Catégorie : Lubumbashi

Violences sexuelles RDC

Violences sexuelles, arme de honte en RDC

Violences sexuelles, une honte sans précédent en RDC ! Mais elles auront, hélas, marqué le début du 21e siècle congolais ! Sans doute, elles sont la résultante des violences armées qui secouent le pays depuis 20 ans. Alors que la loi sur les violences sexuelles célèbre ses 10 ans le 20 juillet, le bilan de la lutte me paraît négatif et est dominé par une surenchère politique, la honte et les humiliations.

Entre 2001 et 2006, les violences sexuelles exaspèrent les humanitaires, en particulier la Communauté internationale et la société civile, notamment du Kivu. C’est ainsi que la loi sur les violences sexuelles est promulguée, après un bon séjour dans les tiroirs, sans explication. Juillet 2006, c’est en pleine fièvre électorale. La présidentielle historique que va remporter Joseph Kabila, quelques mois après, se prépare.

Les surenchères congolaises sur les violences sexuelles

La loi promulguée jouit d’une grande publicité, parfois exagérément : il faut, en effet, en ce temps électoral, dire aux milliers de femmes violées et humiliées, que l’État est avec elles, déterminé à en finir avec les violeurs. Mais jusqu’où ira-t-on dans ces efforts ? Les élections passées, les humanitaires et l’ONU vont dénoncer mais il y aura moins de mobilisation du pouvoir public et plus encore de viol comme arme de guerre.

Il restera néanmoins, de ce temps de propagande, le courage de dénoncer les violences sexuelles. Une première, des victimes sortent du silence ! Jusqu’ici, en effet, les congolaises qui ont subi les violences sexuelles avaient toutes les bonnes raisons de cacher leur malheur, écrasées par des coutumes protectrices des violeurs notamment (à cause des tabous), et la peur des regards rieurs. Le viol, en effet, atteint la communauté, non pas la victime seule.

De Goma à Lubumbashi : le viol une arme de guerre

A Lubumbashi, à quelques milliers de kilomètres de Goma et de Bukavu où le viol est pareil à une kalache, le viol atteint même des enfants de moins d’une année. La société explique ces horreurs par des rites mystiques. Ils rendraient célèbres ou riches, les auteurs des viols : « Plus les gens s’indignent de l’acte et parlent du violeur, plus son succès augmente », explique un homme. Mais on enregistre aussi des viols devant des familles réunies.

Pendant ce temps, des fausses affaires de viol sont aussi signalées à Lubumbashi. Des récits devenus populaires expliquent que des familles ont fait de fausses dénonciations de viol dans le but d’exiger des accusés de l’argent. Sur-mobilisés, en effet, les tribunaux ont parfois relâché leur rigueur au sujet des cas de viol. Vous êtes accusés de viol, dites-vous que les dés sont jetés durant cette période de 2006 à 2010 dite de « tolérance zéro sur le viol ». « Certaines personnes ont été condamnées sans avoir été vraiment jugées, parce qu’accusées de viol », s’indigne un juriste.

Dix ans après, l’impunité et la honte

Dix ans après, au 20 juillet 2016, la RDC reste parmi les pays où le viol continue honteusement son ravage. Certes, les violences sexuelles ont diminué d’ampleur (pdf), des sanctions ont été prises contre des soldats accusés de viol. Mais beaucoup de responsables des violences sexuelles circulent encore librement dans les Kivu, dénoncent les humanitaires.

Des femmes humiliées, des familles disloquées, et un pays autrefois classé « capitale mondiale du viol »… Notre société semble ne pas en faire assez pour en finir avec ces violences de la honte qui nous collent à la peau. Dr Mukwege le chirurgien se décrit comme « l’homme qui répare les femmes ». Elles vivent avec la peur au ventre. Le seul pêché c’est d’avoir osé porter plus haut la voix des victimes des violences sexuelles et d’exiger des changements.



Médias congolais, embuscade et impunité

Les médias pris en embuscades, ça se passe à Lubumbashi, en République démocratique du Congo. Les atteintes à la liberté de la presse, entraînant le recul de la liberté d’expression et du droit d’être informé pour la population, ont trouvé un autre mode opératoire. Un mode plus discret, moins alarmant, pourtant très efficace : l’impunité fiscale. Elle compte déjà 4 médias victimes !

« Les chaînes de radios et télévisions qui appartiennent aux membres de l’opposition politique ou qui critiquent les membres du gouvernement, sont systématiquement fermées pour divers prétextes, notamment, le non-paiement de taxes », écrit un rapport publié par l’IRDH, Institut de recherches en droits humains, une ONG basée à Lubumbashi.

