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Défenseurs des Droits humains versions web 2.0 à Lubumbashi

Malgré leur pénétration assez considérable en RDC, les TIC n’avancent pas auprès des journalistes. Cette catégorie professionnelle est l’une des plus en retard en ce domaine et cela inquiète.

Maître Hubert Tshiswaka, avocat au barreau de Lubumbashi, dirige l’Institut des recherches en droits humains, IRDH. Sur sa table, deux téléphones connectés, avec wifi, What’s App, Facebook, Twitter et You tube, plus un PC dernier cri, à écran tactile. C’est un des rares activistes de la société civile qui ont compris que les médias sociaux sont porteurs de changements. Son rêve, influencer la RDC sur le plan des droits et libertés, y compris sur internet.

« Ce qui a permis de changer au Burkina Faso, par exemple, c’est la rapidité de la communication. Et cette rapidité, c’est la jeunesse, ce sont les réseaux sociaux. »

Les défenseurs des droits humains se tournent vers les médias sociaux à Lubumbashi

Le palais de justice de Lubumbashi. Photo M3 Didier, octobre 2015

Éduquer les congolais aux médias sociaux

Or, l’intégration de ces nouveaux médias est difficile en République démocratique du Congo. Pas qu’ils soient simplement difficiles d’accès parce qu’onéreux, mais surtout parce que, selon le juriste, les journalistes s’endorment. Les médias sociaux comme moyens de communication sont « difficiles, pas adaptés à notre société », la société congolaise. Il faut donc une éducation.

Plutôt, le problème se poserait en termes d’adaptation des utilisateurs aux médias sociaux. C’est d’abord faute d’attraction, d’exemples concrets. Nombre des journalistes sont dans la profession non pas par conviction, mais parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux ailleurs. La conséquence c’est l’extension des pratiques qui n’améliorent pas l’image du journaliste comme le monnayage de l’information. La pratique ne surprend plus et semble n’indigner personne désormais.

« Les journalistes bloquent les défenseurs des Droits humains : ils demandent de l’argent même pour leur formation ! », s’étonne Me Tshiswaka.

L’argent d’abord, liberté d’expression après

Là, il y a deux cas explications. Soit la presse juge carrément de la communication, certaines sorties des défenseurs des droits humains, soit alors dans le contexte du juriste, ils bloquent réellement l’information parce qu’ils ont besoin d’argent. Dans ce cas, ils bloquent l’information. Ce qui désole Hubert Tshiswaka : plutôt que de soutenir, par exemple, la lutte pour la liberté d’expression,

« Les journalistes préfèrent aller vers ceux qui parfois détruisent ce principe, parce qu’ils donnent de l’argent»

La RDC, contrairement à plusieurs pays voisins, jouit d’une liberté d’expression relativement manifeste. Seulement, médias et acteurs de la société civile n’osent pas capitaliser cet acquis.

« Ce qui tue les congolais c’est l’ignorance de profiter de notre liberté ».

Pour atteindre les congolais, l’IRDH presqu’ainsi coincé par les médias, se tourne vers les médias sociaux. Au départ, en entre 2002 et 2005, les défenseurs des droits de l’homme envoient des mails à au moins 1000 personnes, avec espoir qu’au moins 10% les feront suivre à leurs amis. Mais Lubumbashi n’a alors qu’un seul cybercafé. L’opérateur est des rares qui ont une adresse mail, seul canal pour l’envoi des mails privés. « Parfois, le renseignement venait lire nos rapports, avec nous, derrière l’opérateur », explique le responsable de l’IRDH. Plus de secret alors. Heureusement pour les défenseurs des droits humains, puisqu’ils n’étaient pas arrêtés sur place. « Ils avaient besoin de tout comprendre : à qui nous envoyons, qu’est-ce que nous disons dans nos rapports ? »

Ensuite, ce fut une distribution gratuite des communiqués de presse sur 2 ou 4 pages, dans les rues de Lubumbashi, au grand dam des médias qui se trouvent contournés. « La population a beaucoup aimé. Mais comme toujours, d’autres personnes ne voulaient pas nous lire. »

Même disposant des connexions mobiles, les journalistes n'avancent pas assez dans les TIC en RDC

Un téléphone 3G donnant accès facile à Internet

Internet pour contourner les médias classiques à Lubumbashi

Avec les réseaux sociaux, mais aussi avec son site internet, l’IRDH compte désormais sur la présence de plus en plus accrue des jeunes sur internet pour parler des droits humains, distribuer des alertes et en sectionner parmi des milliers qui arrivent sur Tweeter et sur Facebook.

