Tag : Terrorisme

Libre ensemble, et le terrorisme stoppé

Les récents attentats au Grand Bassam et à Ouagadougou obligent l’Afrique et le monde à agir ensemble pour retrouver leur liberté. Seul, face au terrorisme international, on a beau être puissant et riche : on ne peut pas grand-chose. Libre, c’est ensemble !

Le ministre burkinabè Simon Compaoré  a proposé une coopération des pays de l’Afrique de l’Ouest dans le renseignement, lors de sa visite en Côte d’Ivoire, après l’attentat au Grand Bassam. Après coup ! Plusieurs personnes souhaitent bien plus qu’un partage d’informations. Les épreuves sont faites, malheureusement, pour que passées, les survivants et les victimes en tirent des leçons. Mais quelles leçons l’Afrique a-t-elle tirées des attentats qui ont endeuillé l’Afrique de l’Est et le Maghreb ? Voilà que les terroristes arrivent à l’Ouest et au centre ! De nouveaux défis ! Malgré les bonnes volontés qui combattent le terrorisme, l’Afrique n’a pas encore de politique et une coordination des actions en la matière. Comme le font déjà, presqu’ensemble, la France, l’Angleterre et les Etats-Unis qui qui combattent le terrorisme, seuls, des Etats africains mis à rude épreuve, sortent du silence pour se défendre. Oui, se défendre plutôt que de combattre par conviction, le mal qui s’impose : le terrorisme international qui devenu une nébuleuse. L’Afrique attend son salut de l’Europe et de l’Amérique déjà sur plusieurs fronts.

 ARA Mirades (A Majeed / AFP) | Flickr

ARA Mirades (A Majeed / AFP) | Flickr

Se taire pour se libérer ?

Qui voudrait offrir aux terroristes des papiers pour un séjour gratuit et sanglant sur son territoire ? Face à la terreur, plusieurs Etats préfèrent se taisent plutôt que de fourrer leur nez dans une campagne qui finira pour eux. La France, par exemple, a été frappée, prétendument pour s’être engagée contre Daech au Moyen-Orient, Aqmi et Boko Haram en Afrique. Après tout, il n’y « pas de pleur chez le peureux », dit un proverbe congolais. Mais que le Mali, le Burkina et la Côte d’Ivoire aient été  récemment frappés, démonte que les terroristes n’ont pas de limite. Même visant les occidentaux, ils n’ont pas épargné ces Etats qui ne les menacent pas du tout, théoriquement. La terreur, comme la violence, en effet, fait tâche d’huile et est aveugle !

Libres ensemble

Qu’ils se taisent ou qu’ils le combattent de front, face au terrorisme, les Etats défendent leur liberté. D’après leur rhétorique, les terroristes eux aussi, veulent rester libres, même dans une folie meurtrière ou dans des égarements religieux. Etre libre, chacun se l’imagine différemment. Mais la liberté reste universelle et rime avec fraternité, tolérance et égalité. La liberté forme des amitiés, elle rassemble. Une liberté non pas de nuire, mais de bâtir, de sauver et de supporter ceux qui pensent autre ment que soi.

Libre c’est ensemble. Etre un monde, un continent, et faire face au terrorisme ou à toute autre menace nous force à être ensemble. L’affaiblissement, peut-être la chute, des sécessionnistes maliens, est un signe que pour être libre, on a besoin d’être ensemble, de se souder les coudes. C’est ce qu’ont fait les alliés face à Hitler durant la seconde guerre mondiale, c’est ce font les Etats-Unis, l’Union européenne, c’est le rêve qu’ont nourri les fondateurs de l’Union africaine. Libre, c’est ensemble, de toutes façons !



Terrorisme, la tombe de la solidarité africaine

C’est peut être un pur hasard, mais pour plusieurs africains, les dirigeants africains, en tout la plupart, sont mal charitables. Alors que le Burkina Faso a été frappé par un meurtrier attentat terroriste, plusieurs gardent leur silence. Pas de solidarité « africaine chantée », attendue, pas même des condoléances.

Discussion entre amis, sur le soutien ou non « des autres » lorsque l’Afrique est frappée. J’ai préféré, pour ma part, m’occuper des africains. En janvier 2015, un attentat terroriste frappait Paris, à Charlie Hebdo. Des chefs d’Etats africains s’étaient empressés d’être Charlie. Qu’il faisait commode de l’être, en effet ! Mais quelle implication ? Rien d’étonnant. Pendant ce temps-là, les africains ordinaires tirent de leurs menues bourses, papier et crayons ou payent leur connexion Internet pour dire leur refus de la terreur : #JesuisCharlie, #PrayforParis, mais aussi (faiblement !) #JesuisGarisa. Les dirigeants africains, eux, tirent des budgets hybrides (des bourses menues et des aides européennes), et passent de longs coups de fil ou payent l’avion pour flatter François Hollande et faire leur publicité mondiale.

