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COP22, la France

De la dictature de l’anglais à la COP22

Il faut bien que les langues évoluent, s’enrichissent, mais pas qu’elles se bouffent. Dommage que ce soit à l’ONU où l’anglais domine sur le monde, un peu comme les dictateurs sur leurs pays. Que cela arrive à l’ONU, et à la COP22, c’est bien drôle.

Ainsi donc, un francophile débarque pour la première  fois à une conférence de l’ONU sur le climat, la COP22. Marrakech, à la porte de l’Europe, n’est pas francophobe. Même si l’arabe y est roi, un marocain lambda peut me déposer à Guéliz dans la médina, l’oasis occidentale en plein monde arabe.

A la COP22, le Français c’est « après le prioritaire »

Lorsque je sors payer des arachides torréfiées au coin d’une rue, je peux sourire d’entendre m’appeler : « Mon ami l’africain ! ». Le Français y vit donc. Mais cette francophilie que je partage avec de nombreuses personnes s’arrête où l’ONU déconne.

Me voilà donc arrivé dans la « Zone bleue ». C’est ici que de nombreux négociateurs, délégués des organisations de la société civile et des gouvernements postent. J’y vois la première marrée de journalistes de ma vie. Les indications alternent presque correctement Français et Anglais.

Dans une salle de presse, une collègue journaliste française me surprend en train de lire les nouvelles du Zaïre sur rfi.fr ! Si elle est joyeuse, c’est sans doute parce qu’elle est surprise de rencontrer un francophile à la COP22. Ça fait presqu’un événement dans ce monde où notre langue a tendance à faire Samuel Eto’o qui ne marque de but.

La France à la COP22

Le globe terrestre à la COP22. Crédit Photo, Didier M. Makal, novembre 2016, Marrakech.

La journaliste française m’a quand même lancé, sans hésiter un chaleureux « bonjour ! ». Il faut dire que, embarqué dans une jolie équipe de journalistes d’Internews, j’ai souvent été porté à bricoler l’anglais que de parler. Difficile exercice de penser une langue que de la pratiquer. La bonne nouvelle, c’est que les gens ont donné l’air d’avoir compris mon anglais francisé.

L’ONU a beau raconter qu’elle a six langues officielles, en effet (l’anglais, l’arabe,  le chinois, l’espagnol, le français). Elle a son histoire et ses préférences. Je le reconnais, les anglophones sont plus nombreux que nous. Mais voici à quoi ressemble la seconde langue de l’ONU, selon le site ledevoir.com :

« On sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction. »

Non seulement l’anglais fait un coup d’Etat à l’arabe sans déclencher une intifada, elle s’impose comme la langue de l’ONU.

A la COP22, les communiqués de presse arrivent en anglais

L’ennui me vient des salles de conférence. Sans doute, des interprètes parfois bien rodés, m’ont quelques fois rendu d’heureux services. Mais ils n’étaient pas aux conférences de presse des pavillons américains de dernière minute. Je ne les ai pas non plus entendus chez Ban-Ki Moon où le matériel de traduction ne pouvait suffire à tous les locuteurs de l’anglais boiteux ou malade.

Ça aussi, j’ai compris et pardonné. Je pense que la déception me saisit un soir, de retour à l’hôtel. Un communiqué de presse urgent tombe : Energy for Africa ! Je dois en parler, envoyer une info rapidement à ma rédaction, à Lubumbashi. Je dois être l’interprète de moi-même. En fait, je vais chercher une version française. Elle n’arrivera qu’au lendemain…

Oui, il faut traduire avec Google Translation ! Mais quelle drôlerie, ce traducteur ! Il me retourne des phrases en Anglais ! Aussi, malgré mon handicap dans cette langue, je puis contester de nombreuses phrases. Presque toutes contiennent des conférences de sens. Mais si je cherche une traduction, ce n’est pas que je manque de dico anglais-français. Je veux du sens !

J’ai perdu deux heures environ, pour ne saisir pertinemment qu’à peine le tiers du texte. Et c’est le sommeil qui décide du reste ! Tout ça, à cause de l’ONU ! Je pense que les langues doivent vivre, se multiplier si possible. Mais à l’ONU, on s’obstine à penser que le monde est anglophone par essence.

Pourquoi ne pas doubler, tripler des services de traduction ? L’ONU adopte pourtant six langues ! Ainsi, même si l’on ne peut traduire dans toutes les langues du monde, les langues régionales doivent être représentées en tout.

Autrement, c’est une dictature et de la violence que l’on fait aux non-anglophones. L’ONU qui promeut les valeurs démocratiques et les langues, comment peut-être s’obstiner à ne promouvoir que l’anglais jusqu’à l’imposer ? L’anglais, en effet, a beau être la langue la plus parlée du monde.  Mais globalement, cela fait environ 800 millions de pratiquants dans un monde de 7 milliards.



