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Kinshasa en guerre contre Internet

Je ne sais comment le gouvernement congolais entend améliorer son image de démocratie en décourageant les internautes par des prix prohibitifs. Comment croire au discours de l’émergence, vendu sans cesse, si en même temps on s’attaque à un de ses symboles phares de cette émergence : Internet ?

La phobie des autorités congolaises pour Internet n’est plus un secret. Elle franchit bientôt le rubicond. Tenez : quand les utilisateurs avaient 60 Giga octets à 100 USD, ils n’en ont plus que 6, chez les Télécoms, principaux fournisseurs d’accès. Les petits utilisateurs, mais les plus nombreux, n’obtiennent plus que 65 Mo, soit environ 15 minutes de connexion (applications souples comme les mails) où ils avaient 200 Mo. La pression est intenable, les internautes râlent.

Dis-moi ta politique d’Internet, je te dirai qui tu es

En janvier 2015, en pleine contestation populaire d’une loi électorale, les autorités congolaises avaient coupé Internet, l’accusant de de charrier la désinformation. Dans les faits, elles-mêmes bloquent les médias publics et privés les plus représentatifs. En 2011, après la dernière présidentielle jugée chaotique par l’Union Européenne, les SMS étaient coupés, accusés de diffuser la violence. Mais en vérité, c’étaient-là les derniers moyens de communication dont la population disposait et en qui elle avait confiance. L’audiovisuel local, en effet, ne rend service qu’aux dirigeants, et sert de miroir dans lequel ils se regardent.

Habari RDC, Blogueurs de RDC

Conférence à la société civile du Katanga, Lubumbashi, janvier 2016. Phtoto M3 Didier.

Voilà qu’en 2016, alors que tout le monde craint des troubles au sujet de la présidentielle de moins en moins tenable en 2016, Kinshasa se prépare à exclure les bourses menues de leur droit d’utiliser Internet. La technique aurait pu passer inaperçue si elle n’avait pas touché l’outrance. Les jeunes sont en colère, la presse aussi.

D’abord des jeunes kinois organisent un sit-in devant le siège du gouvernement dans la capitale : c’est la campagne « Nuit debout de Kinshasa ». A l’occasion, la police  ne s’empêche pas d’interpeller 4 journalistes qu’elle relâche après. Les jeunes ont fixé, en suite, un nouveau rendez-vous devant les sièges des Télécoms. C’est « Midi debout de Kinshasa », prévu jeudi 16 juin. Enfin, le même jour, l’Union de la presse du Congo appelle à un « Lundi sans presse et sans crédit de téléphone » jusqu’au retour à la normale.

Quelle honte que de s’attaquer à Internet !

Des grandes économies mondiales consentent de grands investissements dans les TIC en vue d’accroître les emplois. Mais les petites économies ont parfois leurs logiques à elles, comme ramer à contre-courant. Et on rêve quand même de l’émergence !

Habari RDC, Blogueurs RDC

Les blogueurs de Lubumbashi au cours d’une conférence à la société civile du Katanga, 21 novembre 2015. Photo M3 Didier

Émergence, en effet, ça rime aussi avec Internet et les TIC. Mais dans un Congo où même les ministères ne sont pas informatisés, alors que la fibre optique attend devant leurs portes, cela n’étonne pas. Interne joue à peu près le même rôle qu’un gadget ou une décoration de son salon. En RDC, on innove pour en mettre pleins les yeux, les voisins. Non pas pour se développer. Autrement, pourquoi la fibre optique congolaise ne profite-t-telle guère aux masses ? Internet populaire ou massif, c’est un lointain rêve au Congo. Pourtant, c’est par ce procédé que le pouvoir public devrait assurer, ne fût-ce que minimalement, la redistribution des bénéfices de ce projet d’Internet qui a coûté plus des millions (détournés)  que jamais dans autre des 14 pays connectés à Internet par fibre optique (projet Wacs).

Je pense qu’en RDC, les dirigeants devraient apprendre qu’ils travaillent avec l’argent du peuple et qu’ils lui doivent des comptes.

