post

Joseph Kabila, opposition et crise artificielle

La RDC va droit vers une grande crise. En cause, Joseph Kabila arrivé en fin de mandat et frappé d’inéligibilité, est tenté de s’élever à la gloire d’hommes forts que sont ses voisins Museveni, Kagame, Nkurunziza et Sassou en plein mandats interdits au départ. L’interdit attire, en effet ! Mais il y a aussi une opposition qui se durcit…

En face du président congolais, une opposition presque incapable de s’unir. Mais depuis fin 2015, elle s’essaie à un front commun avec unique objectif : le départ de Joseph Kabila en 2016. Un vœu qui peine déjà à se réaliser, puisque le délai de la convocation du corps électoral vient de passer le 19 septembre, dans le sang des manifestants anti-Kabila.

Il faut dialoguer, mais comment et pourquoi ? La question divise. Pour l’opposition affublée de l’épithète « radicale », réunie au sein du Rassemblement que dirige Etienne Tshisekedi, le dialogue doit partir du fondamental non négociable : le départ du président Kabila. Après deux quinquennats, il faut respecter la Constitution. Pour le camp présidentiel, Kabila reste au pouvoir et organise les élections. Pour combien de temps ? Avec Kabila comme candidat ? Options non exclues, en effet ! Plutôt que d’y répondre, on préfère laisser planer le flou et faire passer le temps. C’est la stratégie qui vaille, depuis 2011.

Il faut plonger le pays dans un retard généralisé : après les sénateurs, les gouverneurs et les députés provinciaux, c’est le moment des députés nationaux et du président de la République. C’est le sacré glissement de mandat. Pour cinq ans, les sénateurs s’apprêtent à compter plus de 10.les-dialogues-en-rdc

Du retard pour un glissement en douceur

Pendant ce temps, le dialogue longtemps attendu, depuis novembre 2015 et qui devait durer 15 jours seulement, a du mal à en finir. Le 3e mandat : la pilule passe mal. Joseph Kabila semble vouloir lâcher du leste : dimanche, dans sa ferme de Kingakati, il a invité sa majorité à se mobiliser pour les élections. Un jour après, le 10 octobre, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, annonce sur TV5 : « Le Président Kabila respectera la Constitution et la Constitution ne lui permet pas de se présenter pour un 3e mandat. » Mais sur les réseaux sociaux, les internautes ne cachent pas leur scepticisme sur la sincérité de ces propos qui ne sont pas les premiers.

Mais comment en est-on arrivé à cette situation confuse ? Que s’est-il passé pour que tout en réservant une part du budget national à l’organisation des élections, chaque année depuis 2012, le régime Kabila échoue à organiser les élections ? Il n’est plus de doute : la crise en cours, et qui fait déjà des morts et des centaines de prisonniers, est artificielle, voulue par le camp au pouvoir.

Le mal congolais, c’est de penser que lorsqu’on agit droitement, lorsqu’on respecte la loi ou bâtit, c’est une gentillesse. Les leaders politiques se plaisent à se comparer à ceux qui n’ont pas réussi. C’est sans gêne qu’on entend dire encore : « la RDC est une jeune démocratie », comme excuse à des fautes parfois volontaires, comme la crise en cours. Malheureusement, ce n’est pas l’opposition qui gagne en crédibilité en pareille circonstance. Espérons que la jeunesse arrive à relever le défi…