« Nous sommes en train de suivre les personnes pour les atteindre où elles sont… la société congolaise a besoin de luter, des journalistes ne l’ont pas compris et n’y participent pas ».

Maître Hubert Tshiswaka regrette que les journalistes ne se mettent pas à jour, en termes de l’usage et de l’appropriation des médias sociaux. Les politiques ont pris de l’avance sur plusieurs médias. Le phénomène Moïse Katumbi sur Twitter en est une éclatante illustration. Dans un mois, il a atteint 26.000 followers, dépassant Vital Kamerhe jusqu’alors premier de RDC.

Depuis, les politiques s’invitent de plus en plus sur les réseaux sociaux. Hubert Tshiswaka pense que tous n’ont pas les mêmes objectifs. « Les uns pour espionner, les autres pour leur publicité. » Et voilà que dans ce cas, internet congolais reste pauvre de contenu.

Pourtant, les mois et les années qui viennent vont être déterminants pour l’exercice des libertés en RDC. Y compris la liberté d’expression.

« Soit nous réussissons l’alternance et nous continuons en améliorant les acquis actuels, soit nous la ratons et nous basculons dans l’instabilité et le durcissement du régime. »

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Médias étrangers et informations sensibles en RDC

Liberté d’informer et de l’être, liberté de savoir, « tout savoir », … voilà ce que réclame le monde d’Internet, des TIC et des médias internationaux, sans frontière et parfois assimilés aux affaires étrangères de leurs pays d’origine. Le secret est en détresse, pourtant il ne s’est pas déclaré vaincu. Droit de tout savoir pour les citoyens contre devoir de ne pas « tout » dire pour les gouvernants, au nom des « stratégies » ou raisons d’Etat ; et les frictions ne manquent !

Médias étrangers et infors sensmbles en RDC

Médias étrangers et informations sensibles en RDC

En République démocratique du Congo, les médias internationaux (occidentaux), trop dans les TIC[1], prennent plus d’importance et tendent parfois à remplacer les médias locaux. Ils contournent le contrôle médiatique du pouvoir et surtout s’ouvrent même à l’opposition :

  1. Parole au pouvoir : les médias internationaux permettent de dire et montrer au monde un Congo qui change. Pour ça, très peu refusent l’interview de RFI, France 24, Jeune Afrique ou BBC. A l’inverse, lorsqu’il faut parler de corruption, d’insécurité, des droits de l’homme, ces médias énervent.
  2. Parole aux opposants politiques parfois sans accès dans l’audiovisuel local. Presque toujours aux antipodes de l’action publique, les opposants énervent et derrière eux, les médias (occidentaux) qui leur donnent la parole.
  3. La société civile, celle des ONG et activistes de la société civile accède aussi aux médias internationaux. Critique elle aussi, elle se voit cataloguée à l’opposition.
  4. Enfin, le reste de la société, les clercs ou intellectuels d’abord. Leur nombre est croissant (plus de 40 %) s’équipent en antennes paraboliques. Et par l’indiscrétion d’Internet, des réseaux sociaux et du téléphone, c’est tout le monde qui apprend ou découvre ce qui se passe, aspirant bien sûr à consommer les informations par bouquets satellitaires. La part des opinions à tendance négative sur le pouvoir inquiète ce dernier qui lui aussi a besoin des opinions favorables. D’où la phobie des dirigeants des médias occidentaux.

Guerre de contrôle des opinions

Il se trouve dès lors que pouvoir public et médias étrangers opèrent sur la même matière : les opinions dont la crédibilité, en termes d’information ou de communication publique, reste la clé de voûte. Le pouvoir en RDC ne peut s’assurer de contrôler les sensibilités ou informations sensibles. Le téléphone, les réseaux sociaux, le blogging, les blogosphères du type Mondoblog et les correspondants de presse contribuent à la déroute du secret prolongé. A l’heure du téléphone appareil à tout faire, il ne faut pas compter sur la discrétion de tous. Il y a toujours quelqu’un qui filme, qui enregistre un son et le partage sur un blog ou un réseau social.

