Paix à Paris! Et vous, apprenez à valoriser vos compatriotes

Article : Paix à Paris! Et vous, apprenez à valoriser vos compatriotes
18 novembre 2015

Paix à Paris! Et vous, apprenez à valoriser vos compatriotes

Ma lettre aux congolais qui récriminent contre Paris après le 13 novembre

J’ai mâché ma colère contre la profanation de la capitale des libertés, Paris, par des voyous du Daech. En réalité, je ne savais trop par où commencer, pour un billet sur mon blog. Dans mon cœur, je l’ai écrit à l’encre de mes yeux, en mordant ma langue, les yeux sur une fenêtre ouverte par France 24, mes oreilles sur la compagne RFI.[1]

Je suis citoyen du monde, je prie pour Paris

De la colère ! Oui, parce que je suis importuné, offensé. Je sors de ma peur. Les terroristes ont sorti même des « Etats quelconques » de leur peur pour condamner. Puisque l’homme demeure sacré. Mais qui tue, doit être attaqué et stoppé. Vas-y la France ! Je suis Paris !

Marche de Pris après l'attaque à Charly Hebdo. Source: wikipedia
Marche de Pris après l’attaque à Charly Hebdo. Source: wikipedia

Alors le 14 novembre, dans la soirée, sur un What’s App des blogueurs de RDC, un ami nous rapporte l’incohérence qu’il y a à être Paris et à prier pour la ville lumière. Paris de l’opération Turquoise, occasion de déstabilisation de l’Est de la RDC, avec ses 5 ou 8 millions des morts. Paris capitale de la France-Afrique ! Cap Matin, Mobutu, Chirac, … Paris ! Pari !

Moi, je soutiens les français parce qu’humains, en plus, parce que des hommes sont morts. La France, parce que le monde, c’est chez moi. Je suis citoyen du monde, même vivant au Zaïre.

Paris et la RDC

J’ai hésité. J’ai décidé enfin de répondre, au risque d’être attaqué. Ville lumière, Paris n’est pas dans le noir après le passage des terroristes. Pas non plus après des critiques qui fusent de partout. Je sais au moins que de Paris, Chirac et Vallery ont dit stop aux violences en RDC ! L’ONU a bougé. Je sais que Hollande et Sarkozy, bien que maladroits un temps, ont soutenu « l’intangibilité des frontières de la République démocratique du Congo. »

Je vous laisse libres de critiquer ce qui vous choque. Mais je crois que vous avez tort, nous avons tort, nous congolais, de croire que le mal dont nous souffrons vient de l’Occident. N-O-N. Il y a toujours nous-mêmes largement au centre de nos problèmes.

Pour revenir à Paris frappé, surmédicalisée, je trouve plutôt un bel exemple. Trois mots : « copiez, puis collez » La communication de la France ! Congolais, vous ne savez pas pleurer vos morts. Voilà votre problème. Vous ne savez pas communiquer. Vous attendez qu’on vous aide. « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

Savoir honorer ses morts, signe de grandeur

Quatre raisons expliquent la déception des congolais, à voir la France ranger derrière elle le monde pour pleurer ses morts, nos morts :

  1. RFI et France 24 sont des plus consommés par des « intellectuels », en ville. Or, depuis les attentats de Paris, ces médias ont un temps arrêté leurs programmes pour des éditions spéciales, alors que les déçus des médias congolais (où l’info c’est l’institution), attendent parfois en vain des infos sur leur pays, sur le monde.
  2. Les médias congolais, surtout officiels sont occupés par des dirigeants. « Le peuple n’a pas besoin d’être informé, mais d’être guidé », avait affirmé Sakombi, ministre de la communication de Mobutu. En janvier 2015, lorsque Charlie Hebdo est frappé, un journaliste est assassiné à Goma. Alors que les médias privés décrètent une journée écran noir, la RTNC viole la première cet appel. Le public ne réagit presque pas.
  3. Des journalistes ont été assassinés, sont emprisonnés, des médias arbitrairement fermés. Seul JED ose lever le petit doigt. Pas assez d’action concrète des dirigeants.
  4. Enfin, la RDC compte plus de 5 millions de morts, victimes des guerres à l’est, depuis 20 ans. Des massacres, même durant le séjour de Joseph Kabila à Beni, des massacres ont eu lieu. La patrie n’a jamais honoré, pleuré dignement ces morts.
Kibati, RDC. Fuite des combats, 2009. Source: wikipedia, common.

Oui, chers congolais. Si nos morts ne sont pas pleurés ou honorés, la France n’y est pour rien. Si je pense qu’en Afrique on ose dire que « les morts ne sont pas morts ! » Je dirai que les français sont africains. Et, je ne sais plus qui nous sommes avec nos morts sans deuil.

La France respecte ses citoyens

Où qu’ils soient, un seul français n’est pas abandonné par sa patrie. Même pour une affaire de drogue ! Un seul otage oblige le chef de l’Etat français de sortir de son Elisée pour l’accueillir à l’aéroport, ou oblige des ministres à voyager. J’allais oublier qu’un avion congolais avait cherché des citoyens de Lybie avant la chute du Guide ! Super ! Mais voyons, combien des congolais subissent des humiliations à travers le monde, y compris dans des entreprises au pays, sans réaction suffisante des services publics ?

Joseph Kabila prie pour Paris

Alors, Joseph Kabila a présenté ses condoléances à la France. Quoi de plus normal. A sa place, j’aurais peut-être fait pareil. Peut-être même plus tôt, pour ne pas se fourvoyer dans la marmaille de courriers conformistes et protocolaires. Critiqué, ce message du chef de l’Etat congolais, comme le deuil national du béninois Yayi Boni, n’est pas enraciné à domicile. A Kinshasa, l’opposant Vital Kamerhe le dit dans cette invitation :

La France n’empêche personne de pleurer ses morts. Communiquez bien, montrez que vous êtes importants, et vous verrez alors comment les autres ne viendront pas vous soutenir. Si je pense qu’aucune politique n’est menée pour une mémoire des millions des morts des guerres de l’Est, déjà le Rwanda l’a bien fait, alors qu’un rapport de l’ONU a donné le ton en affirmant une possibilité de génocide en RDC, alors je dis : soyez Paris, priez pour Paris. Puis, comme la France et ses médias : Copiez et collez !

[1] J’écoute RFI depuis la deuxième secondaire, il y a 17 ans.

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