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Nous voulons plus de passions, plus de rêves dans les médias en RDC

En République démocratique du Congo, RDC, les gens aiment la télévision et les passions qu’elle charrie. D’autres, en revanche, s’en détournent parce qu’ils n’y en trouvent pas le contenu qu’ils cherchent. Ils vont alors les chercher dans les télévisions étrangères, cryptées.

Voilà qui ouvre une voie presqu’inexorable aux puissantes et irrésistibles industries audiovisuelles étrangères. Cette entrée en RDC, en effet, date déjà des années de l’indépendance où après la radio, la télévision étrangère concurrence impitoyablement la précaire (à tous points de vue) télévision locale. Read More

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Etre journaliste et blogueur, et en RDC

Être journaliste, c’est déjà trop risqué en République démocratique du Congo. Blogueur, en plus, n’arrange pas les choses. Et les deux à la fois, et vivre en RDC vous brisent le cœur.

Risqué, ce n’est pas seulement parce que pour un oui ou pour un non vous pouvez aller en prison, sinon mourir… Mais c’est aussi parce que journaliste, vous devez l’être comme ils se l’imaginent : les puissants. Journaliste racoleur, chantre, chien suiveur, et… arrêtons là, net, avant de toucher l’insupportable !

Journaliste, ça vous brise le cœur !

Etre journaliste, finit par faire mal au cœur. Mal de ne pas être journaliste, tel qu’on l’aurait voulu, comme on l’est simplement comme on le lirait dans un abécédaire. L’excuse, parfois légitime, c’est que vous devez vivre, survivre. Vous avez beau être « sérieux », correct, professionnels, intègre. Un jour, vous ne mettez pas ces mots dans un plat pour nourrir votre enfant qui pleure. Vous ne les donnez pas au médecin qui donne des paracétamols à votre parent en danger de vie, parce que vous n’êtes pas solvable, sinon crédible.

Etre journaliste, j’allais oublier, c’est déjà risqué, parce même les vôtres un jour, ne sont pas simplement d’accord avec vous.

L'usage des TIC limité dans l'administration publique en RDC

Les blogueurs de Lubumbashi au cours d’une conférence à la société civile du Katanga, 21 novembre 2015. Photo Didier Makal

Journaliste et blogueur, infortune !

Mais voilà que le journaliste endosse le costume de blogueur. Mon propos n’est pas ce débat vide qui veut savoir si journaliste et blogueur, c’est compatible. Je n’y perdais pas une ligne de plus ici. Mais journaliste, et blogueur, cela complique encore la vie. Car à défaut de ne pouvoir, ne fût-ce que présenter la petit vérité, bêtement contenue dans le culte des faits, sans une mise en perspective de l’information, s’ajoute la vérité que même avec son propre blog, un jour vous vous censurez. Pour longtemps !

En ouvrant mon blog pour la première fois, en effet, ma liberté je la voyais grande. Mais voilà, un jour, qu’entre la passion de dire les choses avec justesse ou de manière osée, et la quête d’un emploi qui rassure, il fallait choisir. En réalité, le choix n’existe que pour une option, et vous la connaissez. Du coup, il faut désormais la gérer, parfois la censurer soi-même, sa bouche. Et son blog ne se nourrit plus de cette substance qui ont fidélisé d’illustres internautes, décidés de ne plus vous oublier dans leur périple entre RFI, VOA ou Radio Okapi. Ils ne viennent plus s’abreuver, le blog se tarit de sève, …

Ni blogging, ni journalisme, mais l’autocensure ou l’abandon

Finalement, ni blogging, ni journalisme, … La liberté, ne fût-ce que la plus basse, sans forcément que des méchants vous le demandent, s’arrête un jour. « Désormais, il faut voir ce que tu dis », conseille un homme du haut de ses 36 ans dans les services publics. Ceci ayant valeur d’avertissement. Réflexe de survie exige, le journaliste et blogueur se censure, jusqu’à perdre sa voix.

Du coup, on comprend bien combien, être journaliste, blogueur, et vivre au Congo est dur. Cela vaut des privations, non pas parce que demain vous espérez rencontrer le Christ-Sauveur. Mais parce qu’il faut s’assurer un minimum vital. Un jour, notre vie semble se ramener à manger, et seulement manger.

C’est un espoir de vivre encore, bègue sinon muet, jusqu’à ce que qu’un mal inconnu mais évident vous emporte. Ou pire, après les massacres des voisins, arrive le jour où après tous les vôtres, l’égorgeur de Beni vous la tranche. Ou, que votre petit corps finisse dans une de 50 fosses communes du Kasaï. Un ami a résolu de ne plus en parler et s’y prépare, peut-être.


Le méchant, ce n’est pas Joseph Kabila

Je ne peins pas un enfer, pas une jungle, mais un pays où hier, a pris naissance une certaine liberté d’expression. Nos coups de gueule, nos cris de joie, même sans le dire, étaient expression d’un certain degré intéressant d’exercice des libertés citoyennes. Il faut en remercier aussi les inventeurs des TIC et d’Internet.

Mais au point où nous en sommes, en 2017, alors que la tendance des mouvanciers tend à faire de nous tous des chantres, sinon des opposants et donc des chairs à canon, je réalise combien la RDC est en train de reculer. Le pays est sur le point de perdre ce qu’elle a pu gagner durant les 16 ans de règne du président Kabila. Ce ne fut pas rien. Mais que tout cela s’écroule depuis sa volonté de prolonger son mandat, se moquant de toutes les tentatives de sortie de crise.

