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Les médias racontent la mort d’Etienne Tshisekedi

La mort de l’opposant Etienne Tshisekedi a été largement traitée dans plusieurs médias congolais et étrangers. Mais aussi sur les réseaux sociaux. Alors qu’il dirigeait le Rassemblement de l’opposition qui participe au dialogue qui s’enlise en RDC, Tshisekedi laisse un vide et beaucoup de questions en suspens. Les commentaires dans cette revue de presse de Didier Makal.

« C’est confirmé ! Etienne Tshisekedi est mort, Félix se rend à Bruxelles demain » s’exclame Actualite.cd, site d’information congolais. Ce média qui a publié le démenti du secrétaire exécutif du parti du défunt, l’UDPS, précise laconiquement :

« Il était admis à l’hôpital St Elisabeth d’Uccle de Bruxelles depuis hier (le 1er février). Il est mort à 17H, a dit à ACTUALITE.CD un membre de la famille. Actuellement, c’est le deuil à la résidence officielle à Limete, a constaté un reporter d’ACTUALITE.CD. Félix Tshisekedi, son fils se rend à Bruxelles ce jeudi. » Dans une autre information, ce même média rapporte des heurts à la résidence de l’opposant, à Limite, dans la capitale. La police a lancé le gaz lacrymogène, estimant que « Le lieu était devenu quasiment incontrôlable », les militants s’en prenant aux passants, explique la police.

Le Roi est mort vive le Roi

« Tshisekedi : le Roi est mort, vive le Roi ! », soupire le journal kinois La Prospérité sur son site web. Émouvant, il poursuit :

« La scène politique RD congolaise est orpheline à présent. Elle vient de perdre son icône : l’opposant historique Etienne Tshisekedi. (…) Oui, lui dont la ferveur avait le don d’enflammer les foules et de faire frémir des régimes. Et pourtant, il ne s’agissait pas d’une rumeur. Le sphinx de Limete est bel et bien mort. »

La prospérité qui décrit un « opposant né », présente aussi le père de la démocratie congolaise comme un « roi » qui achève son périple : « Ce qui semblait n’être qu’un simple voyage de contrôle médical est devenu le dernier périple d’un homme qui, au gré des épreuves, s’est imposé comme le père sinon le roi de l’Opposition politique en République Démocratique du Congo. »

Plusieurs séjours en Belgique pour des raisons médicales

Le décès du vieil opposant politique âgé de 84 ans a surpris beaucoup de Congolais, d’autant plus qu’en retournant à Bruxelles d’où il était parti en 2016 après un long séjour médical (en partie), on annonçait « de simples consultations médicales », explique l’hebdomadaire Jeune Afrique. Et de constater ce fait accompli : « Malade et affaibli, il n’avait pas pu attendre son installation effective à ce poste (le Conseil de suivi de l’Accord du 31 décembre 2015), programmée le 26 février. Étienne Tshisekedi n’aura finalement pas eu le temps de relever l’ultime défi de sa riche carrière politique. »

La mort de Tshisekedi risque de chambouler la scène politique congolaise

Que va-t-il dès lors arriver au processus en cours censé conduire la transition, après l’expiration du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila ? La question préoccupe. Pour le blog Afrik Arabia du Courrier International, « la mort de Tshisekedi rebat les cartes dans l’opposition ». Le risque d’une course au repositionnement politique ou au leadership est bien réel. Afrik Arabia n’exclut pas l’éventualité d’éclatements…

« Après la mort du chef, plusieurs questions restent en suspens. Qui prendra le leadership au sein de l’UDPS, le parti qu’il a fondé en 1982 ? Qui présidera le Rassemblement, la plateforme d’opposition créée autour d’Etienne Tshisekedi, de Moïse Katumbi et du G7 ? Que fera son fils, Félix, qui se serait bien vu prendre la tête du nouveau gouvernement de transition ? La disparition d’Etienne Tshisekedi augure de nombreux repositionnements politiques. »

Selon Actualité.cd, Moïse Katumbi a appelé, à « continuer la lutte du « Père de la démocratie congolaise ». »

Une longue liste d’hommages

Pour le quotidien kinois Le Potentiel, proche de l’opposition, les politiques congolais ont désormais l’obligation de rendre « le meilleur hommage à Tshisekedi. » Entendez, le respect de l’Accord du 31 décembre dont il a été désigné le protecteur en tant que Président du Conseil de suivi. Son commentaire est sans équivoque :

« Tshisekedi mort, faut-il que le processus enclenché s’arrête ? Tous les observateurs s’accordent pour dire que le meilleur hommage que l’on puisse rendre à ce leader qui a consacré toute sa vie à la lutte pour le triomphe de la démocratie en RDC serait de mettre en œuvre l’Accord du 31 décembre 2016. »

