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Elections cybernéphobes en Afrique centrale

Trois situations électorales, et trois fois internet et (ou) le téléphone portable tombent victimes : coupés, sans scrupule. Ça se passe en Afrique centrale, cette Afrique qui échoue son sevrage : elle s’accroche à la mamelle des longs et durs régimes présidentiels. Détourné et vécu comme une horreur, Internet n’y peut rien, dans pareil système.

On dirait, un peu comme le vin : plus vieux il devient, mieux il est. Plus ils durent au pouvoir, plus fort enflent les appétits des régimes personnalisés et claniques. Sans Déby, en effet, le Tchad serait aux mains de Boko Haram ou le déluge. N’allez pas lui demander de voir un psy s’il pense comme ça. Hussein Habré qu’il renversa 26 ans plus tôt, par exemple, se croyait lui aussi éternel, toujours prétendument à l’œuvre pour le bien du peuple.

Au pouvoir depuis 1990, le président tchadien Idriss Deby brigue un cinquième mandat. Son long règne de 26 ans est loin d’en finir. Bien au contraire, sa soif du pouvoir s’aiguiser comme quelqu’un qui vient d’arriver. Pour un nouveau départ, il peut se plaire d’être un coupeur d’internet et des libertés. Une sacrée façon de vivre la démocratie électorale. Ne vous étonnez pas, on est en Afrique centrale : il y a une tradition ici.

Internet

Des jeunes africains dans une salle d’internet

Une tradition de longévité de pouvoir et tout ce qui va avec

Internet énerve en ce qu’il n’entre pas dans la pensée unique et ne la promeut pas. Vous n’avez qu’à voir les idylles scellées entre les longs régimes et leurs télévisions (et) ou radios : des loyaux ferments de la complicité peuples-présidents fondateurs! Un seul chef, une seule nation, une seule pensée, quoi de plus normale ! Incapable de cela, le rebelle Internet n’a pas de place en Afrique centrale. Encore si c’est durant les votes.

Deby n’a pas eu de peine. Deux semaines avant, en effet, Denis Sassou (32 ans de pouvoir) dont le nouveau mandat contesté met à sang le Congo, a coupé la connexion au web et au mobile durant le dernier scrutin. Il a balisé, pour le président tchadien, la voie déjà ouverte par Joseph Kabila en 2011. Cette année-là, le chef de l’Etat congolais coupait le service des courts messages (SMS), très prisé en RDC, au lendemain de « la présidentielle chaotique », selon l’appréciation de l’Union Européenne. En janvier 2015, son régime a coupé Internet qu’il a accusé d’appeler à la violence, en pleine contestation de la révision de la loi électorale.

Afrique centrale cybernéphobe

Internet est malmené et mal aimé en Afrique centrale. Oui, l’Afrique centrale est cybernéphobe : elle hait surtout ses vertus qui sont liberté d’expression (ou libre expression) et circulation sans libre des idées, notamment. L’Afrique centrale ne croit pas à la globalisation, elle déteste le changement. Enfin, du moins ses dirigeants, pour la plupart. S’ils disent émergence, ils vont s’incliner sur les tombes d’Idi Amine Dada, Mobutu, Bongo, etc. Et quand on dit paix, on paie des kalachnikovs et des chars de combats. Voici l’Afrique émergente en 2030.

Partout, la méthode est la même et orientée vers un seul but : taire la contestation pour empêcher aux témoins de l’inhumanité d’alerter le monde qui croit en l’homme, en temps réel. C’est avec internet qu’on coupe, parce qu’on ne sait comment le contrôler.