Gorée, Esclaves

Esclavage africain, esclaves de notre honte !

Clameur, résistance. C’est la triste bonne nouvelle que je tire de nombreuses protestations et condamnations des indignés. Oui, le monde qui s’est convaincu que les peuples et les races sont égaux, parce que tous des êtres humains a l’air de vivre une régression vers des siècles que l’on a crus derrière nous. Des hommes, esclaves, vendus aux enchères. Vendus à d’autres hommes en plein siècle des droits humains, qui l’aurait cru ?

Mais au-delà des colères, cette histoire révèle une bien triste réalité sur laquelle notre monde ferme les yeux. Nous parlons plus que nous n’agissons. Voilà l’histoire, pour ne pas se tromper sur la vente d’esclaves africains en Libye.

Une terre d’impunité pour les chefs d’Etat, l’Union africaine

L’Afrique vit une fracture que presque tous les discours ne se gênent pas de désigner sans plonger dans un racisme normalisé. Afrique noire, Afrique blanche. Changez cela en Maghreb, Sub-Sahara, etc. et vous avez l’idée que nous nous faisons de l’unité africaine, et même de l’Union africaine.

Je constate que l’unique union qui existe, c’est celle des chefs d’Etat qui ont su bâtir un syndicat pro-impunité. Un sanctuaire d’impunité et d’immobilisme, on ne peut plus sclérosé.

Un racisme tapi dans sous l’unité africaine factice

Mais voyons cela sous un angle purement culturel, où l’Afrique aurait pu essayer de renforcer la fraternité entre les peuples. Dans ma ville, Lubumbashi, ils sont nombreux les fanatiques du football convaincus que de nombreux footballeurs d’équipes du Maghreb n’ont que peu de respect pour les noirs. Des gestes racistes, on en a vus régulièrement lors des rencontres TP Mazembe, célèbre club basé à Lubumbashi, et de remarquables équipes de l’Afrique « blanche » : marocaines, égyptiennes, algérienne ou tunisiennes.

Un jour, au Maroc, un bon monsieur m’a apostrophé, sans méchanceté je crois : « mon ami africain » ! Entendez « noir ». Nous avons tout rigolé. Mais après, je me suis demandé si mon frère marocain sait qu’il est africain. Ou alors, s’il croit qu’il est impossible d’être africain sans penser à la pigmentation de peau, sans être noir (pour crever l’abcès !).

Je me demande aussi si l’on peut-être africain sans être associé à la misère, à une immigration clandestine, à quelqu’un prêt à voler, mendier ou casser, à risquer sa vie pour un rêve ou pour fuir la misère. C’est toutes ces questions qui choquent, en effet, quand on pense au drame libyen. Alors que l’on a cru voir la renaissance africaine!

Esclaves, Esclavage

Trône royal libérien au monument de la Liberté africaine, Dakar

Les droits humains intéressent peu des dirigeants d’Afrique

Si je critique l’Union africaine, c’est qu’elle est restée une union présidentielle et des chefs des gouvernements. A-t-on œuvré pour rapprocher les peuples ? Les Etats restent repliés sur eux-mêmes, incapables de véritablement fraterniser comme le montre la vente aux enchères des citoyens africains. Rien que marchandise, alors rien du tout, l’être et l’humanité de l’homme vendus, vendus au plus offrant.

En plus de ne pas cultiver la fraternité entre les peuples, notre Afrique se tait sur les droits humains. Les chefs d’Etats se rencontrent à Addis-Abeba, deux fois l’an, mais jamais ils n’ont pris de mesures effectives pour retenir chez eux les jeunes prêts à risquer pour leur vie en mer. On ne peut les blâmer de rêver, de vouloir mieux pour leur vie…

Gorée, Esclaves

Des esclaves africains, photographie d’une décoration sur l’île de Gorée, Sénégal-Dakar. Photo Didier Makal, 2015

Misère et pauvreté font des esclaves

Les discours indignés des chefs d’Etats comme Faure Ngasimbé énervent, même s’il fait parti des premiers qui ont condamné le scandale de Libye. S’indigner devant l’esclavage d’africains ne suffit pas pour un dirigeant. C’est reconnaître que l’humanité des personnes vendues a été reniée, en effet. Mais ceux qui les poussent à « partir », à ce suicider ou presque, sont-ils vraiment plus vertueux que les vendeurs d’esclaves ?

Les appels à l’alternance au pouvoir au Togo, au Tchad, au Zimbabwe ou en République démocratique du Congo, seraient anodins, s’ils avaient lieu dans un univers sensible à l’humanité. Or, dans ces pays d’Afrique, comme dans d’autres d’ailleurs, les dirigeants œuvrent pour leurs comptes propres et pour celui de leurs thuriféraires. La pauvreté et la misère sont un mode d’avilissement des peuples. Les kleptocrates, les nouveaux colonisateurs et les esclavagistes ne reviennent vers nous que pour l’impôt et le semblant de votes.