Mais hélas, accéder à Internet reste encore vu comme une gentillesse des dirigeants. S’ils veulent, ils connectent. S’ils veulent, ils coupent ! C’est honteux de se montrer non adapté au temps qu’il fait. Internet est un symbole. Et on ne s’attaque pas sans conséquences aux symboles.

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Elections cybernéphobes en Afrique centrale

Trois situations électorales, et trois fois internet et (ou) le téléphone portable tombent victimes : coupés, sans scrupule. Ça se passe en Afrique centrale, cette Afrique qui échoue son sevrage : elle s’accroche à la mamelle des longs et durs régimes présidentiels. Détourné et vécu comme une horreur, Internet n’y peut rien, dans pareil système.

On dirait, un peu comme le vin : plus vieux il devient, mieux il est. Plus ils durent au pouvoir, plus fort enflent les appétits des régimes personnalisés et claniques. Sans Déby, en effet, le Tchad serait aux mains de Boko Haram ou le déluge. N’allez pas lui demander de voir un psy s’il pense comme ça. Hussein Habré qu’il renversa 26 ans plus tôt, par exemple, se croyait lui aussi éternel, toujours prétendument à l’œuvre pour le bien du peuple.

Au pouvoir depuis 1990, le président tchadien Idriss Deby brigue un cinquième mandat. Son long règne de 26 ans est loin d’en finir. Bien au contraire, sa soif du pouvoir s’aiguiser comme quelqu’un qui vient d’arriver. Pour un nouveau départ, il peut se plaire d’être un coupeur d’internet et des libertés. Une sacrée façon de vivre la démocratie électorale. Ne vous étonnez pas, on est en Afrique centrale : il y a une tradition ici.

Internet

Des jeunes africains dans une salle d’internet

Une tradition de longévité de pouvoir et tout ce qui va avec

Internet énerve en ce qu’il n’entre pas dans la pensée unique et ne la promeut pas. Vous n’avez qu’à voir les idylles scellées entre les longs régimes et leurs télévisions (et) ou radios : des loyaux ferments de la complicité peuples-présidents fondateurs! Un seul chef, une seule nation, une seule pensée, quoi de plus normale ! Incapable de cela, le rebelle Internet n’a pas de place en Afrique centrale. Encore si c’est durant les votes.

Deby n’a pas eu de peine. Deux semaines avant, en effet, Denis Sassou (32 ans de pouvoir) dont le nouveau mandat contesté met à sang le Congo, a coupé la connexion au web et au mobile durant le dernier scrutin. Il a balisé, pour le président tchadien, la voie déjà ouverte par Joseph Kabila en 2011. Cette année-là, le chef de l’Etat congolais coupait le service des courts messages (SMS), très prisé en RDC, au lendemain de « la présidentielle chaotique », selon l’appréciation de l’Union Européenne. En janvier 2015, son régime a coupé Internet qu’il a accusé d’appeler à la violence, en pleine contestation de la révision de la loi électorale.

Afrique centrale cybernéphobe

Internet est malmené et mal aimé en Afrique centrale. Oui, l’Afrique centrale est cybernéphobe : elle hait surtout ses vertus qui sont liberté d’expression (ou libre expression) et circulation sans libre des idées, notamment. L’Afrique centrale ne croit pas à la globalisation, elle déteste le changement. Enfin, du moins ses dirigeants, pour la plupart. S’ils disent émergence, ils vont s’incliner sur les tombes d’Idi Amine Dada, Mobutu, Bongo, etc. Et quand on dit paix, on paie des kalachnikovs et des chars de combats. Voici l’Afrique émergente en 2030.

Partout, la méthode est la même et orientée vers un seul but : taire la contestation pour empêcher aux témoins de l’inhumanité d’alerter le monde qui croit en l’homme, en temps réel. C’est avec internet qu’on coupe, parce qu’on ne sait comment le contrôler.

