Jeunes, politique, Pauvreté

En République démocratique du Congo, la pauvreté et la faim désamorcent les révoltes

Le couple pauvreté et faim permettent de sauver le pouvoir en République démocratique du Congo. Car le pouvoir politique situé dans la  capitale, Kinshasa, ne manquera jamais de rien, lui ! Lorsqu’éclatent les contestations, ce pouvoir lésine sur la peur armée. Au bout de trois jours, la faim ramène calme et tranquillité. Voilà la RDC !

C’est une évidence : les manifestations ou révoltes congolaises ne peuvent guère dépasser les trois jours. En cause : une pauvreté criante qui oblige les kinois, les plus politiquement actifs en RDC, à capituler. Ils auraient voulu faire mieux, mais ventre affamé n’a point d’oreilles ! De quoi réjouir le pouvoir menacé à chaque mobilisation de l’opposition.

La pauvreté, une douce répression en RDC

La participation citoyenne, aux luttes politiques, semble ainsi se ramener au ventre. On se bat pour manger. C’est d’ailleurs le sens même de l’expression devenue imparable pour les gens ordinaires, ceux-là même qui descendent dans les rues : « vivre au taux du jour. »

Voici trois chiffres qui en disent long sur la pauvreté comme mode de répression populaire :

Un changeur de monnaie, vendeur d'essence dans une périphérie de Lubumbashi. Photo héritier Maila.

La pauvreté pour parer aux révoltes en RDC

La leçon que l’on peut tirer des manifestations successives, c’est que la pauvreté protège le régime à Kinshasa. Quoi qu’ils fassent, au troisième jour de paralysie des villes, la tentions retombe comme un fruit mûr. Non, un fruit secoué par un ouragan : la faim. Non pas que Kabila ait inventé cette stratégie pour se maintenir au pouvoir. Mais ayant testé son succès, il ne s’en est pas départi.

Du refus de réviser la loi électorale en janvier 2016, à l’expiration du mandat de Joseph Kabila en 2017, les révoltes kinoises se sont évanouies dans la faim. Or, en RDC, tout se ramène à Kinshasa. « Les kinois doivent sortir chaque jour pour se débrouiller. C’est ainsi qu’ils vivent. Ils ne peuvent tenir plus de trois jours », confie un journaliste de Kinshasa.

Opposition et pouvoir le savent. Bien plus, ce dernier, le pouvoir, a tout à gagner que la faim désamorce souvent la tension. N’attendez donc pas qu’il chasse la faim, cette précieuse parure ! Bien plus, que les congolais se préoccupent de leur nourriture, cela les démobilise du double sens de polis : cité, et citoyenneté, entendue comme participation à la chose politique.

Une vendeuse de manioc (en tranche grillées) devant à Lubumbashi. | Capture d'écran, M3 Didier, février 2015

Ainsi, des ministres, maires et gouverneurs, répètent à chaque appel à la ville morte, à sortir pour chercher à manger. Le non-dit de cet appel apparemment normal, c’est qu’il reconnaît une situation sociale calamiteuse pour les Congolais. Personne n’ose changer les choses.

N’est-ce pas curieux qu’en RDC, la faim qui révolte ailleurs dans le monde, serve plutôt de salut pour le pouvoir ?

Souriez, vous êtes au Congo ! Article 15, débrouillez-vous, c’est la règle pour survivre. Ainsi, l’État peut se servir des impôts et taxes, et soigner ses clans.



Amour scolaire et poésie

Amour scolaire et poésie tués dans l’œuf!

Invitation à voyager au cœur de l’école congolaise, en RDC, où aimer scandalise. Là, amour et poésie deviennent une flagrance. Des classes et élèves qui écrivent de lettres d’amour, ça fait rebelle, mais aussi répréhensible.

C’est un enseignant des moins aimés de mon école, comme la majorité de matheux, qui semble se charger de tout ce qui sonne amour. Un professionnel, qui en réalité, n’est qu’une forme à peu près améliorée de « mendiant d’amour ». Tel un gosse voyeurs près d’une rivière où se lavent les femmes, il passe son temps à épier, à savoir ce qui se raconte dans le coin…

Ce fut à peu près un maître de la rumeur. Mais aussi le maître du terrain. Vous avez dit amour ? Le voici en face de vous !