Nyota RTV et Mapendo TVVoilà qui devient intéressant ! Entre janvier et mars 2016, parmi les trois médias appartenant aux opposants politiques, deux ont été fermés à Lubumbashi, pour non-conformité au fisc. Deux de ces trois médias, Nyota radio-télévision et Mapendo télévision, appartiennent à l’opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle ; le 3e média, La Voix du Katanga, est propriété média de l’opposant Gabriel Kyungu wa Kumwanza, ancien président de l’assemblée provinciale du Katanga et ancien gouverneur de la province du même nom. Une année plus tôt, Radio télévision Lubumbashi Jua (RTLJ) de l’opposant Jean-Claude Muyambo était fermé pour le même motif, accusé en plus, d’attiser la haine.

Un guet-apens contre les médias ou impunité empoisonnée ?

Non-conformité au fisc, le motif évoqué par l’administration est réel, note l’IRDH dans son rapport. Seulement, cela reste loin d’être la vraie raison qui ferme ces médias émettant la voix contradictoire. Ce qui se passe en réalité est une « impunité fiscale », constate l’IRDH :

« Le gouvernement entretient l’impunité fiscale pour les radios et télévisions qui chantent à la gloire du pouvoir : « Wumela », c’est-à-dire, la conservation du pouvoir le plus longtemps possible », indique le rapport.

Concrètement, les médias qui encensent le pouvoir bénéficient de la négligence des services fiscaux. Plusieurs ne sont même pas inquiétés pour non-paiement de taxes et impôts, à Lubumbashi. Les dettes accumulées et non effacées demeurent cependant. Elles serviront de moyens de pression ou chantage (c’est selon !) le jour où le média passe de Wumela à « Yabela », slogan contraire de l’opposition qui rappelle à l’alternance du pouvoir. Sacré guet-apens, cette impunité fiscale : l’embuscade elle-même ! Il suffit de voir le tableau ci-dessous.

Fermeture des médias, décision politique ?

L’IRDH dresse un tableau représentant les médias fermés, la date de leur fermeture ainsi que la position politique de leurs propriétaires au moment de la fermeture.

Média Propriétaire Date de fermeture Circonstance de fermeture
RTLJ Jean-Claude Muyambo, ancien bâtonnier et ministre des droits humains (2007-2008). Président du parti SCODE. 24 novembre 2014. Motif : non-paiement des fiscs, attiser la « haine » Le 15 nov 2014, le propriétaire quitte la majorité au pouvoir
Nyota RTV Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, président de TP Mazembe, candidat déclaré à la présidentielle 2016 28 janvier 2016. Motif : non-paiement des fiscs Le 3 janvier 2016, le propriétaire démissionne  du gouvernorat du Katanga et quitte le parti présidentiel.
Mapendo TV 28 janvier 2016. Motif : non-paiement des fiscs
VKAT Gabriel Kyungu wa Kumwanza, président du parlement provincial (Katanga), ancien gouverneur du Katanga et président de l’UNAFEC, frondeur (G7) exclu de la majorité au pouvoir. 11 mars 2016. Motif : non-paiement des fiscs. Le 16 février 2016, le propriétaire appelle à une journée ville morte à Lubumbashi et a quitté, auparavant, la Majorité au pouvoir.

Ce tableau révèle que la RTLJ, média de l’opposant Jean-Claude Muyambo, aujourd’hui en prison, est fermé 10 jours seulement après le départ du propriétaire de la majorité au pouvoir, le 15 novembre 2014. Les deux médias de Moïse Katumbi, Nyota et Mapendo sont fermés 25 jours après que le propriétaire a quitté la Majorité. Enfin, VKAT de Gabriel Kyungu a cessé d’émettre 35 jours après que le propriétaire a appelé une ville morte, le 16 février à Lubumbashi.

RTLJ, Radio télévision Lubumbashi Jua. Ph. M3 Didier

RTLJ, Radio télévision Lubumbashi Jua. Ph. M3 Didier

Le non-paiement des fiscs, pourtant avéré, passe mal comme motif de fermeture de ces médias, à Lubumbashi. Le pouvoir tend des embuscades aux médias, pendant qu’il le célèbre. Il doit ainsi compter sur la peur d’être fermé, pour censurer les médias : les médias eux-mêmes pensent exercer une « responsabilité médiatique » ou parfois, une autocensure. Aucun commentaire officiel sur ce rapport, mais le ministre des médias, Lambert Mende, avait déjà expliqué que la fermeture de ces médias était une décision administrative.