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Moi, ministre des TIC en RDC, je punirais pour « @gmail.com »

La RDC a beau se connecter à la fibre optique et à internet à « grande vitesse ». Les institutions publiques n’ont pas de messagerie interne. C’est du moins le constat possible quand un ministère affiche une adresse email au suffixe « @gmail.com ». Faut-il croire aux promesses de changements tous azimuts ? Peut-être demain. Moi, je suis disciple de Saint Thomas.

Internet vendu aux privés devrait améliorer le travail des entreprises privées. La numérisation va s’améliorant. Mais certains semblent s’en méfier, accusant un échec de finissage des travaux à la station d’atterrage à Moanda. La poste, agonisant, a vu pointer à l’horizon sa renaissance, mais hélas, la guerre !

Internet met en valeur des Etats

J’espère que plusieurs l’ont déjà remarqué. Des ministères utilisent des adresses électroniques du genre : nomdelinstitution@gmail.com. «@gmail.com », voilà qui reste inouï. Comment est-ce possible pour un gouvernement qui a internet, des ingénieurs en informatiques, des savants même mais qui n’a pas tiré des leçons des révélations d’Edward  Snowden sur la surveillance des correspondances diplomatiques ? Le conseiller du chef de l’Etat vient de lancer pour dénoncer les cas de corruption ou fraude, l’adresse électronique : jedenonce2015@gmail.com. Trois mois avant, j’étais choqué quand pour la première fois, je découvrais dans un rapport conjoint Unicef-RDC, pour contacter le ministère du plan de RDC, le document affiche « miniplan@gmail.com ». Le même document affiche pour une organisation partenaire : « info@DHSprogram.com ». Ah oui, que cela ne soit pas des adresses « .fr » ou « .us », « .be » simplement « .com » constitue une excuse ? Il s’agit dans la dernière adresse d’un service interne au service démographique de santé, DHS.

Si donc « nomduservice@rfi.fr » indique qu’il s’agit d’un service interne à RFI, en France, qui écrit, comment découvrira-t-on que l’on est sur un contact gouvernemental dans miniplan@gmail.com? Faire la publicité des moteurs de recherche en lieu et place de son Etat, voilà qui ennuie. Moi, ministre des PT-NTIC, je mettrais punirais déjà !

Déshonneur

source: www.rdc-elections2016.com

Source: www.rdc-elections2016.com

Tiens ! Qui donc devrait valoriser le premier le domaine cd, internet congolais ? Internet congolais existe-t-il ou pas ? Y croit-on ou non ? Sait-on au moins qu’il s’agit d’un monde de souveraineté et de légitimation ? Si le piratage d’un compte Twitter de l’armée américaine a été pris avec beaucoupde sérieux comme si un édifice (physique) venait d’être détruit les aux USA ou les incursions « de l’armée électronique » de l’Etat islamique sur le site du journal Le Monde a préoccupé la France, si donc couper le signal d’internet avec la promesse d’en réguler l’accès a été acte de souveraineté à Kinshasa en janvier 2015, … Internet est bel et bien un territoire à protéger, à promouvoir comme on le fait avec les sports. Comment alors ne pas comprendre que recourir à la messagerie de Google, de Yahoo ou autre grands moteurs de recherches un déshonneur ?

Connexion à grande vitesse, mutation des médias sur Internet ou du moins leur ouverture au numérique, amélioration de l’administration, … deux ans après, nous n’avons vu venir rien de grand dans le secteur. Il faut peut-être patienter. Mais face à la honte que cela m’inspire, je ne peux me taire. Le système traditionnel poursuit son bon nombre de chemin, l’administration reste parfois plus lente qu’avant. On est incapable de savoir qui a été jugé et condamné où. Au guichet d’un service public où quelqu’un doit percevoir de l’argent pour quelques 1000 candidats en lignes, un homme utilise son papier Carbonne, mais un ordinateur est derrière lui, couvert d’une nappe du sommet à la base. Un jour, en 2014, une femme a même surpris un bourgmestre en train de marier son époux à une jeune fille, sûr que l’homme ne s’était jamais marié. Surprise lorsque l’épouse montrait sur place derrière elle des enfants qui appelaient leur papa. Deux certificats de mariage à l’état civil allaient entrer en concurrence. A quand l’informatisation de la RDC ?