La critique gêne

Source: radiookapi.net

Source: radiookapi.net

Dans un pays pas encore habitué aux controverses à travers les informations, et dans une situation d’opinion internationale parfois déformée par une instabilité politique qui dure voici 20 ans, dire responsabilité journalistique pour dire « attention aux « sensibilités »» peut confusément être perçu comme une sorte de sagesse, plutôt que de souffrir. Quitte à voir une presse qui provoque une désaffection de son public au profit des médias alternatifs : médias étrangers. La voie de la critique, même s’il est difficile d’établir formellement qu’elle est absente en RDC, n’exclut pas des représailles du genre médias fermés, signaux d’antenne brouillés ou coupés. RFI en a déjà fait des frais, au moins 3 fois depuis 2006. Pourtant, cela est loin d’être une simple hostilité congolaise face aux médias étrangers et à la critique. Récemment, au Rwanda de Kagame, BBC a été punie pour s’être voulue libre en parlant du génocide rwandais sous une vision que ne partage pas Kigali. Mais en tout, apparaît clairement le refus de la critique, de la voix contraire ou la troisième voix (neutre ?).

Comment gérer alors les informations sensibles, mieux les sensibilités en tant que journaliste en Afrique ? Et, à l’heure de l’ubiquité et même de la » mobiquité » de l’information, le pouvoir peut-il espérer gérer les sensibilités, les secrets ? Jusqu’où ? Pourquoi l’Afrique francophone (certains pays) s’en prend-elle plus à RFI qu’à BBC et pourquoi celle-ci vit-elle la situation de RFI dans les pays anglophones ? Le monde serait-il, jusqu’ici, encore divisé entre puissances en termes de zones d’influences médiatiques, et donc d’influences politiques ? Autrement dit, pourquoi RFI en 24 langues est gratuit alors que dans l’Hexagone, les médias de la taille de RFI et France 24 sont payants ?

Voilà quelques-unes des questions abordées dans mon deuxième livre « Médias étrangers et informations sensibles en RDC. Influences et rêves à l’heure d’internet », 188 pages, qui vient de paraître aux éditions universitaires européennes, le 25 juin 2015 ; ISBN : 978-3-8416-6589-8. Il est accessible sur Morebooks. Je vous le recommande vivement.

[1] Sur Internet, par câble, par satellite, en FM, en Ondes courtes, en Ondes moyennes, etc.

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RDC : La TNT, ennemie de toutes les télévisions

On pourrait facilement la qualifier d’« ennemie commune à toutes les télévisions congolaises », la TNT, Télévision numérique terrestre. Admise depuis 2006 par le gouvernement, la TNT arrive alors que presque personne ne l’attend : déjà le 17 juin 2015. C’est˗à˗dire, en principe à cette date, la RDC arrête la télévision analogique, mais sans l’arrêter. Elle sera là sans être là !

Les chaînes la consommation des télévisions étrangères cryptées augmente en RDC. Photo M3 Didier

Les chaînes la consommation des télévisions étrangères cryptées augmente en RDC. Photo M3 Didier

L’annonce de la fin de la télévision analogique a eu l’effet d’une petite bombe en milieux urbains, principalement à Kinshasa et à Lubumbashi où le taux de pénétration (et partant, de la consommation) des téléviseurs est le plus fort du pays. Les autorités ont dû finalement, en retard, concevoir un message d’apaisement par des comédiens. Dieu seul sait si les masses le pigent. Une chose au moins est sûre : pouvoir, médias et journalistes, et la communauté des consommateurs des médias sont dans l’embarras. Le ministre des médias est revenu, avec un autre discours, annonçant un basculement progressif vers le numérique. Et donc, la TNT attendra dehors, tant pis s’il pleut, le temps que l’ramasse ses clics et ses clacs. Hélas, ça risque de prendre du temps ; et c’est en deux étapes : d’abord jusqu’en décembre 2015, c’est d’ici là, comme obtenu des États de la sous-région où seul le Rwanda a complètement fini sa numérisation. Ensuite, jusqu’en 2020, et on ne parlera plus que de la TNT.

Le tracas du gouvernement

La RDC parle de la TNT voici seulement deux ans alors que le protocole de Genève a été signé en 2006. En 10 ans, le pays n’a pratiquement rien commencé. Pas même des lois. Mais ce n’est sans doute pas le seul en retard sur le continent ! Sa charge elle, est grande. Pas moins de 515 millions de dollars américains sont proposés par l’entreprise de télédistribution chinoise Star Times, des prêts à 2% d’intérêt des banques chinoises, remboursables jusqu’en 2020, pour cette métamorphose qui ne promet pas de révolution médiatique. Cela ne concerne que l’infrastructure de base et la numérisation de la télévision officielle : 1 + 12 chaînes nationales à éclater en 26 pour les provinces à naître. Plus de 70 télévisions privées devront se débrouiller ou fermer. Pas de promesse de prêt de la part du gouvernement lui-même en attendant plusieurs de ses partenaires. Bref, on n’en est qu’au balbutiement de l’ère TNT.