Plus de solidarité africaine pour l’Afrique

Il y a des choses qui ne tournent pas bien dans la solidarité africaine des dirigeants. Et dans la nôtre, citoyens ordinaires et blogueurs crieurs ? – J’ai twitté toute la soirée de l’attaque de Splendid hotel. Et c’est tout ? Vous rigolez ! Oui, en effet. Nos taxes et impôts devraient servir aussi à cette solidarité. Et puisque cela semble ignoré, c’est un rappel ! C’est ce que font aussi « les autres ». Les européens qui interviennent au Mali sortent d’abord leur sou.

Hotel Splendid

Source: France bleu

On ne compte plus les « anti-néocolonialistes » ou « anti-impérialistes » tirant à hue et à dia. Mais combien, face à l’épreuve, mettent la main à la poche ou endossent la tenue de combat, comme Paul Bya, après coup, pour stopper Boko Haram ? En Afrique prétendument de solidarité, le discours est silence lorsqu’il faut de l’argent pour la paix ! Oui, une spirale du silence qui finit par enliser l’espoir de toute fraternité africaine.

Trois exemples pour dire incapacité de faire preuve de courage et de solidarité :

  1. Ebola frappe l’Afrique de l’Ouest. L’affaire est quasiment abandonnée à la sous-région, même si l’Union africaine entre en dance un peu plus rapidement que des Etats. Et le monde accourt pour sauver l’Afrique, comme un éternel bébé !
  2. La Lybie brûle depuis la mort de Kadhafi. Bien entendu, une situation qu’aucun pays africain n’a provoquée. Mais Aqmi, Boko Haram, etc. sont là et menacent désormais tout le monde. On préfère mourir qu’anticiper et prévenir.
  3. À Paris, enfin, après Charlie hebdo ou Bataclan, en précipitation, la solidarité africaine apparaît ! Oui, il fallait être là : belle publicité, et ça fait plus à la mode de se dire anti-terroriste, de même qu’il faut aujourd’hui être un peu bio dans son discours !

La solidarité africaine n’est pas présidentielle

C’est important de montrer sa solidarité auprès de ceux qui ont déjà les moyens d’assurer leur défense. Mais cela ne fait ex abrupto des solidaires. Avec ou sans aide africaine, la France, l’Angleterre, etc. peuvent s’attaquer au terrorisme. Et donc, ici,  la vraie solidarité, pour les africains, c’est soutenir les voisins en péril, fragiles désireux d’aide : Mali, Burkina. Du coup, la terre de la solidarité se définit clairement, pas en Afrique ! De toute façon, faut-il attendre quelque solidarité des pays africains où des citoyens meurent dans une prise d’otage, mais la télévision nationale montre un documentaire sur les hauts faits du président fondateur ?

Face au terrorisme, on ne se tait pas

Face au terrorisme, on ne se tait pas. Ça marche un temps, mais l’histoire finit par vous rattraper. C’est bien une dangereuse stratégie qu’adoptent les Etats africains. Si l’on devrait considérer que les islamistes ont besoin de bâtir un califat ou un Etat théocratique, basé sur la charia, ils frapperont où c’est vraiment faible. Même chose si l’on ne considérait que la seule volonté de terroriser. Et, où c’est faible, en Afrique, c’est presque partout ! Et là donc, c’est globalement tous les Etats africains qui devraient se souder les coudes et mettre en place une vraie politique commune contre le terrorisme. Voir longtemps le Kenya souffrir du terrorisme, seul et sans aide des puissants, est bien une triste expression de solidarité africaine.

Burkina et Ouagadougou, vous avez compris que l’Afrique c’est avant tout vous-mêmes. Oui, ne comptez pas sur la solidarité africaine présidentielle. A Tombouctou ou à Garissa au Kenya, c’est la même leçon : comptez sur vous-mêmes. Ici, la fraternité ce n’est pas face au terrorisme. L’Afrique des palais présidentiels n’est pas africaine.



Paix à Paris! Et vous, apprenez à valoriser vos compatriotes

Ma lettre aux congolais qui récriminent contre Paris après le 13 novembre

J’ai mâché ma colère contre la profanation de la capitale des libertés, Paris, par des voyous du Daech. En réalité, je ne savais trop par où commencer, pour un billet sur mon blog. Dans mon cœur, je l’ai écrit à l’encre de mes yeux, en mordant ma langue, les yeux sur une fenêtre ouverte par France 24, mes oreilles sur la compagne RFI.[1]

Je suis citoyen du monde, je prie pour Paris

De la colère ! Oui, parce que je suis importuné, offensé. Je sors de ma peur. Les terroristes ont sorti même des « Etats quelconques » de leur peur pour condamner. Puisque l’homme demeure sacré. Mais qui tue, doit être attaqué et stoppé. Vas-y la France ! Je suis Paris !

Marche de Pris après l'attaque à Charly Hebdo. Source: wikipedia

Marche de Pris après l’attaque à Charly Hebdo. Source: wikipedia

Alors le 14 novembre, dans la soirée, sur un What’s App des blogueurs de RDC, un ami nous rapporte l’incohérence qu’il y a à être Paris et à prier pour la ville lumière. Paris de l’opération Turquoise, occasion de déstabilisation de l’Est de la RDC, avec ses 5 ou 8 millions des morts. Paris capitale de la France-Afrique ! Cap Matin, Mobutu, Chirac, … Paris ! Pari !