Elle écrit de lettres d’amour

Annie vient de franchir ses 15 ans. La faveur et la précocité de fille semblent ajouter à son âge, 4 ans de plus que moi. Aussi en sait-elle un peu trop sur « les choses de grands » que protège notre cher enseignant épieur. La classe est calme, mais pas de paix, en pleine interrogation de mathématiques. La seconde terreur de notre maître !

« Tentative de tricherie ! », crie l’enseignant en accourant vers notre banc. Dans la foulée, il permute Annie avec un camarade d’une autre rangée. À peine elle s’est levée, la peur au ventre de se taper un « zéro » pour tricherie, l’amie laisse tomber ses cahiers. Par malheur, un papier finement plié s’échappe. Il glisse jusqu’au pied de l’enseignant qui le bloque de son pied droit. En vain s’empresse Annie à le ramasser.

« Molo ! Montre ça », lance l’enseignant avec la hargne d’un crocodile qui a happé une grosse proie. « Lettre d’amour ! », s’écrie-t-il d’un air incitateur pour la classe vers qui il montre le papier. On peut y voir une fleur finement dessinée au stylo rouge en plein cœur.

Amour, poésie

Crédit photo: Myriams-Fotos

Pire que la côte zéro, amour dans une lettre à l’école!

« Lettre d’amour », il n’y avait pas pire comme scandale scolaire. Même à la maison, on supporterait la côte zéro que pareille lettre. Je me rappelle que le destinataire de cette lettre avait dû être bloqué à la maison par son père qui se montra plus que déçu. « Prépare-toi pour la dot, car tu veux te marier », menaçait son père, lui promettant la fin de ses études. « Les élèves ne se marient pas, ils étudient », considérait-il.

Quant à Annie, c’en était fini pour son interrogation. Bien plus, son cas était transmis au conseil de discipline de l’école qui convoqua ses parents le lendemain. Un peu comme pour leur reprocher une mauvaise éducation que leur fille allait propager dans l’école. Sa punition fut chargée d’une mission de prévenir les amoureux cachés. Annie devait remplir d’eau, un fût de 200 litres en une journée, avant de regagner la classe.

On tue poésie et amour dans les écoles congolaises

Devant un enseignant aussi doué en épiant qu’en dispensant ses maths, il valait mieux cesser de rédiger de missives d’amour pour se mettre à l’abri des risques. Finie la poésie d’Annie qui pourtant, déjà en 3e année secondaire, savait faire rêver et marcher sur les traces de Pierre Ronsard. « Arrose les roses de mon cœur pour qu’elles parfument ton être », écrivait-elle dans la lettre à problème. Et ceci encore : « Tu es le soleil qui éclaire mon âme. Mes jours sans toi sont rien ». De belles paroles criminalisées, une beauté étouffée, une vie assassinée !

Ainsi meurent, en RDC, poésie passion d’écrire, inspirées par amour. Plutôt que d’apprendre à aimer et à s’assumer, dans nos écoles, l’amour passe pour un drame. Dommage ! C’est sans doute, en partie, un héritage de la scolarisation par les religieux, notamment catholiques. On ne sait comment amour, pourtant une vertu cardinale (qui était, qui est et qui vient !), est devenu un péché capital.

Dieu seul sait combien dans ces écoles de filles et de garçons, la rêverie a germé. Mais qui pouvait l’arroser, la sarcler et la porter à la moisson ! Combien d’écrivains en herbe a-t-on tué dans ce pays ? Puisque l’amour est interdit dans ces écoles, les lettres d’amour par lesquelles apprend à rêver en couleur, porte béante sur la littérature, sont prohibées !



COP22, la France

De la dictature de l’anglais à la COP22

Il faut bien que les langues évoluent, s’enrichissent, mais pas qu’elles se bouffent. Dommage que ce soit à l’ONU où l’anglais domine sur le monde, un peu comme les dictateurs sur leurs pays. Que cela arrive à l’ONU, et à la COP22, c’est bien drôle.

Ainsi donc, un francophile débarque pour la première  fois à une conférence de l’ONU sur le climat, la COP22. Marrakech, à la porte de l’Europe, n’est pas francophobe. Même si l’arabe y est roi, un marocain lambda peut me déposer à Guéliz dans la médina, l’oasis occidentale en plein monde arabe.

