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La ruée vers le cuivre et le cobalt ne faiblit pas à Kasulo, un quartier de la ville minière de Kolwezi (RDC) transformé en carrière minière. Contrairement au début de leurs activités en 2014, les exploitants miniers (creuseurs) artisanaux détruisent des maisons et ouvrent des cratères géants et des tunnels, à la recherche du cuivre et du cobalt. Malgré les risques auxquels ils s’exposent, ils ne peuvent réellement vivre de leur travail.

Un creuseur sortant du tunnel à Kasulo, Kolwezi. Août 2015. Photo Didier M. Makal

Fiston , en train de sortir d’un puits minier à Kasulo, Kolwezi. Août 2015 | Photo Didier M. Makal

Devant un puits minier au-dessus duquel est dressée une tente en bâche, 11 jeunes gens, en file, tirent une longue corde à laquelle ils ont attaché un sac de minerais. Sur une superficie d’environ un demi-kilomètre carré, seules des haies et les maisons lointaines qui résistent encore aux creusements rappellent que la zone était autrefois habitée. Des remblais par ici, de l’eau évacuée des puits par-là, les va-et-vient des acheteurs et des transporteurs des sacs de minerais, voici à peu près l’image de Kasulo minier !

A Kolwezi  « tout le monde est à Kasulo »

Les propriétaires des parcelles gèrent les puits miniers. En 2014, les tunnels partaient de l’intérieur des maisons. Aujourd’hui, une véritable carrière à ciel ouvert s’impose, mais avec parfois des acteurs opaques. Un creuseur « creuse » en effet, mais il a besoin d’un financier. Patrick (pseudonyme), soupçonne les officiels d’être ces « financiers invisibles ». « Tout le monde est à Kasulo », « des gens friqués et des autorités ». Il en veut pour preuve, les camions utilisés pour le transport des minerais par les creuseurs. « Les camions ne sont pas à la portée de leurs moyens. » En plus, le creuseur paie la dime, partage son revenu avec :

Des creuseurs tirent un sac de minerais d'un puits. Aût 2015 | Photo M3 Didier

Des creuseurs tirent un sac de minerais d’un puits. Août 2015 | Photo M3 Didier

  • le propriétaire du puits, parce qu’il offre sa parcelle. Il prend 20 ou 30 %,
  • le financier qui nourrit et équipe. Il récupère son argent et attend des dividendes,
  • la corporation des creuseurs et les services officiels[1] qui perçoivent de l’argent,
  • l’acheteur peut rabattre le prix comme bon lui semble. Pas de barème fixe et objectif.


Un creuseur, contribuable comme les autres à Kolwezi ?

Le ministre de l’Intérieur a délocalisé la carrière de Kasulo, en janvier 2015, vers le site minier de Mutoshi. Vite, les creuseurs ont regagné Kasulo. Pour un membre de la corporation des creuseurs (sous anonymat), l’Etat a intérêt à ne pas bousculer ces creuseurs.

« Un creuseur n’a pas d’usine… celui qui gagne c’est l’Etat. C’est lui qui a des usines, c’est lui qui gagne des recettes. Et la chaîne va jusqu’à la population ».

Un creuseur montre un un filon de cuivre qu'il vient de tirer de la terre. Auoût 2015 | Photo M3 Didier

Un creuseur montre un un filon de cuivre qu’il vient de tirer de la terre. Août 2015 | Photo M3 Didier

1 000 tonnes de cobalt et de cuivre, en effet, sortent chaque jour de cette carrière interdite, indique la même source. Sophie Mukembe, coordonnatrice de la société civile de Kolwezi regrette que l’Etat n’arrive pas à maîtriser les creuseurs et sécuriser ceux qui ne creusent pas, mais qui habitent le quartier. Elle envisage cependant une solution à même d’apaiser, et n’exclut pas que le pouvoir public accompagne ces creuseurs en les mécanisant, par exemple.

« Pourquoi ne pas les professionnaliser, les industrialiser et les mettre ensemble pour qu’ils fassent une activité viable, qui protège leur vie et qui leur donne à manger et des moyens ? »

Creuser toute la vie pour manger

Fiston, 36 ans, la peau tannée, de la poussière au nez et torche au-dessus de la tête, remonte d’un tunnel de 12 m avec un sac chargé de cobalt. La moitié de sa vie (depuis 1997), il la passe en train de creuser. Son bonheur lui paraît chaque jour fuyant. Son quotidien se résume avec son outillage de travail : bêche, houe, barre de mine. Il garde au moins son sourire. C’est l’espoir de sa vie : pourvu que sa santé tienne. Ainsi sa femme et ses 5 enfants peuvent manger et s’habiller.

L'entrée d'un puits minier à Kasulo, Kolwezi. Août 2015 |Photo M3 Didier

L’entrée d’un puits minier à Kasulo, Kolwezi. Août 2015 |Photo M3 Didier

Ce cobalt ne coûte pas cher : 1 000 FCD (̴1USD) le kg. Fiston creuse faute de mieux, mais dans des conditions sécuritaires, déplorables comme l’a indiqué un rapport d’Amnesty International (2013), « déplorables et extrêmement dangereuses ». « De l’emploi, … on en donne à ceux qui viennent de loin. Alors je creuse », conclut Fiston qui ne croit pas que cobalt et cuivre soient uranifères. « Je n’ai pas commencé à creuser aujourd’hui… » Bobo son ami est tenace : « Quand tu manques de nourriture, comment tu vas avoir peur dans cette situation ? »

Kasulo, c’est aussi bosser, boire et baiser, « 3B », explique un creuseur. Peut-être aussi la bagarre. Et avec elle, la criminalité, mais aussi le fétichisme. En janvier 2015, pas moins de 15 personnes sont mortes de manière mystérieuse dans un puits minier. Certains y ont vu un règlement de compte entre miniers artisanaux, d’autres par contre, ont perçu l’œuvre d’un dragon enfui dans une mine. « C’est trop de fétiche ici. Les gens invoquent les produits… ils créent des produits » explique Bobo, un creuseur. Depuis, Kasulo s’appelle « dragon », à Kolwezi.

[1] Renseignement, police des mines, SEASCAM (Organe de coordination des exploitations minières artisanales et semi-industrielles), corporation des creuseurs.

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