Moi, je soutiens les français parce qu’humains, en plus, parce que des hommes sont morts. La France, parce que le monde, c’est chez moi. Je suis citoyen du monde, même vivant au Zaïre.

Paris et la RDC

J’ai hésité. J’ai décidé enfin de répondre, au risque d’être attaqué. Ville lumière, Paris n’est pas dans le noir après le passage des terroristes. Pas non plus après des critiques qui fusent de partout. Je sais au moins que de Paris, Chirac et Vallery ont dit stop aux violences en RDC ! L’ONU a bougé. Je sais que Hollande et Sarkozy, bien que maladroits un temps, ont soutenu « l’intangibilité des frontières de la République démocratique du Congo. »

Je vous laisse libres de critiquer ce qui vous choque. Mais je crois que vous avez tort, nous avons tort, nous congolais, de croire que le mal dont nous souffrons vient de l’Occident. N-O-N. Il y a toujours nous-mêmes largement au centre de nos problèmes.

Pour revenir à Paris frappé, surmédicalisée, je trouve plutôt un bel exemple. Trois mots : « copiez, puis collez » La communication de la France ! Congolais, vous ne savez pas pleurer vos morts. Voilà votre problème. Vous ne savez pas communiquer. Vous attendez qu’on vous aide. « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

Savoir honorer ses morts, signe de grandeur

Quatre raisons expliquent la déception des congolais, à voir la France ranger derrière elle le monde pour pleurer ses morts, nos morts :

  1. RFI et France 24 sont des plus consommés par des « intellectuels », en ville. Or, depuis les attentats de Paris, ces médias ont un temps arrêté leurs programmes pour des éditions spéciales, alors que les déçus des médias congolais (où l’info c’est l’institution), attendent parfois en vain des infos sur leur pays, sur le monde.
  2. Les médias congolais, surtout officiels sont occupés par des dirigeants. « Le peuple n’a pas besoin d’être informé, mais d’être guidé », avait affirmé Sakombi, ministre de la communication de Mobutu. En janvier 2015, lorsque Charlie Hebdo est frappé, un journaliste est assassiné à Goma. Alors que les médias privés décrètent une journée écran noir, la RTNC viole la première cet appel. Le public ne réagit presque pas.
  3. Des journalistes ont été assassinés, sont emprisonnés, des médias arbitrairement fermés. Seul JED ose lever le petit doigt. Pas assez d’action concrète des dirigeants.
  4. Enfin, la RDC compte plus de 5 millions de morts, victimes des guerres à l’est, depuis 20 ans. Des massacres, même durant le séjour de Joseph Kabila à Beni, des massacres ont eu lieu. La patrie n’a jamais honoré, pleuré dignement ces morts.

Kibati, RDC. Fuite des combats, 2009. Source: wikipedia, common.

Oui, chers congolais. Si nos morts ne sont pas pleurés ou honorés, la France n’y est pour rien. Si je pense qu’en Afrique on ose dire que « les morts ne sont pas morts ! » Je dirai que les français sont africains. Et, je ne sais plus qui nous sommes avec nos morts sans deuil.

La France respecte ses citoyens

Où qu’ils soient, un seul français n’est pas abandonné par sa patrie. Même pour une affaire de drogue ! Un seul otage oblige le chef de l’Etat français de sortir de son Elisée pour l’accueillir à l’aéroport, ou oblige des ministres à voyager. J’allais oublier qu’un avion congolais avait cherché des citoyens de Lybie avant la chute du Guide ! Super ! Mais voyons, combien des congolais subissent des humiliations à travers le monde, y compris dans des entreprises au pays, sans réaction suffisante des services publics ?

Joseph Kabila prie pour Paris

Alors, Joseph Kabila a présenté ses condoléances à la France. Quoi de plus normal. A sa place, j’aurais peut-être fait pareil. Peut-être même plus tôt, pour ne pas se fourvoyer dans la marmaille de courriers conformistes et protocolaires. Critiqué, ce message du chef de l’Etat congolais, comme le deuil national du béninois Yayi Boni, n’est pas enraciné à domicile. A Kinshasa, l’opposant Vital Kamerhe le dit dans cette invitation :

La France n’empêche personne de pleurer ses morts. Communiquez bien, montrez que vous êtes importants, et vous verrez alors comment les autres ne viendront pas vous soutenir. Si je pense qu’aucune politique n’est menée pour une mémoire des millions des morts des guerres de l’Est, déjà le Rwanda l’a bien fait, alors qu’un rapport de l’ONU a donné le ton en affirmant une possibilité de génocide en RDC, alors je dis : soyez Paris, priez pour Paris. Puis, comme la France et ses médias : Copiez et collez !

[1] J’écoute RFI depuis la deuxième secondaire, il y a 17 ans.