Un creuseur sortant du tunnel à Kasulo, Kolwezi. Août 2015. Photo Didier M. Makal

Esclavage d’africains par des africains

Je pense que c’est à ces niveaux-là, droits humains, pauvreté, unité des peuples, inutilité des forums présidentiels en Afrique, que se joue l’esclavagisme d’africains par les africains et contre eux-mêmes. J’aimerais que la France, les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne aient tort. Tort, comme le dit l’acteur culturel Claudy Siar, pour leur nonchalance dans la crise qui secoue la Libye. Ils auraient mieux fait en la sécurisant : la Libye ne serait pas devenu un presque pandémonium.

J’aimerais que tout le monde ait tort, pour tel ou tel autre manquement. Mais j’accuse l’Afrique des gouvernements. Je flagelle celle de la société civile africaine, incapable de pousser les dirigeants à mieux faire pour les africains. J’accuse l’Union africaine, dépassée et incapable de quoi que ce soit. Je n’exagère pas : de quoi que ce soit.



Joseph Kabila

RDC : 57 ans de violences et de deuil

Le 30 juin 2017, la RDC célèbre ses 57 ans d’indépendance, dans la violence. Peu étonnant pour ce pays où des chefs de guerre d’hier sont devenus de puissants dirigeants. Un Congo prospère et respecté, sous la direction de ses propres fils, c’est un lointain rêve que caressait le bouillant premier ministre Patrice Lumumba.

Un rêve lointain, chaque année, s’éloigne. Surtout quand, la veille de l’anniversaire, le 29 juin 2017, dans la capitale Kinshasa, de nouvelles violences éclatent. La police parle fièrement d’un mort, et d’avoir résisté. Elle n’ira pas plus loin, avec les enquêtes. On ne saura jamais qui c’était. Silencieuses sont d’ailleurs restées les attaques similaires qui on eu lieu moins d’un moins plus tôt. Souriez, c’est normal au Congo !

Au pays des futuristes, le présent ne compte pas

On se demande comment un pays très puissant, hier, est devenu le plus fragile de l’Afrique centrale. La réponse est simple lorsqu’on observe la référence quotidienne des congolais. La RDC a décidé de vivre au futur. « Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant »« nous assurerons ta grandeur », dans la paix. Des extraits de la Congolaise, l’hymne de la RDC.

C’est une vision aux antipodes de l’hymne présentiel, assassiné dans la fougue, qui voulait effacer Mobutu de la mémoire collective. Mais en vain, 20 ans après. « Peuple uni nous sommes zaïrois », « en avant fière et pleine dignité », « peuple grand, peuple libre à jamais » … Les Zaïrois chantaient aussi la paix, mais au présent. Mais les Congolais « debout », attendent la leur, dans le futur.

La RDC en quatre tableaux lugubres

Ce manque d’ambition dédouane les gouvernements successifs du devoir, de l’obligation de paix, sous toutes ses formes. Nombreux se réclament de Lumumba, et remettent tout au lendemain. Le Congo se meurt, « le pays va très mal », conviennent les indignés depuis la gênante sortie des évêques catholiques, accusés d’être anti-Kabila.

57 ans d’indépendance, sans paix, dans la violence : la RDC est loin d’être un havre de paix, ni hier, ni demain ! C’est une triste histoire, un film en quatre tableaux lugubres ! Le premier est celui d’une colonisation « humiliante », selon les mots du tout premier ministre Patrice Lumumba. Le colonisateurs s’en sort bien riche, le colonisé, bien plus appauvri qu’avant, économiquement parlant. Cette période a pour pareille une gouvernance de prédation, par les Congolais au discours Lumumbiste, et souverainiste, de Mobutu à Joseph Kabila.

Le deuxième tableau lugubre est celui de la dictature de Mobutu, censée sauver la RDC des violences post-indépendance. Vient ensuite le tableau de violences bestiales, censées libérer le pays de la dictature. Elles déciment plus de 5 millions de Congolais, endeuillent, déstructurent les familles et détruisent le fil national. Enfin, ce film affreux bute sur une alternance qui tue, ouvre les prisons, armes les criminelles.

Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, en RDC

Bref, la RDC n’est pas sortie de l’auberge. La violence devient un mode de vie pour les politiciens, un mode d’acquisition et de gestion du pouvoir. C’est sans compter sur cette violence indicible que vivent au quotidien plus de 64% de Congolais, soit environ 51 millions d’habitants. A croire que ce pays est parmi les plus riches en ressources naturelles et ne manque pas d’intellectuels… mais voilà qu’au point où nous en sommes en RDC, les intellectuels doivent se taire s’ils ne peuvent chanter.



Le travaille de journaliste

Etre journaliste et blogueur, et en RDC

Être journaliste, c’est déjà trop risqué en République démocratique du Congo. Blogueur, en plus, n’arrange pas les choses. Et les deux à la fois, et vivre en RDC vous brisent le cœur.

