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Les hésitations de Joseph Kabila

Joseph Kabila aura rarement répondu aux questions brûlantes de sa tumultueuse République démocratique du Congo. Jusqu’au bout, ou presque ! La plus controversée et vecteur d’un clivage rare de l’histoire du pays, la question de fin mandat ne fait cependant pas exception. Mais, s’il ne parle pas trop, Kabila communique beaucoup jusqu’à entretenir une épaisse confusion, témoin d’hésitations.

Est-ce l’effet Yahya Jammeh ou le syndrome Kagame-Museveni-Sassou qui soudain se saisissent du président congolais ? Joseph Kabila presque jusqu’auboutiste dans sa tentative de rester au pouvoir à l’expiration de son dernier mandat constitutionnel semble lâcher du lest.

Kabila recule d’un pas

Premier signe : Kabila apporte son soutien à la médiation des évêques catholiques (CENCO) pour des « discussions directes » avec l’opposition ayant boycotté l’Accord de novembre qui le maintient en poste jusqu’à la présidentielle prévue en 2018. Pourtant, sa majorité au pouvoir a déclaré, une semaine plus tôt, ne plus vouloir de cette médiation qui aurait échoué.

Affiche d’une propagande en faveur d’un nouveau mandat du président Kabila à Lubumbashi

Kabila encourage donc les évêques à poursuivre leurs consultations et déjà, jeudi 8 décembre, ces discussions démarrent avec l’opposition réunie autour d’Etienne Tshisekedi, le Rassemblement. Dès lors la question : Kabila hésiterait-il ? La réponse semble « Oui » au vu des derniers développements de la politique internationale. Est-ce pour bien sauter ? Qui sais !

Sans doute, il y a un Donald Trump dont il a salué l’élection, presqu’en baratin. Mais il ne sait rien de lui ni de sa politique, tant l’homme semble plein de surprises. En plus, les affaires étrangères américaines maintiennent malgré tout la pression sur le régime à Kinshasa.

Mais il y a aussi le renoncement de François Hollande à briguer un nouveau mandat à la présidentielle que l’opposition exploite pour appeler Kabila à partir. L’appel des opposants prend plus de relief encore lorsque même le dictateur gambien YayhYA Jammeh perd la présidentielle et s’avoue vaincu par un opposant politique, se pliant à l’inéluctable alternance.

Un Kabila hésitant devant le congrès

Le 15 décembre, Kabila avait rendez-vous avec les parlementaires réunis en congrès à Kinshasa. Ce fut le dernier moment solennel de sa présidence où il aurait pu surprendre ceux qui ne le croient pas prêt à assurer une alternance pacifique du pouvoir en RDC.

Sans rassurer ni montrer les biceps comme l’aurait fait Nkurunziza, en déclarant son maintien au pouvoir, Kabila a entretenu le flou. Il hésite et se contente de dire que la constitution serait « respectée dans toutes ses dispositions ». Pourtant, ne pas organiser la présidentielle dans les délais est décrié comme flagrante violation de la Constitution. La dualité partir ou rester pèse.

Que  va-t-il dès lors advenir de Joseph Kabila, hésitant, fléchi et désormais discute avec ses farouches adversaires Tshisekedi et Katumbi, ténors du Rassemblement de l’opposition ? Sans doute, il restera à la tête du pays jusqu’aux élections vraisemblablement qui seront fixées plus tôt. Mais il a désormais l’obligation de rassurer sur son départ, bien entendu par les actes, principal et controversé moyen de sa communication. Relaxer des prisonniers politiques qui croupissent toujours en prison comme Diomi Dongola ou l’abandon des poursuites contre et Moïse Katumbi calmeront la pression.

Kabila aura alors montré son hésitation, peut-être aussi confirmé l’opinion qui le présente comme pris au piège des caciques du pouvoir, qu’il vient d’ailleurs de tourner en bourrique, en acceptant ce que l’opposition appelle « le vrai dialogue inclusif. » Sinon, comment comprendre que Joseph Kabila qui a annoncé plusieurs fois qu’il respecterait la constitution hésite ou se contredise à ce point ?

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Les leçons de François Hollande à l’Afrique

Le Président François Hollande n’ira pas à la présidentielle française de 2017. Une décision courageuse, sage, politiquement réaliste et surtout, pleine de leçons pour l’Afrique ! Ici, en effet,  des individus se croient pourvus de germes d’éternité au pouvoir, même quand ils ne font que rarement le bien.

C’est possible que François Hollande ait décidé de poursuivre sa marche vers la réalisation d’un président normal qu’il avait promis en arrivant au pouvoir. Seulement, entre la stance où il dessinait le président normal qu’il serait et la tempête qui a soufflé dans ses yeux à l’annonce de cette décision grave, jeudi dans la soirée, l’eau a coulé sous le pont.

François Hollande, simplement normal et lucide

Hollande a eu pour préfiguration de son sort, Nicolas Sarkozy, Président sortant qu’il présenta comme anormal en 2011 et qu’il battu. Ayant osé revenir au pouvoir une fois de plus, les français lui ont refusé de lui renouveler leur confiance, il y a une semaine. Comme quoi, il faut savoir partir. Le Président Normal, n’est pas un sourd, moins encore un aveugle !

François Hollande.