Enfin, La Libre Belgique dresse un portrait sans complaisance d’Etienne Tshisekedi. La fatale erreur de sa vie : « avoir refusé de participer aux élections pluralistes de 2006. Lui qui, pourtant, a passé sa vie à se battre pour la magistrature suprême congolaise. “Tous les jours de ma vie, j’ai rêvé de devenir Président de la République”, avait-il avoué lors de la campagne présidentielle de 2011 – la seule à laquelle il participa et qui fut marquée par une fraude massive. »

« 30 ans de lutte à la fois courageuse, égoïste et erratique »

La Libre poursuit : « Etienne Tshisekedi est mort ce mercredi 1er février 2017 à 17h42 à Bruxelles, sans avoir réalisé son rêve malgré “30 ans” de lutte à la fois courageuse, égoïste et erratique. »

Sur les réseaux sociaux, les commentaires ne tarissent pas depuis mercredi soir. Dans ses condoléances, le ministre Belge des Affaires étrangères Didier Reynders parle d’une « figure politique marquante de la #RDC ».

Pour le président de l’Assemblée nationale congolaise, Aubin Minaku, « Tshisekedi demeure une icône. » C’est quand le gynécologue Prix Sakharov Denis Mukwege regrette une « Grande perte pour la nation. »

En attendant le rapatriement du corps d’Etienne Tshisekedi en RDC, « le gouvernement annonce des funérailles officielles pour Etienne Tshisekedi », indique Radio Okapi.

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Les lits en pailles pour les malades de choléra au Katanga

Une case en chaumes, transparente et ouverte aux intempéries, quatre piquets surmontés des traverses, le tout couvert des pailles, voilà le cadre d’urgence dans lequel sont accueillis les malades de choléra à Mukana, dans le territoire de Mitwaba, au nord de la riche province du Katanga. C’est en RDC.

Centre de santé Mukana, lits des malades

Un lit prêt à acceuillir un malade à côté d’un autre dans un centre de traitement de cholera à Mukana (Mitwaba). Capture d’écran, images Jeff Mbiya

Lieu de restauration, de repos ou simplement du supplice ? Dans ce fameux centre d’isolement et de traitement des cas de choléra, les lits sur lesquels « reposent ? » les malades sont couverts des pagnes, un seul par lit occupé, à Mukana, un village situé à 5 km de Mitwaba, dans la zone de santé de Mufunga  Sampwe. Sur 24 cas de choléra recensés, 4 ont trépassé. Loin de là, au siège de l’aire de santé de Kyubo, à Kyubo, se trouve un centre de santé bien différent des ruines qu’inspire le premier. Là, plus de 100 personnes ont été frappées par le choléra le mois de février dernier. La situation se clame, mais pas pour l’administration de la santé et le respect des droits humains.

Suivez ici le reportage Vidéo sur le choléra.

Centre de santé Mukana, Mitwaba

Le centre de santé Mukana à 5 km de Mitwaba, au Katanga. Capture d’écran, images Jeff Mbiya

Un coin abandonné ?

Souvent, ces centres manquent de matériels nécessaires pour maintenir l’hygiène et l’asepsie. Les médicaments même manquent. Face au choléra, le salut vient des humanitaires qui amènent parfois avec retard (puisque la route est à certains endroits inexistante) des médicaments nécessaires pour essayer de sauver des vies.

Un centre de santé, en effet, ça devrait rassurer, redonner l’espoir de vivre aux patients. Mais lorsqu’on ne vit que de l’aide à la place des politiques publiques, la mort n’est pas loin lorsqu’il s’agit d’épidémie. Encore que là, il s’agit d’une contrée appelée « polygone de la mort », « triangle de la mort » ! L’autorité de l’Etat s’y fait moins sentir. L’administration locale réduite à l’impuissance, sans ressources nécessaires, ne peut que constater les dégats, pas poser des actions salvatrices. Ce sont donc des ONG qui essaient de redonner espoir à des patients qui parfois ont été obligés de quitter leurs milieux de vie, en fuite devant les groupes armés qui pullulent le nord du Katanga où se vit une crise oubliée de tous.

Centre de santé Mukuna, eau de boisson

Une femme en train de puiser de l’eau dans une rivière dans la région de Mitwaba, au Katanga. Capture d’écran, images Jeff Mbiya

Une partie du problème : les infrastructures

Plutôt que de constituer une solution, les centres de santé dans cette région font partie du problème. On se demande à quel siècle remonter et dans quel pays pour trouver un spécimen aux structures sanitaires qui accueillent les patients de choléra à Mukana et Kyubo. L’eau propre est rare, l’eau potable un concept inexistant dans plusieurs coins de la région. Les habitants consomment l’eau des rivières, faute de mieux. Une de ces rivières, explique un journaliste qui revient de la région, est traversée assez régulièrement par des vaches élevées en amont, en transhumance vers de nouvelles prairies.

Un rapport Unicef-RDC révèle que seuls 48% des ménages katangais ont accès à des sources d’eau aménagées, contre 12% en ce qui concerne l’utilisation des installations sanitaires améliorées. Lorsqu’on s’éloigne des centres urbains, le fossé s’alourdit davantage. Voilà qui ne manque pas d’énerver les microbes à l’origine de plusieurs maladies.