Risqué, ce n’est pas seulement parce que pour un oui ou pour un non vous pouvez aller en prison, sinon mourir… Mais c’est aussi parce que journaliste, vous devez l’être comme ils se l’imaginent : les puissants. Journaliste racoleur, chantre, chien suiveur, et… arrêtons là, net, avant de toucher l’insupportable !

Journaliste, ça vous brise le cœur !

Etre journaliste, finit par faire mal au cœur. Mal de ne pas être journaliste, tel qu’on l’aurait voulu, comme on l’est simplement comme on le lirait dans un abécédaire. L’excuse, parfois légitime, c’est que vous devez vivre, survivre. Vous avez beau être « sérieux », correct, professionnels, intègre. Un jour, vous ne mettez pas ces mots dans un plat pour nourrir votre enfant qui pleure. Vous ne les donnez pas au médecin qui donne des paracétamols à votre parent en danger de vie, parce que vous n’êtes pas solvable, sinon crédible.

Etre journaliste, j’allais oublier, c’est déjà risqué, parce même les vôtres un jour, ne sont pas simplement d’accord avec vous.

L'usage des TIC limité dans l'administration publique en RDC

Les blogueurs de Lubumbashi au cours d’une conférence à la société civile du Katanga, 21 novembre 2015. Photo Didier Makal

Journaliste et blogueur, infortune !

Mais voilà que le journaliste endosse le costume de blogueur. Mon propos n’est pas ce débat vide qui veut savoir si journaliste et blogueur, c’est compatible. Je n’y perdais pas une ligne de plus ici. Mais journaliste, et blogueur, cela complique encore la vie. Car à défaut de ne pouvoir, ne fût-ce que présenter la petit vérité, bêtement contenue dans le culte des faits, sans une mise en perspective de l’information, s’ajoute la vérité que même avec son propre blog, un jour vous vous censurez. Pour longtemps !

En ouvrant mon blog pour la première fois, en effet, ma liberté je la voyais grande. Mais voilà, un jour, qu’entre la passion de dire les choses avec justesse ou de manière osée, et la quête d’un emploi qui rassure, il fallait choisir. En réalité, le choix n’existe que pour une option, et vous la connaissez. Du coup, il faut désormais la gérer, parfois la censurer soi-même, sa bouche. Et son blog ne se nourrit plus de cette substance qui ont fidélisé d’illustres internautes, décidés de ne plus vous oublier dans leur périple entre RFI, VOA ou Radio Okapi. Ils ne viennent plus s’abreuver, le blog se tarit de sève, …

Ni blogging, ni journalisme, mais l’autocensure ou l’abandon

Finalement, ni blogging, ni journalisme, … La liberté, ne fût-ce que la plus basse, sans forcément que des méchants vous le demandent, s’arrête un jour. « Désormais, il faut voir ce que tu dis », conseille un homme du haut de ses 36 ans dans les services publics. Ceci ayant valeur d’avertissement. Réflexe de survie exige, le journaliste et blogueur se censure, jusqu’à perdre sa voix.

Du coup, on comprend bien combien, être journaliste, blogueur, et vivre au Congo est dur. Cela vaut des privations, non pas parce que demain vous espérez rencontrer le Christ-Sauveur. Mais parce qu’il faut s’assurer un minimum vital. Un jour, notre vie semble se ramener à manger, et seulement manger.

C’est un espoir de vivre encore, bègue sinon muet, jusqu’à ce que qu’un mal inconnu mais évident vous emporte. Ou pire, après les massacres des voisins, arrive le jour où après tous les vôtres, l’égorgeur de Beni vous la tranche. Ou, que votre petit corps finisse dans une de 50 fosses communes du Kasaï. Un ami a résolu de ne plus en parler et s’y prépare, peut-être.


Le méchant, ce n’est pas Joseph Kabila

Je ne peins pas un enfer, pas une jungle, mais un pays où hier, a pris naissance une certaine liberté d’expression. Nos coups de gueule, nos cris de joie, même sans le dire, étaient expression d’un certain degré intéressant d’exercice des libertés citoyennes. Il faut en remercier aussi les inventeurs des TIC et d’Internet.

Mais au point où nous en sommes, en 2017, alors que la tendance des mouvanciers tend à faire de nous tous des chantres, sinon des opposants et donc des chairs à canon, je réalise combien la RDC est en train de reculer. Le pays est sur le point de perdre ce qu’elle a pu gagner durant les 16 ans de règne du président Kabila. Ce ne fut pas rien. Mais que tout cela s’écroule depuis sa volonté de prolonger son mandat, se moquant de toutes les tentatives de sortie de crise.

Mais au final, ce serait perdre son énergie que d’en vouloir à monsieur Kabila. Avec la classe politique congolaise entière, les gens auraient poussé un autre à faire pareil. Dans cette histoire, une fois de plus, celui que les politiques ridiculisent, c’est le journaliste que tout le monde désigne désormais incapable de dire la vérité. Même l’opposition !