Président François Hollande, 19 janvier 2012 | Source : Flikr https://www.flickr.com/photos/jmayrault/6730209955/in/photostream/

Oui. Il n’est pas facile pour de nombreux dirigeants, leaders politiques et du business, d’échapper à l’aveuglement aggravé par ceux qui ne disent jamais que tout ce qui va pour leurs chefs. Difficile de se mirer, de se voir tel qu’on est. Hollande est réaliste, juste, visionnaire et intelligent. Il sait qui il est et ce qu’il ne peut pas. Pour tout dire, il est respectueux de sa société, de son peuple et de lui-même. Il est admirable. Je le soutiens !

On a appris qu’un président, ça ne parle pas comme Hollande, ça ne capitule pas en plus. Aussi, ça ne se cache pas dans un costume pour fréquenter en mobylette une copine, etc. Oui, c’est ce que le monde des règles qui écrasent l’individu veut tandis qu’il ferme les yeux sur des questions controversées comme l’avortement, l’euthanasie… on veut un peu trop parfaites certaines personnalités publiques, pas d’autres. A ce juste propos, la France me déçoit !

L’Afrique doit apprendre de François Hollande

Un président qui capitule, et de plus de France, sur fond d’une impopularité notoire qui dit son échec prochain à la présidentielle, ça ne devrait pas faire rire les africains, cependant. Il faut savoir se voir tel qu’on est. Il faut savoir décrypter, disséquer sa laideur et se voir d’un œil peu flatteur dans un miroir et, le meilleur des miroirs c’est l’autre. Pour Hollande c’est Sarkozy. Et pour les africains, je propose Hollande.

Se savoir limité est une première vertu vers la grandeur et la démocratie. Les africains ont beaucoup à apprendre de Hollande : je  cite Ali Bongo, Denis Sassou, Joseph Kabila, Paul Kagame, Abdelaziz Bouteflika et leurs congénères.

La leçon est simple : savoir s’arrêter et partir quand on n’a pas réussi, lorsqu’on a réussi, quand on achevé sa mission ou son mandat et surtout, respecter son peuple. Mais hélas ! On s’accroche au pouvoir, coûte que coûte, même s’il faut marcher sur les cadavres de son peuple comme le fait le président Nkurunziza élu par Dieu.

Hollande a refusé d’importuner son peuple. Cela ne veut nullement dire que tous les français l’ont vomis ou qu’il ne réussirait jamais à brouiller les cartes pour se hisser en finale de la compétition. A sa place, plusieurs africains auraient tué ou emprisonné leurs proches devenus très critiques, en attendant les élections vaincues dans le chao généralisé. Ça doit changer !

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Lorsque je serai Mobutu …

Etre Mobutu, ou comme lui, nous en rêvions tous, dans notre enfance zaïroise. La meilleure image du pouvoir et du chef que nous avions était, sans doute, façonnée par le monde traditionnel et coutumier qui nous moulait. Là, en effet, les chefs sont presqu’irremplaçables et les mandats à vie.

Sommes-nous allés aussi loin que ce rêve d’enfance ? Le pouvoir et le chef, les deux se confondant inexorablement, doivent inspirer la peur, la grandeur, la toute-puissance, l’opulence. Tous les moyens sont bons alors pour y arriver !

 « Lorsque je serai Mobutu » … je ferai, je verrai, j’agirai de telle ou de telle manière. Nous le répétions tous, admiratifs du deuxième président de la RDC, Tata Joseph-Désiré Mobutu Seko Kukugbendu wazabanga.

Mobutistes, nous tous ?

Mobutu, c’était une manière d’être, d’agir ou de penser. C’était aussi l’image du pouvoir, comme il y en a un peu partout en RDC et en Afrique : Mwant-Yav, Mwami, … des titres que portent des chefs coutumiers, quels que soient leurs noms. Autant, nous avons des Mobutu… moi, toi, nous congolais, nous africains ?

Non, ce n’était pas cela le Zaïre, pas non plus Wzabanga lui-même, le maréchal qui régna sur le Zaïre durant 32 ans. C’était l’idéal du pouvoir que nous voyions. Mobutu s’en est allé, entre-temps, avec lui mes rêves d’enfant. Grandissant, en effet, mes yeux ont vu aussi d’autres pouvoirs, d’autres chefs simplement eux-mêmes. Mais à l’heure où j’ai commencé à peine à réaliser que le roi du Zaïre n’était qu’un homme mort et enterré à Rabat, au Maroc, j’ai vu mon rêve d’enfance resurgir. Ce n’est pas une hantise, cela ne se passe pas dans ma tête.

Mobutu moi, Mobutu toi, Mobutu nous congolais, africains ! Nous en sommes là, une fois de plus. Il fait encore rêver des jeunes. Ce Mobutu a le vent en poupe, un succès incalculable parmi les âges, les jeunes d’autrefois, aujourd’hui parfois vieux surtout.

Les meilleurs Mobutistes insultent Mobutu

C’est un type de modèle de dirigeants et de pouvoir construit par les télévisions et les thuriféraires. Il est fait par les télévisions, et les facultés et les églises perdent de vue. Parfois, les plus mobutuphobes dans les débats télévisés se révèlent les plus mobutuphiles, lorsqu’ils détiennent le pouvoir. Ne pas être Mobutu, être Lumumba ou Mandela, par exemple, n’est souvent qu’une affaire de temps. Oh, qu’ils savent s’adapter, qu’ils sont du vif-argent véritable !

Que déjà adultes, plusieurs parmi mes compatriotes en soient restés à cette image enfantine du pouvoir, à ce degré du mobutisme, c’est rester éternellement enfant. Enfant de Sese Seko qui fut et demeure père, guide et maître. Je pense qu’à ces enfants, il faut des exemples et des leçons. Des exemples de serviabilité, de liberté, d’alternance et de dignité.