostilité congolaise face aux médias étrangers et à la critique. Récemment, au Rwanda de Kagame, BBC a été punie pour s’être voulue libre en parlant du génocide rwandais sous une vision que ne partage pas Kigali. Mais en tout, apparaît clairement le refus de la critique, de la voix contraire ou la troisième voix (neutre ?).

Comment gérer alors les informations sensibles, mieux les sensibilités en tant que journaliste en Afrique ? Et, à l’heure de l’ubiquité et même de la » mobiquité » de l’information, le pouvoir peut-il espérer gérer les sensibilités, les secrets ? Jusqu’où ? Pourquoi l’Afrique francophone (certains pays) s’en prend-elle plus à RFI qu’à BBC et pourquoi celle-ci vit-elle la situation de RFI dans les pays anglophones ? Le monde serait-il, jusqu’ici, encore divisé entre puissances en termes de zones d’influences médiatiques, et donc d’influences politiques ? Autrement dit, pourquoi RFI en 24 langues est gratuit alors que dans l’Hexagone, les médias de la taille de RFI et France 24 sont payants ?

Voilà quelques-unes des questions abordées dans mon deuxième livre « Médias étrangers et informations sensibles en RDC. Influences et rêves à l’heure d’internet », 188 pages, qui vient de paraître aux éditions universitaires européennes, le 25 juin 2015 ; ISBN : 978-3-8416-6589-8. Il est accessible sur Morebooks. Je vous le recommande vivement.

[1] Sur Internet, par câble, par satellite, en FM, en Ondes courtes, en Ondes moyennes, etc.