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Président Joseph Kabila à Lubumbashi

RDC : « jette-leur du grain, qu’ils se haïssent ! »

Joseph Kabila n’est pas seulement ce rusé militaire qui feint le dialogue pour achever ses ennemis, « talk and fight », comme l’a constaté la journaliste belge Collette Braeckman. Il semble qu’il soit devenu aussi un peu philosophe, ou du moins, un fin metteur en scène qui ferait retourner Antoine de Saint Exupéry dans sa tombe, et pleurer la RDC.

Vous vous souvenez peut-être de ces mots sortis de « Citadelle », célèbre roman de Saint Exupéry, devenu depuis une maxime de la vie : « Force-les à bâtir ensemble une tour, et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain. »

Le président Kabila, dont le mandat constitutionnel s’est achevé le 19 décembre 2016, est traqué par l’opposition. Il m’a fait penser à cet auteur alors qu’un épais nuage obscurcit le ciel de la RDC. Sélectif, Kabila rame pourtant à contre-courant : « si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain. » Voilà qui lui permet d’assombrir le visage des opposants. Il peut désormais paraître comme l’alternative aux divisions qui s’annoncent rudes, pour des postes !

Lire aussi, sur ce blog : Joseph Kabila boucle la boucle

Kabila se trouve de nouveaux défenseurs en RDC

Les appels au respect de la Loi fondamentale de la RDC peuvent ainsi cesser de tourmenter ce président en perte de légitimité. En réalité, le tourment a changé de camp. C’est depuis le nouvel Accord signé le 31 décembre entre le pouvoir et l’opposition dure, sous la médiation des évêques catholiques, la CENCO.

Samy Badibanga, nommé premier ministre dans l’intention de déstabiliser l’UDPS d’Etienne Tshisekedi, a presque manqué son coup. Plutôt que de montrer le gros critique de la politique de Kabila qu’il a été avant son entrée au gouvernement, il devient son grand défenseur en refusant de démissionner. Il ne démissionne pas, il ne signe pas non plus le nouvel accord !

En en agissant ainsi, Badibanga prolonge le séjour de Joseph Kabila qu’il voulait voir partir de la tête de la RDC. Aussi retarde-t-il la possibilité d’organiser la présidentielle projetée fin 2017. Kabila ne peut qu’en rire, prier, sinon agir de manière que cette confusion ubuesque et triste perdure. Finalement, toute lutte politique ne concours qu’à une réalité : son ventre !

Kabila joue la montre et glisse malgré tout

Comme le premier obtenu sous l’égide de l’Union africaine, le nouvel accord n’avance pas non plus. Pour ne pas perdre la face, le Rassemblement de l’opposition restée dure pour Kabila peine à convaincre que son accord est inclusif. Un accord signé « sous réserve d’inclusivité » par une majorité au pouvoir qui s’en sert pour jouer les prolongations. Ainsi,  la médiation catholique peut tenter désespérément à ramener plus de monde à signer.

Au bas mot, c’est Kabila qui tire les ficelles. Qui ne l’aura pas compris ? Quel intérêt aurait-il à s’accrocher à un premier ministre qui ne lui apporte ni soutien populaire, ni garantie de fin des contestations ? Passer le temps ? Kabila, comme un éleveur, jette du grain dans la basse-cour et c’est la pagaille ! Quitte à briser les œufs pondus dans cette cour devenue une arène aux gladiateurs impitoyables.

« Si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain ! » Antoine de Saint Exupéry avait malheureusement raison. Des carpe-diemistes qui ne manquent pas d’invention pour en arriver à des combines et des conciliabules. « Ces politiciens finissent par se rencontrer. Ce sont des amis », confie un observateur.

Ils reviendront durant les élections, poches remplies, jeter du grain eux aussi, pour que la population affamée se déchire et oublie incurie et insouciance. Elle restera encore longtemps pauvre. C’est le drame congolais, un éternel recommencement congolais. Personne ne veut amener la population à bâtir une tour ensemble et créer une fraternité.



