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RDC : 57 ans de violences et de deuil

Le 30 juin 2017, la RDC célèbre ses 57 ans d’indépendance, dans la violence. Peu étonnant pour ce pays où des chefs de guerre d’hier sont devenus de puissants dirigeants. Un Congo prospère et respecté, sous la direction de ses propres fils, c’est un lointain rêve que caressait le bouillant premier ministre Patrice Lumumba.

Un rêve lointain, chaque année, s’éloigne. Surtout quand, la veille de l’anniversaire, le 29 juin 2017, dans la capitale Kinshasa, de nouvelles violences éclatent. La police parle fièrement d’un mort, et d’avoir résisté. Elle n’ira pas plus loin, avec les enquêtes. On ne saura jamais qui c’était. Silencieuses sont d’ailleurs restées les attaques similaires qui on eu lieu moins d’un moins plus tôt. Souriez, c’est normal au Congo !

Au pays des futuristes, le présent ne compte pas

On se demande comment un pays très puissant, hier, est devenu le plus fragile de l’Afrique centrale. La réponse est simple lorsqu’on observe la référence quotidienne des congolais. La RDC a décidé de vivre au futur. « Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant »« nous assurerons ta grandeur », dans la paix. Des extraits de la Congolaise, l’hymne de la RDC.

C’est une vision aux antipodes de l’hymne présentiel, assassiné dans la fougue, qui voulait effacer Mobutu de la mémoire collective. Mais en vain, 20 ans après. « Peuple uni nous sommes zaïrois », « en avant fière et pleine dignité », « peuple grand, peuple libre à jamais » … Les Zaïrois chantaient aussi la paix, mais au présent. Mais les Congolais « debout », attendent la leur, dans le futur.

La RDC en quatre tableaux lugubres

Ce manque d’ambition dédouane les gouvernements successifs du devoir, de l’obligation de paix, sous toutes ses formes. Nombreux se réclament de Lumumba, et remettent tout au lendemain. Le Congo se meurt, « le pays va très mal », conviennent les indignés depuis la gênante sortie des évêques catholiques, accusés d’être anti-Kabila.

57 ans d’indépendance, sans paix, dans la violence : la RDC est loin d’être un havre de paix, ni hier, ni demain ! C’est une triste histoire, un film en quatre tableaux lugubres ! Le premier est celui d’une colonisation « humiliante », selon les mots du tout premier ministre Patrice Lumumba. Le colonisateurs s’en sort bien riche, le colonisé, bien plus appauvri qu’avant, économiquement parlant. Cette période a pour pareille une gouvernance de prédation, par les Congolais au discours Lumumbiste, et souverainiste, de Mobutu à Joseph Kabila.

Le deuxième tableau lugubre est celui de la dictature de Mobutu, censée sauver la RDC des violences post-indépendance. Vient ensuite le tableau de violences bestiales, censées libérer le pays de la dictature. Elles déciment plus de 5 millions de Congolais, endeuillent, déstructurent les familles et détruisent le fil national. Enfin, ce film affreux bute sur une alternance qui tue, ouvre les prisons, armes les criminelles.

Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, en RDC

Bref, la RDC n’est pas sortie de l’auberge. La violence devient un mode de vie pour les politiciens, un mode d’acquisition et de gestion du pouvoir. C’est sans compter sur cette violence indicible que vivent au quotidien plus de 64% de Congolais, soit environ 51 millions d’habitants. A croire que ce pays est parmi les plus riches en ressources naturelles et ne manque pas d’intellectuels… mais voilà qu’au point où nous en sommes en RDC, les intellectuels doivent se taire s’ils ne peuvent chanter.

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RDC : « jette-leur du grain, qu’ils se haïssent ! »

Joseph Kabila n’est pas seulement ce rusé militaire qui feint le dialogue pour achever ses ennemis, « talk and fight », comme l’a constaté la journaliste belge Collette Braeckman. Il semble qu’il soit devenu aussi un peu philosophe, ou du moins, un fin metteur en scène qui ferait retourner Antoine de Saint Exupéry dans sa tombe, et pleurer la RDC.

Vous vous souvenez peut-être de ces mots sortis de « Citadelle », célèbre roman de Saint Exupéry, devenu depuis une maxime de la vie : « Force-les à bâtir ensemble une tour, et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain. »

Le président Kabila, dont le mandat constitutionnel s’est achevé le 19 décembre 2016, est traqué par l’opposition. Il m’a fait penser à cet auteur alors qu’un épais nuage obscurcit le ciel de la RDC. Sélectif, Kabila rame pourtant à contre-courant : « si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain. » Voilà qui lui permet d’assombrir le visage des opposants. Il peut désormais paraître comme l’alternative aux divisions qui s’annoncent rudes, pour des postes !

Lire aussi, sur ce blog : Joseph Kabila boucle la boucle

Kabila se trouve de nouveaux défenseurs en RDC

Les appels au respect de la Loi fondamentale de la RDC peuvent ainsi cesser de tourmenter ce président en perte de légitimité. En réalité, le tourment a changé de camp. C’est depuis le nouvel Accord signé le 31 décembre entre le pouvoir et l’opposition dure, sous la médiation des évêques catholiques, la CENCO.

Samy Badibanga, nommé premier ministre dans l’intention de déstabiliser l’UDPS d’Etienne Tshisekedi, a presque manqué son coup. Plutôt que de montrer le gros critique de la politique de Kabila qu’il a été avant son entrée au gouvernement, il devient son grand défenseur en refusant de démissionner. Il ne démissionne pas, il ne signe pas non plus le nouvel accord !