Capture d'écran

Capture d’écran

Les privés menacent de fermer

Pour les privés, la TNT n’est pas comprise. Même après explications claires et assimilation de l’ABCD. La sensibilisation effective n’a commencé qu’en mai 2015 à Kinshasa, à Matadi a atteint Lubumbashi en début de juin 2015. La commission ad hoc elle-même a été mise en place seulement le 13 septembre 2014. En décrétant l’interdiction de « tout trafic de téléviseurs analogiques », le ministre des médias n’a pas dit aux télévisions qu’elles vont renouveler leurs matériels et que cela coûte très cher. Déjà le matériel analogique est prohibitif pour des médias qui ne vivent que de publicité moins développée et moins salée. Pour des responsables des médias, généralement des politiques en quête de publicité et propagande, renouveler du matériel par ce temps préélectoral qui court est chose difficile. Certains envisagent de fermer. Craignant pour leur emploi et n’y comprenant goutte, des journalistes ont renforcé le flux de rumeurs sur la TNT. Dans l’hypothèse où certains médias devraient rendre payants leurs contenus, un renouvellement du personnel et de l’approche même de l’information s’impose.

Le public inquiet

Pour le public moins favorisé (pauvre), payer pour la consommation des médias étant écarté par le pouvoir public à propos des médias officiels, la TNT dérange en ce qu’elle les oblige à abandonner les téléviseurs analogiques pour les LCD. Le plus simple est vendu à 150 USD. Il faut plusieurs mois de privation pour un enseignant, par exemple pour se l’offrir. Sans doute, des décodeurs vont permettre de contourner cette difficulté et garder les téléviseurs analogiques. Mais en plus, ils risquent d’être privés des médias privés qui les intéressent et qui seront tenté de rendre payants certains programmes. La fin de la Tv gratuite ne plaît pas.

L’heure de vérité : vivre ou disparaître

Renouveller le matériel coûte cher aux télévisions privées. | Photo M3 Didier, 2013

Renouveller le matériel coûte cher aux télévisions privées. | Photo M3 Didier, 2013

Déjà la télévision publique est en perte de vitesse depuis l’arrivée des privées, ouvertes à la critique, à la concurrence et plus proches du public jeune par leurs programmations. Mais globalement, les télévisions congolaises souffrent d’une maladie presque congénitale pour être des créations des politiques avides de publicités, et ne dépendre que des ressources publicitaires. Sans budget pour un travail de terrain et à fond, et les reportages ont tendance à être institutionnalisés ; difficile en plus d’établir des limites entre communication et information journalistique. L’heure des interrogations a sonné : faire payer ou non la consommation des médias locaux en RDC. Si oui, quoi proposer qui soit payable ? Que des programmes soient payants ou non en RDC, la TNT devra peut-être stimuler de nouvelles programmations. La pression des bouquets satellitaires n’augure rien de bon pour l’avenir de la télévision congolaise en terre de concurrence. Accessibles déjà à 2 dollars la chaîne, pour un mois, même les moins nantis attendent le jour où ils s’offriront cet attribut d’un certain bien-être social !

Question des contenus

Même des séries locales ne sont pas encore produites de manières à alimenter régulièrement les télévisions locales. Plusieurs télévisions copient des films et séries sur des chaînes cryptées ou les téléchargent sur internet. La TNT sonnera alors le glas de cette période de télévision sans norme et à peu près ignorant droit d’auteur, droit de diffusion, crédit photo, … et parfois même citer les sources. Alors certaines télévisions resteront vides de programmes intéressants ou courront le risque d’être poursuivi par des diffuseurs et producteurs des contenus occidentaux. Et donc, en ultime conséquence, elles resteront moins sollicitées par les congolais eux-mêmes alors que la consommation des médias étrangers croîtra. Voilà pourquoi l’Etat a tout intérêt à sauvegarder le pluralisme médiatique actuel en soutenant des télévisions privées, bien entendu viables, pour que les pauvres ou défavorisés ne soient pas sommés de ne consommer que la télévision officielle qui on le sait, n’attire plus assez de monde.

Pour les télévisions privées, le choix est simple : ou on continue dans la propagande parfois aveuglée et qui énerve les publics et on ne va nulle part, ou alors on s’amande et on avance. Et c’est le plus dure, mais pas l’impossible. Voilà qui rend encore, une fois de plus, indésirable cette TNT qui arrive comme un persécuteur et un bourreau.