Mais au final, ce serait perdre son énergie que d’en vouloir à monsieur Kabila. Avec la classe politique congolaise entière, les gens auraient poussé un autre à faire pareil. Dans cette histoire, une fois de plus, celui que les politiques ridiculisent, c’est le journaliste que tout le monde désigne désormais incapable de dire la vérité. Même l’opposition !

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De la dictature de l’anglais à la COP22

Il faut bien que les langues évoluent, s’enrichissent, mais pas qu’elles se bouffent. Dommage que ce soit à l’ONU où l’anglais domine sur le monde, un peu comme les dictateurs sur leurs pays. Que cela arrive à l’ONU, et à la COP22, c’est bien drôle.

Ainsi donc, un francophile débarque pour la première  fois à une conférence de l’ONU sur le climat, la COP22. Marrakech, à la porte de l’Europe, n’est pas francophobe. Même si l’arabe y est roi, un marocain lambda peut me déposer à Guéliz dans la médina, l’oasis occidentale en plein monde arabe.

A la COP22, le Français c’est « après le prioritaire »

Lorsque je sors payer des arachides torréfiées au coin d’une rue, je peux sourire d’entendre m’appeler : « Mon ami l’africain ! ». Le Français y vit donc. Mais cette francophilie que je partage avec de nombreuses personnes s’arrête où l’ONU déconne.

Me voilà donc arrivé dans la « Zone bleue ». C’est ici que de nombreux négociateurs, délégués des organisations de la société civile et des gouvernements postent. J’y vois la première marrée de journalistes de ma vie. Les indications alternent presque correctement Français et Anglais.

Dans une salle de presse, une collègue journaliste française me surprend en train de lire les nouvelles du Zaïre sur rfi.fr ! Si elle est joyeuse, c’est sans doute parce qu’elle est surprise de rencontrer un francophile à la COP22. Ça fait presqu’un événement dans ce monde où notre langue a tendance à faire Samuel Eto’o qui ne marque de but.

La France à la COP22

Le globe terrestre à la COP22. Crédit Photo, Didier M. Makal, novembre 2016, Marrakech.

La journaliste française m’a quand même lancé, sans hésiter un chaleureux « bonjour ! ». Il faut dire que, embarqué dans une jolie équipe de journalistes d’Internews, j’ai souvent été porté à bricoler l’anglais que de parler. Difficile exercice de penser une langue que de la pratiquer. La bonne nouvelle, c’est que les gens ont donné l’air d’avoir compris mon anglais francisé.

L’ONU a beau raconter qu’elle a six langues officielles, en effet (l’anglais, l’arabe,  le chinois, l’espagnol, le français). Elle a son histoire et ses préférences. Je le reconnais, les anglophones sont plus nombreux que nous. Mais voici à quoi ressemble la seconde langue de l’ONU, selon le site ledevoir.com :

« On sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction. »

Non seulement l’anglais fait un coup d’Etat à l’arabe sans déclencher une intifada, elle s’impose comme la langue de l’ONU.

A la COP22, les communiqués de presse arrivent en anglais

L’ennui me vient des salles de conférence. Sans doute, des interprètes parfois bien rodés, m’ont quelques fois rendu d’heureux services. Mais ils n’étaient pas aux conférences de presse des pavillons américains de dernière minute. Je ne les ai pas non plus entendus chez Ban-Ki Moon où le matériel de traduction ne pouvait suffire à tous les locuteurs de l’anglais boiteux ou malade.

Ça aussi, j’ai compris et pardonné. Je pense que la déception me saisit un soir, de retour à l’hôtel. Un communiqué de presse urgent tombe : Energy for Africa ! Je dois en parler, envoyer une info rapidement à ma rédaction, à Lubumbashi. Je dois être l’interprète de moi-même. En fait, je vais chercher une version française. Elle n’arrivera qu’au lendemain…

Oui, il faut traduire avec Google Translation ! Mais quelle drôlerie, ce traducteur ! Il me retourne des phrases en Anglais ! Aussi, malgré mon handicap dans cette langue, je puis contester de nombreuses phrases. Presque toutes contiennent des conférences de sens. Mais si je cherche une traduction, ce n’est pas que je manque de dico anglais-français. Je veux du sens !

J’ai perdu deux heures environ, pour ne saisir pertinemment qu’à peine le tiers du texte. Et c’est le sommeil qui décide du reste ! Tout ça, à cause de l’ONU ! Je pense que les langues doivent vivre, se multiplier si possible. Mais à l’ONU, on s’obstine à penser que le monde est anglophone par essence.

Pourquoi ne pas doubler, tripler des services de traduction ? L’ONU adopte pourtant six langues ! Ainsi, même si l’on ne peut traduire dans toutes les langues du monde, les langues régionales doivent être représentées en tout.

Autrement, c’est une dictature et de la violence que l’on fait aux non-anglophones. L’ONU qui promeut les valeurs démocratiques et les langues, comment peut-être s’obstiner à ne promouvoir que l’anglais jusqu’à l’imposer ? L’anglais, en effet, a beau être la langue la plus parlée du monde.  Mais globalement, cela fait environ 800 millions de pratiquants dans un monde de 7 milliards.