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Un manifestant habillé en T-Shir estempié RDC

RDC : Sans histoire, aptes, bons citoyens

En République démocratique du Congo (RDC), il reste encore possible de vivre inaperçu, sans exister pour les services de sécurité, pour les fiscs ou pour la justice. Aussi étonnant que cela paraisse, en plein 21e siècle où les TIC numérisent les sociétés et les personnes, cet état de choses ne déplaît presqu’à personne.

C’est l’histoire de l’identification des citoyens, oubliée depuis les années 80. On sait seulement qu’il existerait 80 millions d’âmes réparties sur les 2,3 millions de km2 qui forment la RDC. Des citoyens de 35 ans, voire 40, des millions, n’ont jamais reçu des documents fondamentaux à leur naissance et, comme tous les majeurs, ils ont pour pièces d’identité « provisoire », une carte d’électeur !

Alors qu’en Europe les services de sécurité arrivent à suivre des personnes suspectées de criminalité grâce aux données identitaires, nom, photos, ADN, empreintes digitales, etc., chez nous, même les condamnés et prisonniers ont des casiers judiciaires blancs. Des citoyens corrects sauf, bien entendu, s’ils ont la fâcheuse décision de s’activer comme opposants politiques. Les autres, ils n’ont jamais rien fait. Ils peuvent changer d’identité ou de lieu.

Il tente de se marier deux fois à Lubumbashi

C’est cette histoire d’un homme qui tente de se remarier qui me rappelle à quel point les ordinateurs, internet acquis aux frais du contribuable ne servent que de gadgets dans certains services publics.

Drapeaux de la RDC

Le siège de l’assemblée du Haut-Katanga, Lubumbashi

Notre Jean-Jacques (pseudo) quitte femme et enfants, promettant voyager pour deux semaines, en Afrique australe. C’est la porte d’à côté à Lubumbashi, ville septentrionale de la RDC, en effet. Mais en réalité, il reste sur place, se mouvant librement dans cette ville de près de 4 à 6 millions d’habitants.

C’est jusqu’à ce que son épouse apprenne un vendredi, la veille de la célébration, que son mari est candidat à un mariage imminent dans une des communes de la ville. Elle se grouille et l’atteste. La polygamie, en effet, ça ne choque pas vraiment les mœurs en RDC. L’épouse, mariée selon la coutume, la religion et la Loi, débarque donc à un rendez-vous de confrontation des versions avec l’homme que l’Etat civil a convoqué illico.

Il ne désarmera qu’à l’apparition des enfants qui accourent l’embrasser, de retour du grand voyage, et après avoir nié son épouse, malgré qu’ait présenté le certificat d’enregistrement du mariage jamais dissout.

Tout le monde est de bonnes conduites et mœurs, et apte

Histoire vraie ! Mais quelle histoire pour le sérieux de nos services publics ? Tout dossier s’arrange avec de l’argent, des agents vous y aident en plus. Aucun souci de vérifier le passé des demandeurs des documents publics. Bien entendu, ce n’est pas de leur faute s’ils ne peuvent accéder aux données d’autres entités administratives. Mais quelle administration à l’heure des ordinateurs, des réseaux et des logiciels ? Comment nos actes de naissance peuvent-ils être sérieux, nos attestations d’aptitude physique ou de résidence valoir quelque chose ? Même le policier le plus sérieux et honnête ni peut rien.

Je me rappelle que plusieurs fois dans des cabinets où sont délivrés des certificats d’aptitude physique, tout le monde est « apte à tous travaux », même les myopes n’ont « aucun problème à signaler! » Je me rappelle n’avoir pas encore rencontré parmi les nouvelles recrues des universités, par exemple, quelqu’un dont l’Etat-civil a fait mention de son passé judiciaire ou morale sur son attestation de bonne vie est mœurs. Tout le monde est correct ! Quel monde !



Livre de Christian Kunda Mutoki, Lubumbashi

Excès de bière et de prière à Lubumbashi

Des excès dans la bière et dans la prière à Lubumbashi, deuxième grande ville de la République démocratique du Congo. L’écrivain et professeur d’université Christian Kunda Mutoki s’y attaque dans un livre, craignant pour le développement du pays.

« Aucun pays au monde ne s’est développé avec la prière seulement ». Pas non plus avec une population faite des ivrognes, estime Christian Kunda, auteur du livre « A propos de la bière et de la prière », publié aux éditions Edilivre, à Paris. C’est une satire à laquelle il se livre.

L’auteur espère éveiller les « esprits éclairés », ni soûls ni envoûtés. Il n’ignore pas la résistance que va rencontrer son courage qui le mène sur un terrain où ne s’essaient pas les politiques. Son livre commence par une mise en garde aux sonorités invitatoires :

« Réflexions interdites ivrognes, aux soulards, aux alcooliques, aux enfoirés, aux prieurs gauches, aux fumeurs de chanvre et à leurs corollaires directs : bandits de grand chemin, professionnels et chevronnés du sexe, déchéance humaine, voleurs et violeurs, pillards et pilleurs, marchands de rêves et rêveurs, des rêves, toujours des rêves, des illusions, toujours des illusions. »

Christian Kunda, professeur à l'Université de Lubumbashi

Christian Kunda est professeur à l’Université de Lubumbashi

Des ivrognes parmi les enfants à Lubumbashi

Voilà qui définit même l’univers sur lequel porte saréflexion. C’est un monde qu’il a suffisamment observé avant de l’écrire, à Lubumbashi. Boire est devenu une préoccupation majeure pour plusieurs. « Boire comme si nous étions les premiers et les derniers à vivre, boire tout… Tout ce qui mousse est prenable », écrit l’auteur.