François Hollande - Caricature | DonkeyHotey

Les leçons de François Hollande à l’Afrique

Le Président François Hollande n’ira pas à la présidentielle française de 2017. Une décision courageuse, sage, politiquement réaliste et surtout, pleine de leçons pour l’Afrique ! Ici, en effet,  des individus se croient pourvus de germes d’éternité au pouvoir, même quand ils ne font que rarement le bien.

C’est possible que François Hollande ait décidé de poursuivre sa marche vers la réalisation d’un président normal qu’il avait promis en arrivant au pouvoir. Seulement, entre la stance où il dessinait le président normal qu’il serait et la tempête qui a soufflé dans ses yeux à l’annonce de cette décision grave, jeudi dans la soirée, l’eau a coulé sous le pont.

François Hollande, simplement normal et lucide

Hollande a eu pour préfiguration de son sort, Nicolas Sarkozy, Président sortant qu’il présenta comme anormal en 2011 et qu’il battu. Ayant osé revenir au pouvoir une fois de plus, les français lui ont refusé de lui renouveler leur confiance, il y a une semaine. Comme quoi, il faut savoir partir. Le Président Normal, n’est pas un sourd, moins encore un aveugle !

François Hollande.

Président François Hollande, 19 janvier 2012 | Source : Flikr https://www.flickr.com/photos/jmayrault/6730209955/in/photostream/

Oui. Il n’est pas facile pour de nombreux dirigeants, leaders politiques et du business, d’échapper à l’aveuglement aggravé par ceux qui ne disent jamais que tout ce qui va pour leurs chefs. Difficile de se mirer, de se voir tel qu’on est. Hollande est réaliste, juste, visionnaire et intelligent. Il sait qui il est et ce qu’il ne peut pas. Pour tout dire, il est respectueux de sa société, de son peuple et de lui-même. Il est admirable. Je le soutiens !

On a appris qu’un président, ça ne parle pas comme Hollande, ça ne capitule pas en plus. Aussi, ça ne se cache pas dans un costume pour fréquenter en mobylette une copine, etc. Oui, c’est ce que le monde des règles qui écrasent l’individu veut tandis qu’il ferme les yeux sur des questions controversées comme l’avortement, l’euthanasie… on veut un peu trop parfaites certaines personnalités publiques, pas d’autres. A ce juste propos, la France me déçoit !

L’Afrique doit apprendre de François Hollande

Un président qui capitule, et de plus de France, sur fond d’une impopularité notoire qui dit son échec prochain à la présidentielle, ça ne devrait pas faire rire les africains, cependant. Il faut savoir se voir tel qu’on est. Il faut savoir décrypter, disséquer sa laideur et se voir d’un œil peu flatteur dans un miroir et, le meilleur des miroirs c’est l’autre. Pour Hollande c’est Sarkozy. Et pour les africains, je propose Hollande.

Se savoir limité est une première vertu vers la grandeur et la démocratie. Les africains ont beaucoup à apprendre de Hollande : je  cite Ali Bongo, Denis Sassou, Joseph Kabila, Paul Kagame, Abdelaziz Bouteflika et leurs congénères.

La leçon est simple : savoir s’arrêter et partir quand on n’a pas réussi, lorsqu’on a réussi, quand on achevé sa mission ou son mandat et surtout, respecter son peuple. Mais hélas ! On s’accroche au pouvoir, coûte que coûte, même s’il faut marcher sur les cadavres de son peuple comme le fait le président Nkurunziza élu par Dieu.

Hollande a refusé d’importuner son peuple. Cela ne veut nullement dire que tous les français l’ont vomis ou qu’il ne réussirait jamais à brouiller les cartes pour se hisser en finale de la compétition. A sa place, plusieurs africains auraient tué ou emprisonné leurs proches devenus très critiques, en attendant les élections vaincues dans le chao généralisé. Ça doit changer !