RDC: crise préélectorale ou avant-goût des violences à venir

Article : RDC: crise préélectorale ou avant-goût des violences à venir
2 novembre 2015

RDC: crise préélectorale ou avant-goût des violences à venir

Ce que je crois

Attention à l’exaspération électorale en République démocratique du Congo. Une CENI décapitée, à bout des pressions d’une Majorité présidentielle en quête de cohésion, après fronde et exclusions, des discours pré électoraux qui se durcissent… si ça dure, c’est mal parti pour les violences.

Le salut ? Il peut en effet être vu sous plusieurs prismes. Mais l’entente entre politiques permettra que tout le monde ait la même appréhension des priorités et réduire le quiproquo installé depuis deux ans. Tenir 9 scrutins à 11 mois de la fin du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila est désormais impossible, avec plus de 500 millions USD, au budget 2016.

Un quiproquo entre opposition et pouvoir sur les priorités électorales

L’opposition veut aller directement à la présidentielle et aux législatives. Les autres scrutins devant suivre. Pour la MP, la démocratie doit être renforcée à la base par des élections locales d’abord. Un sacré dialogue des sourds. Et les frictions, les rixes mêmes ne manquent pas. Presqu’en vain les délégués aux Grands Lacs et de l’ONU appellent à dialoguer.

Source: www.lapresse.ca
Source: www.lapresse.ca

En quête d’appui, l’opposition appelle la population à « se prendre en charge ». Un appel à peine voilé à l’éveil, à la résistance. Kinshasa pour sa part se bat aussi pour le contrôle des opinions du peuple. C’est là donc le champ de bataille. Plus assez de confiance en la justice pour arbitrer les différends, après la controversée recommandation de la cour constitutionnelle à prendre « des mesures exceptionnelles et urgentes » en vue de diriger les nouvelles provinces, installées en précipitation[1].

Le peuple dans la rue

Pour qu’il se fasse entendre, du moins dans la compréhension de l’opposition, le peuple sera dans la rue. Déjà, dépassé fin novembre, l’UDPS s’en remettra aux congolaises et congolais, si Kabila n’organise pas le dialogue. Les congolais pourront être appelés à trancher une fois pour toutes, par un référendum destiné, selon l’opposition,  à permettre à Joseph Kabila de s’offrir un mandat que la loi interdit dans sa forme actuelle.

Après Congo et le Rwanda voisins, Kinshasa sera tenté  d’oser un passage en force. « La RDC n’est pas le Congo, ni le Rwanda et moins encore le Burundi », explique un enseignant en sciences politiques de l’Université de Lubumbashi. « Déstabiliser la RDC, à cause des élections, peut avoir des conséquences très fâcheuses pour l’Afrique centrale», poursuit-il.

Des risques des violences

Dans la situation actuelle, quatre indices témoignent des risques des violences en RDC.

  1. Discours radicaux de l’opposition et du pouvoir.
  2. Intolérance politique et les dissensions au pouvoir, à l’opposition et à la société civile.
  3. Des commissaires spéciaux à la place des gouverneurs élus à la tête des provinces.[1]
  4. Processus électoral au point mort, des démissions à la CENI et une pénible succession.

Ces luttes politiques se répercutent dans les communautés locales, jusque dans des villages où les discours se déclinent en termes d’appartenance tribale et d’allégeance ou de trahison. En clair : qui critique, comme l’ont fait dernièrement les membres du G7, trahit et donc est banni. Or, dans certains fiefs, auparavant acquis au pouvoir, voir base électorale du président de la république, le Katanga en l’occurrence, s’annonce une farouche opposition.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui est arrivé au Burundi risque d’arriver en RDC ; comme d’ailleurs ce qui s’est passé au Burkina a été osé à Kinshasa et à Goma, en janvier 2015. Dire que le Congo n’est pas le Burkina, n’est pas faux. Mais penser que les peuples ne peuvent pas imiter des actions qui semblent avoir donné des résultats, c’est aussi croire que les sociétés n’évoluent pas et ne communiquent pas du tout. On n’a qu’à voir l’exportation, sinon l’internationalisation de Balais citoyens et Y’en a marre.

Que les élections soient organisées dans le délai ou pas, les violences sont à redouter si les politiques maintiennent la forme actuelle de leurs discours et méthodologies : le blocage de toute part.

[1] arrêt interprété comme violant la constitution

[2] Le processus électoral est estompé. Les candidatures des gouverneurs étaient déjà déposées en août 2015. Y compris aux provinciales.

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Commentaires

Serge
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Une vraie poudrière alors... en tous les cas, le pays se trouve à un moment déterminant de son histoire.
A suivre.

Didier Makal
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Poudrière, oui je le crois bien cher Serge