A la COP22, le Français c’est « après le prioritaire »

Lorsque je sors payer des arachides torréfiées au coin d’une rue, je peux sourire d’entendre m’appeler : « Mon ami l’africain ! ». Le Français y vit donc. Mais cette francophilie que je partage avec de nombreuses personnes s’arrête où l’ONU déconne.

Me voilà donc arrivé dans la « Zone bleue ». C’est ici que de nombreux négociateurs, délégués des organisations de la société civile et des gouvernements postent. J’y vois la première marrée de journalistes de ma vie. Les indications alternent presque correctement Français et Anglais.

Dans une salle de presse, une collègue journaliste française me surprend en train de lire les nouvelles du Zaïre sur rfi.fr ! Si elle est joyeuse, c’est sans doute parce qu’elle est surprise de rencontrer un francophile à la COP22. Ça fait presqu’un événement dans ce monde où notre langue a tendance à faire Samuel Eto’o qui ne marque de but.

La France à la COP22

Le globe terrestre à la COP22. Crédit Photo, Didier M. Makal, novembre 2016, Marrakech.

La journaliste française m’a quand même lancé, sans hésiter un chaleureux « bonjour ! ». Il faut dire que, embarqué dans une jolie équipe de journalistes d’Internews, j’ai souvent été porté à bricoler l’anglais que de parler. Difficile exercice de penser une langue que de la pratiquer. La bonne nouvelle, c’est que les gens ont donné l’air d’avoir compris mon anglais francisé.

L’ONU a beau raconter qu’elle a six langues officielles, en effet (l’anglais, l’arabe,  le chinois, l’espagnol, le français). Elle a son histoire et ses préférences. Je le reconnais, les anglophones sont plus nombreux que nous. Mais voici à quoi ressemble la seconde langue de l’ONU, selon le site ledevoir.com :

« On sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction. »

Non seulement l’anglais fait un coup d’Etat à l’arabe sans déclencher une intifada, elle s’impose comme la langue de l’ONU.

A la COP22, les communiqués de presse arrivent en anglais

L’ennui me vient des salles de conférence. Sans doute, des interprètes parfois bien rodés, m’ont quelques fois rendu d’heureux services. Mais ils n’étaient pas aux conférences de presse des pavillons américains de dernière minute. Je ne les ai pas non plus entendus chez Ban-Ki Moon où le matériel de traduction ne pouvait suffire à tous les locuteurs de l’anglais boiteux ou malade.

Ça aussi, j’ai compris et pardonné. Je pense que la déception me saisit un soir, de retour à l’hôtel. Un communiqué de presse urgent tombe : Energy for Africa ! Je dois en parler, envoyer une info rapidement à ma rédaction, à Lubumbashi. Je dois être l’interprète de moi-même. En fait, je vais chercher une version française. Elle n’arrivera qu’au lendemain…

Oui, il faut traduire avec Google Translation ! Mais quelle drôlerie, ce traducteur ! Il me retourne des phrases en Anglais ! Aussi, malgré mon handicap dans cette langue, je puis contester de nombreuses phrases. Presque toutes contiennent des conférences de sens. Mais si je cherche une traduction, ce n’est pas que je manque de dico anglais-français. Je veux du sens !

J’ai perdu deux heures environ, pour ne saisir pertinemment qu’à peine le tiers du texte. Et c’est le sommeil qui décide du reste ! Tout ça, à cause de l’ONU ! Je pense que les langues doivent vivre, se multiplier si possible. Mais à l’ONU, on s’obstine à penser que le monde est anglophone par essence.

Pourquoi ne pas doubler, tripler des services de traduction ? L’ONU adopte pourtant six langues ! Ainsi, même si l’on ne peut traduire dans toutes les langues du monde, les langues régionales doivent être représentées en tout.

Autrement, c’est une dictature et de la violence que l’on fait aux non-anglophones. L’ONU qui promeut les valeurs démocratiques et les langues, comment peut-être s’obstiner à ne promouvoir que l’anglais jusqu’à l’imposer ? L’anglais, en effet, a beau être la langue la plus parlée du monde.  Mais globalement, cela fait environ 800 millions de pratiquants dans un monde de 7 milliards.