D’où la question majeure de son livre : « Est-ce que nous pouvons nous attendre à un développement adéquat de notre ville, de notre pays, si nous avons majoritairement des soulards et des ivrognes ? » A Lubumbashi, il n’est pas étonnant de rencontrer des gens ivres déjà le matin, à 8 heures. Les ivrognes ont parfois moins de 20 ans et sont étudiants.

Boire n’est plus un simple plaisir. Un seul individu peut aller jusqu’à 14 bières, parfois mélangées aux aphrodisiaques en poudre, beau marché dans les débits de boissons et presque partout dans les rues de Lubumbashi. Les violences sexuelles ne peuvent être loin de ces lieux des excès, lorsque bière et aphrodisiaques se combinent. Christian Kunda l’a observé :

« Boire avant de voler, boire avant de violer, boire avant de spolier, boire avant de prêcher la parole de Dieu… boire un peu avant de pourrir. »

Pour le réalisateur de cinéma Fils Ngeleka, cette forte consommation de bière est une expression du sous-développement qui frappe la RDC. « Les gens espèrent cacher leurs problèmes dans l’alcool et dans la prière. »

De la bière à la prière, mêmes débauches

L’écrivain Christian Kunda pense que les églises congolaises n’ont pas pu sortir les croyants de la médiocrité. Il constate que le vol, les viols, le mensonge et les violences « comme récemment à Beni, continuent dans un pays où les gens prient beaucoup ». D’où la remarque qu’«il n’y a aucun pays au monde qui a réussi à développer son économie grâce à la prière.»

Le livre de Christian Kunda s’attaque ainsi aux excès de prière qui ont endorment des personnes capables de travailler. Il faut stopper les vendeurs de rêves et les rêveurs, propose-t-il de faire. « En tant qu’intellectuels, nous avons le devoir de nous arrêter et dire à ces pasteurs : arrêtez de tromper le peuple de Dieu ».

C’est un des rares qui l’ont ainsi compris, peut-être, parmi les pasteurs des églises de réveil : l’ancien président de la Commission électorale de RDC. Daniel Ngoy Mulunda surprenait, alors qu’il venait de déposer sa candidature aux législatives provinciales, en 2015 : « On ne va pas changer ce pays avec des jeûnes et prières. » Mais ces mots lui ont valu des critiques.

Christian Kunda a le mérite de dénoncer, peut-être le premier, les déviations dans la prière et dans la consommation de la bière à Lubumbashi. Peut-être son livre constitueront-t-il le viatique pour la difficile désintoxication populaire à l’alcool et à la prière qui endort.



Moïse Katumbi à la croisée des chemins

Deux chemins s’ouvrent devant l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, et opposant à Joseph Kabila : l’exil et la prison. Du choix qu’il va opérer entre ces deux maux, dépendra son avenir politique en République démocratique du Congo. Katumbi, en effet, est candidat à la présidentielle prévue en 2016.

Le procureur général de Lubumbashi a décidé de ne pas poursuivre avec les auditions de l’ancien gouverneur du Katanga, accusé de recruter des mercenaires. Accusation portée par le ministre de la justice Alexis Thambwe, qui a aussi ordonné les enquêtes (lire Le Soft International). Le procureur a donc renoncé à la confrontation des suspects dans cette affaire, notamment l’américain Darryl Lewis, présenté comme le cerveau du mercenariat imputé à Katumbi. Ce dernier nie toutes les accusations et explique que Darryl Lewis travaillait pour sa sécurité.

Katumbi doit choisir entre la peine de mort et la prison

Moïse Katumbi arrive au palais de justice de Lubumbashi pour une audition, vendredi 13 mai 2016. Photo M3 Didier

Moïse Katumbi arrive au palais de justice de Lubumbashi pour une audition, vendredi 13 mai 2016. Photo M3 Didier

Le plus intéressant, c’est de considérer l’optimisme du procureur qui inculpe Moïse Katumbi d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat : il laisse libre le prévenu, actuellement malade, de se faire soigner à l’étranger ou en RDC. C’est sans crainte de fuite, et pour celui qui veut vraiment juger et faire appliquer la justice, ce laxisme étonne.

Une fois en exil, revenir au pays pour le candidat à la présidentielle équivaudrait à aller directement en prison. Le procès qui l’attend sera une simple formalité : le gouvernement se montre déterminé à obtenir sa condamnation.

Les faits imputés à Moïse Katumbi sont punis de mort, d’après le code pénal congolais. Il faut être suicidaire pour revenir chez soi dans un tel contexte. Le mandat d’arrêt provisoire du procureur dit en d’autres termes : Moïse Katumbi, sauve-toi et oublie ta candidature à la présidence.

Mais l’exil est aussi suicidaire que le retour au pays ou le refus de l’exil. A coup sûr, il annihilerait tout espoir de participer à la présidentielle, pour Katumbi. Il ne contrôlera plus rien sur le terrain, il n’inquiétera plus personne et sera présenté comme un fugitif, ayant peur de la justice parce que coupable.

Moïse Katumbi, meneur de jeu

Quoi qu’il en soit, le meneur de jeu, dans cette affaire, c’est Katumbi lui-même. Président du Tout-Puissant Mazembe, le célèbre club de football basé à Lubumbashi, il comprend bien ce que cela veut-dire mener un jeu. C’est ce que veut dire le choix que lui laisse le procureur. Va-t-il marquer des buts, ou se limiter simplement à dribbler et développer son bon jeu, offrant des spectacles, comme il l’a fait durant les trois jours de son audience popularisée ? Il peut compliquer la tâche à Kinshasa mais aussi la lui rendre facile : tout cela dépend de la décision qu’il va prendre maintenant et après ses soins en RDC ou à l’étranger. Une condamnation en martyr devrait lui rapporter beaucoup de gains politiques, mais la question c’est comment se tirer de ces accusations graves ?