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Félix Tshisekedi à la tête de l’UDPS: et le rêve de démocratie?

Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi et candidat à la présidentielle de 2011 en RDC est arrivé ce samedi 18 octobre à Lubumbashi. Celui qui n’est jusqu’ici qu’un chargé des affaires étrangères rêve grand : diriger l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) un des plus anciens partis d’opposition de RDC fondé par son père. Ce rêve pourtant « incommode » dans un parti à la quête de « démocratie … (UDPS !) » prend forme et se précise. Une procédure pas du tout du goût du père, mais de la mère : Marthe Tshisekedi de plus en plus influente au sein du parti. Ceci est ressenti comme un « affront » aux « anciens » du parti ou plutôt un scandale qui peut ébranler la case UDPS déjà fragilisée par des situations assez rudes depuis la dernière élection « perdue » par Etienne Tshisekedi qui n’a jamais accepté sa défaite.

Félix Thisekedi, chargé des affai

Félix Thisekedi, chargé des affai

Un test avant tout

Mais la fête a failli rater déjà à l’aéroport. L’aile dure du parti n’a pas digéré cette présence des députés que Joël Mutangala, un ancien fédéral du parti (au Katanga) les appelle des intrus : « Il n’y a pas de problème au sein du parti. Nous sommes tous unis. Le petit incident qui a failli avoir lieu, c’est des gens qui sont allés siéger dans cette caisse de résonnance abusivement appelée assemblée nationale et qui reconnaît monsieur Kabila comme président de la république ». Ceci n’est pas du tout, toute la vision des membres. Un militant accepte bien ces députés comme membre du parti plutôt que Félix Tshisekedi en qui il lit, à travers cette visite, une volonté de succéder à son père à la tête de l’UDPS. Un test donc. « C’est un scandale, dans un parti qui s’est battu pour la démocratie », dit-il.

Dans un débat que j’ai suscité sur cette visite dans le groupe « Soutien au candidat Etienne Tshesekedi » sur Facebook, les réactions vont dans tous les sens. Marie Paul lance « Soutien total au président élu et à Félix ». Pepe Manki Mankirâle : « Nous ne voulons plus la politique du père au fils, ça nous fatigues svp ! ». Autre réaction, Ibro Ibwala : « Leur père a beaucoup trahi le pays. En plus, il (Félix) ne connaît rien du pays. Quand on soufrait, il étudiait dans de très bonnes conditions en Europe alors que ce qu’il veut (phrase non achevée !) l’argents de son père est fini ?»

Finalement cette autre réaction presqu’inattendue de Rose Mwania : « C’est un problème d’engagement individuel. Il est militant de bonne heure à l’UDPS. Le gros du problème avec Félix Tshisekedi restera sa constance à servir la Nation au lieu de servir un jour les intérêts rwandais. Son épouse qui est tutsi (mes sources n’ont pas pu confirmer cette affirmation) ne manquera pas de le désorienter et de le mener un jour vers une politique extravertie en faveur du Rwanda dans l’hypothèse où il gagnerait une élection présidentielle. Il faut des garanties et de garde-fous sérieux. »

Félix n’est pas Etienne Tshisekedi

Félix Tshisekedi debout dans une jeep à son arrivée à Lubumbashi. Photo M3 DIider

Félix Tshisekedi debout dans une jeep à son arrivée à Lubumbashi. Photo M3 DIider

Cette tournée se veut un test pour le Tshisekedi Junior. Il le sait, aussi bien que son père : plusieurs parmi les combattants, n’acceptent pas qu’il prenne la direction du parti. La raison est simple : « il n’a jamais lutté. » Et c’est Etienne Tshisekedi lui-même. Il aurait l’habitude de l’appeler non pas Tshisekedi mais Tshiyombo, pour marquer cette différence entre les deux personnes aux personnalités divergentes. D’après certaines sources de l’UDPS, le père trouve le fils pas à son image, puisque « pondéré ». Mais ce samedi, il a prouvé sa popularité en drainant des mondes derrière lui. De l’aéroport jusqu’au directoire du parti, il a mis 5 heures au lieu de 30 ou 45 minutes dans une caravane motorisée.

Dans son meeting, il a déclaré le parti prêt à dialoguer, mais dans le strict respect de l’accord cadre d’Addis Abeba qui recommande ce dialogue entre congolais. A un dialogue pourtant, on n’est jamais sûr de réussir à tout gagner. Ca discute, puis, des concessions. C’est sans doute un nouveau vent. Pourvu qu’il trouve du soutien.

Telle mère, tel fils

Etienne Tshisekedi aurait lui-même voulu laisser le parti à un autre leader, un combattant plus consensuel et surtout imprégné de la lutte qui est la sienne. Mais la toute puissante Maman Marthe, l’épouse de Tshisekedi sénior aurait pris assez d’importance au sein du cercle de décisions qu’elle a su tout rapprocher de son fils en rapprochant ce dernier du pouvoir. C’est peut-être pour Read More