En en agissant ainsi, Badibanga prolonge le séjour de Joseph Kabila qu’il voulait voir partir de la tête de la RDC. Aussi retarde-t-il la possibilité d’organiser la présidentielle projetée fin 2017. Kabila ne peut qu’en rire, prier, sinon agir de manière que cette confusion ubuesque et triste perdure. Finalement, toute lutte politique ne concours qu’à une réalité : son ventre !

Kabila joue la montre et glisse malgré tout

Comme le premier obtenu sous l’égide de l’Union africaine, le nouvel accord n’avance pas non plus. Pour ne pas perdre la face, le Rassemblement de l’opposition restée dure pour Kabila peine à convaincre que son accord est inclusif. Un accord signé « sous réserve d’inclusivité » par une majorité au pouvoir qui s’en sert pour jouer les prolongations. Ainsi,  la médiation catholique peut tenter désespérément à ramener plus de monde à signer.

Au bas mot, c’est Kabila qui tire les ficelles. Qui ne l’aura pas compris ? Quel intérêt aurait-il à s’accrocher à un premier ministre qui ne lui apporte ni soutien populaire, ni garantie de fin des contestations ? Passer le temps ? Kabila, comme un éleveur, jette du grain dans la basse-cour et c’est la pagaille ! Quitte à briser les œufs pondus dans cette cour devenue une arène aux gladiateurs impitoyables.

« Si tu veux qu’ils se haïssent, jette-leur du grain ! » Antoine de Saint Exupéry avait malheureusement raison. Des carpe-diemistes qui ne manquent pas d’invention pour en arriver à des combines et des conciliabules. « Ces politiciens finissent par se rencontrer. Ce sont des amis », confie un observateur.

Ils reviendront durant les élections, poches remplies, jeter du grain eux aussi, pour que la population affamée se déchire et oublie incurie et insouciance. Elle restera encore longtemps pauvre. C’est le drame congolais, un éternel recommencement congolais. Personne ne veut amener la population à bâtir une tour ensemble et créer une fraternité.

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RDC : dialogues au bout du canon

Les dialogues politiques se multiplient et se ressemblent en République démocratique du Congo (RDC). 56 ans après son indépendance, le pays a dialogué une trentaine de fois, sans que ne suivent développement et paix attendus. De véritables conciliabules alors !

Les dialogueurs congolais, c’est comme Janus, ce dieu romain qui ouvre et ferme la porte à qui il veut. En RDC, en effet, un dialogue sert à renforcer le pouvoir du chef et lui seul. Sinon il n’a pas de raison d’être. Tant pis si les mécontents râlent : ils iront à un autre dialogue !les-dialogues-en-rdc

Du départ du décolonisateur belge en 1960 au dialogue en cours voulu par Joseph Kabila arrivé fin mandat, la RDC aurait totalisé au moins 37 moments de dialogue. J’ai en ai sélectionné 23 : l’indépendance et ses soubresauts, la démocratisation et l’alternance, l’alternance du pouvoir et la guerre qu’elle apporte. Enfin, la stabilisation et l’alternance.

L’indépendance congolaise et ses soubresauts

Au premier président congolais, Joseph Kasa-Vubu, se pose le défi de décoloniser son pays. Avec d’autres leaders, il discute sur l’indépendance de son pays à la Table-Ronde de Bruxelles. L’indépendance qu’il obtient est ensanglantée, la fête ne dure que 11 jours et, bonjour les rebellions. En plus, il fait face à la sécession du Katanga et du (sud) Kasaï. Commence alors une série de dialogues, sommets … jusqu’à Tananarive (Voir l’infographie).

La démocratie et l’alternance

Mobutu, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, punit les querelles interminables entre leaders politiques par une longue dictature qui finit par son exil au Maroc. Il dialogue peu, et lorsqu’il le fait, il reste le maître du jeu. La conférence nationale qui s’avise à être souveraine, entre 1991 et 1992, il la suspend, exaspérant la crise de démocratie entamée en 1990 : elle finit par sa chute. (Sur la carte, cliquez sur une bulle et voyez la ville, l’année et les acteurs de dialogues).

L’alternance du pouvoir

Lorsqu’arrive en 1997 Laurent-Désiré Kabila, son tombeur, Mobutu apprend à dialoguer sans être meneur du jeu. Mais Kabila va souffrir la guerre dite d’agression menée par ses voisins Rwandais, Burundais et Ougandais, à travers des rebellions qu’ils soutiennent. Il meurt assassiné et laisse un pays prêt à imploser. Après lui, les dialogues pleuvent !

La stabilisation et l’alternance

L’enjeu de la période qui suit ces perturbations originelles de l’Etat congolais c’est la stabilisation de la RDC. Joseph Kabila s’y applique, très ouvert aux dialogues. Sa présidence est la plus dialoguante de toutes. Un de ces dialogues, reconnaissons-le, a sauvé le pays de l’éclatement : il a lieu en 2003 à Sun city, en Afrique du Sud. Mais le reste de ses dialogues n’échappe guère à la règle congolaise : conciliabules et subterfuges. Du Haut-Katanga à l’Ituri, en passant par Beni, des groupes armés tuent encore.

S’il fallait compter leur nombre, les dialogues auraient déjà fait de la RDC un des pays les plus stables d’Afrique. Mais on le sait, les dialogues font ce que leurs auteurs veulent, et le résultat c’est que les résolutions qui en viennent sont contestés et caduques avant qu’elles ne soient connues. Aussi, remarquez-le bien, les meilleurs dialogues à la congolaises viennent après les armes.