La mairie de Lubumbashi capitule après la mort du taximan Mwamba

Article : La mairie de Lubumbashi capitule après la mort du taximan Mwamba
5 novembre 2015

La mairie de Lubumbashi capitule après la mort du taximan Mwamba

Le 28 octobre 2015, Mwamba, un chauffeur de taxi, s’immole par le feu pour protester contre les arrestations parfois sa 6e arrestation dans trois jours, par un policier de roulage. Lubumbashi est dépité. Au lendemain, le maire de la ville retire des parkings ses services qui percevaient aussi de l’argent. Du coup, des questions sur la destination de cet argent et sur la pertinence de ce service qui parfois a agi comme la police.

Les agents du service de parking de la mairie de Lubumbashi, et d’autres présentés par des chauffeurs comme « agents de la mairie », opéraient, à côté de la police. Prétendument pour mettre de l’ordre. Comme la police, ces agents ont commencé à arrêter aussi des chauffeurs en stationnement litigieux, sur les routes de Lubumbashi. En septembre, il est même arrivé qu’ils ont détenu des convoyeurs au cachot, durant 3 jours. Le maire les libérait après les avoir présentés à la presse comme ne respectant pas son ordre de quitter les parkings. Un fait qui ne justifie pas une garde à vue qui plus, ne respecte pas de délai.A Lubumbashi, le rapport, sur la route, signifiee donner de l'argent à un policier

Hors de la nomenclature amandes transactionnelles

Police et service de parking de la mairie de Lubumbashi font payer des amandes à ceux qui ne respectent pas des normes de circulation routière. Mais c’est « sans preuve de payement », explique un chauffeur. « À la mairie, là on ne discute pas. Si l’on vous a demandé 100.000 FDC (environ 110 USD), et qu’il reste même 1000 FDC, l’argent peut même vous être jeté à la figure », explique Jean Pie, un journaliste dont une voiture a été plusieurs fois arrêtée.

A la mairie comme à la PCR[1], les contraventions financières se règlent de main en main, en violation de l’arrêté interministériel n°001 du 28 août 2012 qui fixe les « taux des droits et taxes à percevoir à l’initiative de la police nationale congolaise »[2] contraventions à payer pour des fautes légères, fautes gérables au niveau des OPJ. Cet arrêté, « une loi au sens large du terme », selon l’avocat Christian Luzinga, est ignoré à dessein fait remarquer l’avocat.

« Lorsque que quelqu’un qui est informé de l’existence de ce document, reconnaissant sa faute, va payer d’après ce qui est fixé, l’OPJ lui répond : « cet arrêté ne tient pas compte des réalités » ».

Arrêt interministériel n°001 du 28 août 20112 fixant les amandes transactionnelles en RDC
Arrêt interministériel n°001 du 28 août 20112

Les contraventions financières sont à payer à la banque, d’après cet arrêté « qui ne tient pas compte des réalités »! La réalité du terrain, c’est que les chauffeurs de taxi préfèrent bien régler avec des agents mis sur leurs routes plutôt que d’aller aux bureaux où c’est plus dur. Partout, l’argent passe de main en main.

Des fautes parfois forcées

S’arrêter devant un contrôleur ou un policier de roulage a pris l’habitude de se solder souvent par une infraction. « Même en ayant tous les documents exigés, on trouvera au moins une faute pour payer de l’argent », commente Francis, un conducteur de taxi.

Des agents sur les routes de Lubumbashi doivent des « rapports » à leurs chefs. Il s’agit non pas d’un compte rendu d’une activité, mais d’un pourboire apporté à son responsable. Alors sur la route, des policiers demandent de l’argent aux automobilistes ou, sont tentés d’exercer quelques pressions sur des conducteurs, surtout ceux du transport urbain. Voir Photo en Une.

A lire: « RDC: un taximan s’immole par le feu à Lubumbashi »

Il faut savoir se couvrir surtout. Des chauffeurs ont établi des amitiés avec des agents de l’ordre ou des contrôleurs. Ils ont des « parrains ». Le phénomène est connu de plusieurs. « Certains véhicules ne sont jamais arrêtés, quoi que fassent leurs conducteurs, explique Francis. « C’est parce qu’ils sont protégés par des policiers ou des autorités influentes ou ayant des connaissances à la police. »

Au cours d’une rencontre avec les associations des chauffeurs de Lubumbashi, mercredi 4 novembre 2015, général Jean-Bosco Galenga, chef de la police au Katanga, a dénoncé cette pratique et promis des sanctions contre les parrains.


 

[1] Police de circulation routière : brigade de la Police Nationale Congolaise chargée de roulage.

[2] Cet arrêté actualise l’Arrêté interministériel n° 061/CAB/MINNTERDESEC/2006 et n° 097/ CAB/MIN/FINANCES /2006 du 13 juin 2006 portant fixation des taux des droits et taxes à percevoir à l’initiative de la Police Nationale Congolaise(pdf).

Partagez

Commentaires