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Notre parler français anglo-swahilisé de Lubumbashi

Afin que vous ne vous perdiez point

« On ne sait jamais », comme on le dit sans cesse chez moi à Lubumbashi, grande ville la plus septentrionale du Congo (RDC). Savez-vous que nos voisins immédiats sont Zambiens, et qu’ils parlent swahili (tout comme le Kibemba d’ailleurs) ? Mais ceci n’impressionne guère, ce sont des langues que nous partageons, en plus de nos mariages, des champs communs aux frontières et diverses habitudes culturelles. Nous avons cela en commun.

Mais ce qui impressionne le plus, c’est que nos cousins disent « I am » quand chez nous on est dans le « Je suis ». Pour faire simple : ils sont anglophones et cela est loin d’être ringard chez nous. Nous, on est francophone et je n’en rougis jamais. Au contraire. Sauf que dans cette ville des plus francophiles du Congo, Lubumbashi, on a parfois moins les yeux tournés vers la capitale Kinshasa que vers l’Afrique australe, avec pour toute identité le « I am ». Read More

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RDC : Sans histoire, aptes, bons citoyens

En République démocratique du Congo (RDC), il reste encore possible de vivre inaperçu, sans exister pour les services de sécurité, pour les fiscs ou pour la justice. Aussi étonnant que cela paraisse, en plein 21e siècle où les TIC numérisent les sociétés et les personnes, cet état de choses ne déplaît presqu’à personne.

C’est l’histoire de l’identification des citoyens, oubliée depuis les années 80. On sait seulement qu’il existerait 80 millions d’âmes réparties sur les 2,3 millions de km2 qui forment la RDC. Des citoyens de 35 ans, voire 40, des millions, n’ont jamais reçu des documents fondamentaux à leur naissance et, comme tous les majeurs, ils ont pour pièces d’identité « provisoire », une carte d’électeur !

Alors qu’en Europe les services de sécurité arrivent à suivre des personnes suspectées de criminalité grâce aux données identitaires, nom, photos, ADN, empreintes digitales, etc., chez nous, même les condamnés et prisonniers ont des casiers judiciaires blancs. Des citoyens corrects sauf, bien entendu, s’ils ont la fâcheuse décision de s’activer comme opposants politiques. Les autres, ils n’ont jamais rien fait. Ils peuvent changer d’identité ou de lieu.

Il tente de se marier deux fois à Lubumbashi

C’est cette histoire d’un homme qui tente de se remarier qui me rappelle à quel point les ordinateurs, internet acquis aux frais du contribuable ne servent que de gadgets dans certains services publics.

Drapeaux de la RDC

Le siège de l’assemblée du Haut-Katanga, Lubumbashi

Notre Jean-Jacques (pseudo) quitte femme et enfants, promettant voyager pour deux semaines, en Afrique australe. C’est la porte d’à côté à Lubumbashi, ville septentrionale de la RDC, en effet. Mais en réalité, il reste sur place, se mouvant librement dans cette ville de près de 4 à 6 millions d’habitants.

C’est jusqu’à ce que son épouse apprenne un vendredi, la veille de la célébration, que son mari est candidat à un mariage imminent dans une des communes de la ville. Elle se grouille et l’atteste. La polygamie, en effet, ça ne choque pas vraiment les mœurs en RDC. L’épouse, mariée selon la coutume, la religion et la Loi, débarque donc à un rendez-vous de confrontation des versions avec l’homme que l’Etat civil a convoqué illico.

Il ne désarmera qu’à l’apparition des enfants qui accourent l’embrasser, de retour du grand voyage, et après avoir nié son épouse, malgré qu’ait présenté le certificat d’enregistrement du mariage jamais dissout.

Tout le monde est de bonnes conduites et mœurs, et apte

Histoire vraie ! Mais quelle histoire pour le sérieux de nos services publics ? Tout dossier s’arrange avec de l’argent, des agents vous y aident en plus. Aucun souci de vérifier le passé des demandeurs des documents publics. Bien entendu, ce n’est pas de leur faute s’ils ne peuvent accéder aux données d’autres entités administratives. Mais quelle administration à l’heure des ordinateurs, des réseaux et des logiciels ? Comment nos actes de naissance peuvent-ils être sérieux, nos attestations d’aptitude physique ou de résidence valoir quelque chose ? Même le policier le plus sérieux et honnête ni peut rien.

Je me rappelle que plusieurs fois dans des cabinets où sont délivrés des certificats d’aptitude physique, tout le monde est « apte à tous travaux », même les myopes n’ont « aucun problème à signaler! » Je me rappelle n’avoir pas encore rencontré parmi les nouvelles recrues des universités, par exemple, quelqu’un dont l’Etat-civil a fait mention de son passé judiciaire ou morale sur son attestation de bonne vie est mœurs. Tout le monde est correct ! Quel monde !

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Droits de l’homme, la RDC plonge!

Les violations des droits humains à caractère politique augmentent en RDC à l’approche d’un processus électoral qui risque d’être annulé. Depuis janvier 2016, l’ONU a documenté 500 cas de violations des droits de l’homme. Les victimes sont souvent des personnes opposées au 3ème mandat du président Kabila ou des défenseurs des droits humains.

Les cas présentés par le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’homme alertent sur la restriction de l’espace politique. Mai 2016 a été le mois le plus liberticide : 155 violations, soit près du triple de la moyenne mensuelle située à 57,5 cas. Les critiques internationales ainsi que les pressions internes ont probablement conduit les services de sécurité à décélérer pour un petit temps. Le résultat c’est que les chiffres retombent à 57 en juin, avant de remonter à 72 en juillet.

Exprimer ses opinions ou s’exprimer librement pose problème en RDC. L’ONU a recensé au moins 108 cas à propos. En outre, les « atteintes à la liberté de la personne » augmentent (88 cas), et la liberté de manifestation plonge (102 cas), selon les mêmes rapports.

Sur la carte, cliquez sur une bulle et voyez les données de chaque ville.

Il va de soi que les principales victimes de ces violations des droits de l’homme sont les membres des partis politiques (366 cas). Parmi eux, certains sont privés de libertés, détenus sans respect des lois. Les défenseurs des droits humains et d’autres membres de la société civile (92 cas) et les des professionnels des médias (19 cas) qui dénoncent ces violations sont, eux aussi, dans l’œil du cyclone.

Dix provinces sont particulièrement impliquées dans ces violations des droits de l’homme à caractère politique. Cinq villes de ces provinces constituent des pôles de luttes politiques entre opposition et pouvoir. Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, arrive en tête avec 82 cas, suivi de Kinshasa et Bukavu (55 cas chacune). Kalemie, dans le Tanganyika compte 40 cas pendant que Kisangani, dans la province de Tshopo totalise 22 cas.

Les mois à venir risquent de se révéler encore plus liberticides en République démocratique du Congo, si le dialogue politique qui démarre ne parvient pas à inclure toutes les tendances. Sans doute, août devra compter plus encore de violations des droits de l’homme. L’appel récent lancé par l’opposition à faire « ville morte » pour protester contre le facilitateur  Edem Kodjo comme facilitateur a conduit à l’arrestation d’au moins 32 personnes, principalement à Kinshasa et à Mbuji-Mayi, dans le Kasaï.