RDC: des milliers numéros de téléphone bloqués

Article : RDC: des milliers numéros de téléphone bloqués
31 décembre 2015

RDC: des milliers numéros de téléphone bloqués

Depuis le 28 décembre, les sociétés de télécoms désactivent les numéros de téléphone des abonnés non identifiés en République démocratique du Congo, pour des raisons de sécurité. Une mesure gouvernementale à observer « scrupuleusement », faute de quoi des sanctions tomberont. Mais certains redoutent une violation de la confidentialité des clients.

Un communiqué lu sur la Radio-télévision nationale congolaise, le 27 décembre, fixe au 28 décembre le délai d’enregistrement pour les abonnés identifiés auprès des opérateurs de téléphonie. Depuis, plusieurs personnes ont été bloquées. A Lubumbashi, des foules se sont formées devant les boutiques des réseaux pour s’identifier. Sur une fiche, le souscripteur devait décliner noms, domicile et numéro de carte d’identité, et déclarer « sincères et exacts » ses renseignements, faute de quoi il s’expose « à des poursuites pour faux et usage de faux. »

Photo M3 Didier, décembre 2015. Lubumbashi
Photo M3 Didier, décembre 2015. Lubumbashi

« Je me suis enregistré le 28 dans l’avant-midi. Mais, au troisième jour (le 30 décembre), je n’ai pu ni émettre ni recevoir des appels et messages », explique un jeune lushois. Certains préfèraient carrément oublier leurs anciens numéros. « Je paierai une autre carte SIM, plutôt que d’aller faire la queue », concluait un autre habitant de Lubumbashi. Un numéro de téléphone, en effet, c’est aussi peu coûteux que des cacahuètes : environ 0,21 USD (200 FCD).

L’économique a supplanté le sécuritaire

Interrogé par Radio Okapi, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a évoqué la « lutte contre le terrorisme interne » notamment à l’est du pays, pour justifier le blocage des abonnés non identifiés. L’enjeu est donc sécuritaire, mais aussi économique. La RDC, c’est plus de 15 millions de cartes SIM vendues pour quelques 45 millions d’utilisateurs, selon Radio Okapi.

Abonnés Airtel, 2015
Enregistrements massisfs des abonnés de Airtel à Lubumbashi. Photo M3 Didier

Vodacom et Airtel détiennent l’essentiel de ce marché. Au plus fort de la concurrence, le marketing avait amené les fournisseurs de réseau à chercher chez eux-mêmes les clients. Conséquence: l’identification observée au début (jusqu’en 2005) du téléphone cellulaire s’est effritée.

En pleines violences électorales de 2011, alors que Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi revendiquaient chacun la victoire, le téléphone avait permis aux contestataires de mobiliser des membres. La veille des votes, des SMS avaient appelé la population à ne pas utiliser les stylos de la CENI soupçonnés d’être faciles à gommer. D’autres annonçaient des bulletins remplis d’avance. Kinshasa avait alors suspendu les SMS. En janvier 2015, lors des violences qui ont accompagné la révision de la loi électorale, ils avaient également été suspendus. La tentative du premier ministre Matata de durcir l’accès à la carte SIM en 2013 avait échoué, soupçonnée de vouloir exclure les pauvres.

Restriction des libertés

L’Association congolaise pour l’accès à la justice, ACAJ, appelle Kinshasa à respecter la confidentialité pour les abonnés des télécoms et insiste sur le respect de la loi qui n’autorise la divulgation du secret de communication que dans une procédure judiciaire et sur demande du procureur général de la République. ACAJ demande, en outre, que le gouvernement rallonge le délai d’identification des abonnés. Plusieurs ONG, et mêmes les opposants politiques, ont dénoncé la restriction des libertés citoyennes. C’est le cas d’Action contre l’Impunité (ACIDH), qui a fustigé, dans une lettre ouverte du 20 décembre 2015, la partialité du maire de Lubumbashi. Ce dernier apparaissait comme ouvert aux manifestations du pouvoir, et défavorable à celles de l’opposition. ACIDH pointe des restrictions motivées par « des raisons sécuritaires ».

Les abonnés font les frais d’un laxisme administratif

« La politique économique des opérateurs de téléphonie est suivie de près par le gouvernement, et même par le renseignement, explique un ancien employé d’une entreprise de télécom. Ils ont le rapport chaque mois, ils écoutent les personnes qu’ils soupçonnent de quelque chose. »

Il est clair que le pouvoir public s’est montré laxiste dans le suivi et l’administration des numéros de téléphone. Les télécoms ont vendu des cartes SIM comme toute autre marchandise, entièrement libres d’agir.  Bien entendu, il y a également la responsabilité de l’utilisateur. Celui-ci devait s’identifier, même en appelant son service client. Mais on a cru que le monde était fait des gens toujours consciencieux et volontaristes ! Dans ce cas, les lois n’auraient servi à rien et, surtout, ceux qui sont chargés de les vulgariser et de les faire respecter devraient faire autre chose.

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Commentaires

El Paul Okitasombo Luwundji
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je veut Jiste Vous Demandé Multiplier La Quantité Des Shop Par Territoire Pas Ce Que Pour S'enragistrer Avec Nous Qui Sommes Ou Village Ici A Lodja On A Pas Des Shop.

KONGOLO jeanpy
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des gachit ke des gachit