Fautes d'orthographe du Français

Consultez-nous avant de toucher au français

Entre mutation et socialisation du français, s’ouvre une voie : celle du danger de dépréciation de la langue. L’accent circonflexe, le trait d’union et plusieurs graphies estimées compliquées se transforment ou vont disparaître. Evolution ! Seulement, on traite le Français comme une exclusivité de la France.

A première vue, rien d’anormal, dans la réforme du français entamée en 1990. Les langues, comme les humains, en effet, naissent, croissent, vieillissent puis, meurent. J’espère que l’on n’en est pas encore à l’ensevelissement du Français. Mais dans ces modifications, il y a une force qui tire par le bas la langue de Molière. Déjà le fait que la réforme ait attendu plus de 25 ans pour être appliquée traduit le doute. Tenez bien : de fenestre (proche du latin) à fenêtre, de teste à tête, … c’est une mutation, une histoire que porte « ^ », l’accent circonflexe. Mais de tête à tete, par exemple, il y a appauvrissement et confusion si l’accent devait tomber. Celui qui aura oublié le è sur tete placera le lecteur dans l’embarras, entre « tete » pour dire tête, et tete, une incorrection orthographique du verbe téter, 3e personne de l’indicatif présent.

Faute d’orthographe. Source: www.francebleu.fr

La grammaire française, toujours une science normative ?

Plusieurs ont appris « la fin de l’accent circonflexe », sans compter considérer que cet accent sera toujours là pour distinguer certains mots comme mur (substantif) et mûr (adjectif), « du » article partitif et dû, participe passé de devoir. « Sans accent circonflexe, il faudra se référer au contexte. Cela ne facilite pas non plus la tâche. Car, la forme des mots contribue à la compréhension », explique professeur Christian Kunda. Les rédacteurs maîtrisant les (désormais) vieilles règles, décideront du respect ou non des nouvelles. Mais quel dommage, cette relativisation pour une science normative : la grammaire ! On croirait que le glas de l’heure du français bien écrit a sonné. Connaître ou ne pas connaitre, c’est pareil !

Simplifier l’écriture du Français ou appauvrir la culture ?

La réforme du français de 1990 a la prétention de simplifier l’orthographe pour que plusieurs (français d’abord) écrivent bien. Si les gens écrivent de moins en moins bien, ce n’est pas forcément la faute à Gutenberg ou à l’ordinateur. La vérité est que bien écrire est un art. Et dit l’art sous-entend quelque chose d’un peu ésotérique : l’art n’a jamais été affaire des masses. On a beau atteindre 90% de taux d’alphabétisation. Cependant, en voulant simplifier l’écriture, la révolution industrielle (vue sous le prisme d’écriture) qui, à termes, est portée par les TIC, a minimisé progressivement l’exigence de maîtrise des règles, de Gutenberg à Internet. « Il faut comprendre cette évolution en la replaçant dans le contexte de l’industrialisation », explique Christian Kunda, professeur de français à l’Université de Lubumbashi.


L’ordinateur tend à gérer l’intelligence des langues. Et la réforme qui révolte certains, aussi bien en France qu’en RDC, se plie aux limites des TIC et accentuées par les TIC. Le français dans un logiciel, c’est pis que dans un dictionnaire où dort ! Le français s’enrichit non pas dans le sens figé des mots, mais dans le sens figuré, voire détourné. Le plus fort aujourd’hui n’est pas le grammairien ni l’académicien, mais un codeur-développeur, qui souvent n’est pas toujours pas amoureux de grammaire ou, grave encore, est anglophone, opérant sur des cellules francophones qu’on lui présente. Quand bien même (meme ?) il serait francophone, il ne serait pas toujours bien indiqué pour diffuser la langue. Pourtant, il le fait pour tous !

Le Français est aussi notre affaire, tenez compte de nous

L’ennui c’est que finalement, l’académie française qui a pourtant avalisé la réforme de l’orthographe s’avise à indiquer que l’initiative revient au conseil supérieur de la langue française, une institution de la France. Dans tous les cas, la France traite le français comme une propriété exclusive, à l’heure de la francophonie. La langue de Molière n’a plus un seul maître. Consultez-nous, pensez aussi à la planète françaiphile. Plutôt que de simplifier le français, l’académie (qui refuse toute paternité) aurait intérêt à trouver les voies de conjuration des fautes les plus criantes, en corrigeant les matrices logicielles sur lesquelles opèrent les techniciens codeurs-développeurs. Car c’est là que se joue l’avenir des langues, les usagers des TIC faisant de plus en plus confiance à leurs machines et programmes. J’ai le sentiment que les réformateurs ont loupé certains aspects des vrais problèmes.