Ecoles congolaises et obsession de 100%

Un diplôme, qu’il soit du secondaire (bac) ou d’université, ça se fête, surtout dans la rue, en République démocratique. C’est le moment pour en mettre un peu plein les yeux les voisins. Et les meilleures écoles sont celles qui diplôment sans discrimination de niveau de savoirs…

Depuis samedi 9 juillet dans la soirée, Lubumbashi écoute les finalistes du secondaire célébrer leurs réussites. Fêter son diplôme, cela renvoie un peu à l’accès à la classe des évolués, ces Africains élus pour vivre avec les colonisateurs. Nous ne sommes qu’à 56 ans de l’indépendance, à près de 70 ans du début de la scolarisation des Congolais. Le diplôme fait des dieux où savoir lire et écrire faisait des noirs des blancs. [1]

Outre des diplômés sans vrai mérite qu’il fabrique, le culte du diplôme engendre l’obsession du 100%, le maximum de réussite au bac. C’est dire qu’en RDC, il n’y a plus assez de parents qui acceptent que leurs enfants peu performants reprennent la classe. On est trop pauvre pour accepter que son enfant s’améliore : on veut vite décrocher son diplôme ! L’échec des finalistes aux épreuves nationales, le bac, en revanche, n’est jamais la faute de de l’élève. Une bonne école, en effet, ça diplôme toujours, sans distinction des connaissances.

« Là on fait toujours 100% »

La seule réputation qui vaille, c’est que la ville sache que « là on fait toujours 100% ». Certaines écoles sont célèbres en cela, avec des responsables qui ont pris parfois l’habitude d’aller ramener de Kinshasa, auprès des correcteurs, la réussite de leurs écoles recalées. Si la correction mécanisée des épreuves nationales a brouillé le réseau de tricherie, à la correction manuelle, les stratégies évoluent aussi vite que les TIC qui défient tout en s’installant. Le labo fait tout.

Les élèves du Lycée Tuendelee (Lubumbashi) saluent le drapeau avant le début des cours, le 7 septembre 2015. | Capture d'écran

Les élèves du Lycée Tuendelee (Lubumbashi) saluent le drapeau avant le début des cours, le 7 septembre 2015. | Capture d’écran

La pratique consiste à sortir des centres des épreuves, des questionnaires entiers pour un laboratoire fait d’enseignants d’écoles. Après résolution, les réponses sont retournées dans les salles où attendent non pas tous, mais plusieurs élèves. Parfois, même les plus à même de se débrouiller seuls y jettent un œil, parce que cela vient des enseignants. Pareille tricherie ne peut se réaliser sans complicité de certains inspecteurs et surveillants d’examens, ce qui n’exclut pas la corruption.

Il reste donc que des responsables d’écoles courent après les effectifs, la quantité. Même les moins studieux parmi les élèves n’acceptent pas d’échouer. D’ailleurs, cela est entré dans toutes les classes, non pas seulement en terminale : personne ne veut reprendre la classe. « L’année passe, tout le monde passe », répètent les élèves.

Faut-il continuer de célébrer des diplômes ?

La conséquence de pareilles pratiques, ce sont des diplômes difficilement défendus par les propriétaires. Ainsi, un jeune homme embauché par un parent comme conseiller dans un cabinet politique, au Kasaï (au centre de RDC), parce qu’il est diplômé en Sciences politiques et administratives, voit sonner enfin l’heure où il doit lire ses cours. Ses amis doivent rattraper son retard : « envoyez-moi les syllabus « Grands principes de l’administration », « Droit administratif », « Système politique comparé » », commande-t-il. Il n’est pas exclu qu’il mette en attente celui qui attend de lui des conseils, le temps de lire ses cours ou d’appeler son professeur…

« Faut-il continuer de célébrer des diplômes dans ce contexte ou plutôt, organiser un deuil ? » interroge un ami. Non, je crois que l’Etat congolais devrait poursuivre la réforme de l’enseignement, en reprenant des agréments à certaines écoles qui ne cherchent que le lucre. Ces écoles sont le plus souvent les moins confortables, déjà au vu des infrastructures dont elles disposent. Elles ne comptent que sur la quantité, couvant la délinquance juvénile et devenant le refuge des cancres, des fumeurs de chanvre. Ce sont des écoles privées qui prolifèrent dans les grandes villes de RDC et qui tirent par le bas le niveau de l’enseignement en promettant des succès sans effort.

[1] Au Congo-Belge, alors colonie, les évolués étaient des citoyens africains ayant appris à lire et à écrire, et pouvaient donc s’exprimer en français. Outre l’obligation de se payer radio, vélo, etc., ils obtenaient le droit de s’asseoir et de parler avec les colonisateurs blancs et même de manger avec eux.