RDC: un taximan s’immole par le feu à Lubumbashi

Article : RDC: un taximan s’immole par le feu à Lubumbashi
28 octobre 2015

RDC: un taximan s’immole par le feu à Lubumbashi

Un conducteur de taxi s’est immolé par le feu mercredi 28 octobre au centre-ville de Lubumbashi pour protester contre les tracasseries policières. Après avoir déversé sur son corps de l’essence, il a mis le feu et a brûlé le policier qui tentait de l’arrêter. Tirés du véhicule enflammé, les deux hommes ont été conduits à l’hôpital dans un état très grave.

En Tunisie, en 2011, pareil acte avait déclenché le printemps arabe. A Lubumbashi, c’est différent. Les curieux, observaient, quelques révoltés insultaient les policiers de roulement qui ont vite disparu des lieux.

Une scène horrible. Elle se passe aux environs de 11h30 TU. La voiture a brûlé jusqu’à l’arrivée d’un premier camion anti incendie « sans eau », explique un témoin, puis un second enfin, qui a pu agir. Les victimes étaient déjà à l’hôpital, en ce moment-là.

Immolation au feu d'un taximan à Lubumbashi
Immolation au feu d’un taximan à Lubumbashi

Le feu sur son corps pour refuser d’être arrêté encore

Une trentaine révolue, le conducteur de taxi s’arrête à côté de l’établissement Nzangula. C’est à moins de 10 mètres du siège du gouvernement provincial du Katanga, sur l’avenue Moero. C’est sur un sens unique, mais plusieurs s’y arrêtent quelques instants, le temps que les clients descendent. Lubumbashi n’a pas de parking dûment établi, en effet.

 

Un policier s’engouffre dans le taxi et arrête le conducteur. Il lui reproche de stationner à un endroit non indiqué. Excédé, et puisqu’« il avait déjà averti le policier qu’il brûlerait avec lui un jour, explique un homme, a bu et versé sur lui de l’essence. Et a allumé le feu. »

Les deux ont été acheminés à l’hôpital. « Ils ont peu de chance de survivre », explique une jeune femme qui a tourné la vidéo dont l’extrait ci-dessous proposé.

Les conducteurs des taxis sont en colère et demandent aux autorités de mettre un terme aux tracasseries policières. « Nous ne savons quoi faire », explique un d’eux.

Des policiers demandeurs d’argent sur la route

A Lubumbashi, le rapport, sur la route, signifiee donner de l'argent à un policierMéthode trop discutée, la police opère aussi à plusieurs endroits, en tenue civile. Les policiers, appelés Bureau 2, montent dans les taxis comme des clients. Une fois dedans, ils révèlent leur identité de policier et arrêtent.

A la PCR[1], peu d’infractions seulement se règlent sans argent. « Il vaut mieux régler avec le policier qui vous arrête, plutôt que d’aller à leur bureau », explique un conducteur de taxi. Les amandes, « sans preuve de paiement », sont beaucoup plus chères. « Vous ne laissez pas moins de 50 USD » pour « mauvais stationnement » ; une infraction que seuls les policiers peuvent définir clairement. « Car, eux seuls savent où l’on ne doit pas stationner ».

Pour éviter de se retrouver très souvent dans le filet de ces policiers, « l’opération rapport ». C’est-à-dire, au départ et au retour, le conducteur de taxi glisse dans la main d’un policier sur son chemin, quelques Francs congolais. Cette amitié crée le mécontentement de ceux qui refusent d’ainsi agir. Gare alors à eux s’ils gaffent. Face à eux, la rigueur de la loi s’applique.

Un conflit qui dure, une ville sans parking

Depuis trois ans, environ, les policiers de roulage mènent des actions plus agressives contre les conducteurs des taxis. Après le Nteta, une chicane à la congolaise que l’on jette sous les roues des véhicules pour les obliger de s’arrêter, les policiers s’engouffrent dans les taxis pour arrêter les conducteurs qui n’ont pas respecté les principes de circulation routière.

En début de l’année, un taximan a fracassé la jambe d’un policier, Place de la poste, en face du bâtiment. Il voulait l’arrêter, mais le conducteur décidé de ne pas s’arrêter a foncé droit sur lui. Sur l’avenue Moero, à quelques mètres du lieu de l’incident, plusieurs  fois des taximen ont protesté contre les tracasseries policières.

De leur part, les policiers de roulage reprochent aux conducteurs des taxis de ne pas souvent respecter les normes de circulation routière. Plusieurs parmi eux n’ont pas un niveau d’instruction suffisant pour intégrer le code de la route. Mais lorsqu’ils brûlent les feux rouges ou excèdent des vitesses parce qu’ils doivent aller vite pour réunir le montant qu’exigent d’eux leurs patrons, chaque jours, par exemple, la police n’hésite pas de sanctionner.

 

[1] Police de circulation routière

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