La sape, la fête et le verbiage, l’image du congolais ?

Article : La sape, la fête et le verbiage, l’image du congolais ?
25 mai 2016

La sape, la fête et le verbiage, l’image du congolais ?

Il faut voir les congolais, lors d’une rencontre officielle, à une fête et même à un deuil : ils sont trop chics, parfois exagérément. Ce n’est pas pour rien que la sapologie, doctrine des personnes élégantes, trouve ses racines en pleine capitale Kinshasa.

Mais là n’est pas le seul côté du congolais. Je vous en propose deux autres ou trois.

Soit dit en passant, j’ai participé à une rencontre de charité fort ennuyeuse. J’étais là pour ramener un compte-rendu à ma télévision. Les organisateurs, une ONG de protection des enfants, les officiels parmi lesquels des ministres, arrivent bien sapés (plein dans la sape). De jolies dames aussi. La cérémonie commence, de beaux discours, très cohérents, pathétiques, comme d’habitude. Arrive le moment de la collecte de fonds, plus de pathos hélas! Rien ne sort des grosses vestes et des chics sacs des dames. Tout le monde est venu voir les cousins européens faire œuvre de charité. Curieusement, ils sont  modestement habillés. Les gars très chics remercient et s’en vont avec l’aide financière. C’est leur droit d’être aidés !

La sapologie
Source: Justin makangara RDC, commons.wikimedia.org

A Dakar, à la récente formation de Mondoblog-RFI, c’est un ami camerounais qui taquine : « les congolais sont des sapeurs ». Pourtant, je me couvrais d’un simple polo et d’un blue-jean ordinaire, comme lui. On n’y peut rien parfois ! Le sapeur est devenu malheureusement l’image de tout congolais. Parfois, même des membres du gouvernement n’y échappent guère. Un ami qui vit en Europe me confie : « pendant qu’un malien se bat pour envoyer chez lui de l’argent, un compatriote veut se bat pour la sape en France. » Etre chic finit par être une obsession : « Kinois alela griffe », traduisez : « le kinois adore la griffe » ! Que c’est gênant de parler sans concessions, ça nourrit les clichés. Hélas, ainsi va le monde !

Les congolais sont aussi fêtards

Mais quels fêtards, les congolais ! N’est-ce pas naturel que l’homme chic inspire la richesse ou du moins, un certain bien-être social assimilable aux matériels ? Pour un mariage, tout le monde veut impressionner. Le plus drôle, c’est que de plus en plus de congolais pensent qu’ils peuvent se marier avec l’argent des autres. Un jeune homme de Lubumbashi envoie à ses proches des centaines de faire-part, des appels à contribuer pour son projet de mariage qui en plus, ne porte que sur les préliminaires : la pré-dot. Sans doute il ennuiera du monde !

Des nominations dans le gouvernement sont parfois longuement fêtées en RDC, tout comme des victoires sportives.

Après la fête, c’est le repos. Oui, les congolais aiment dangereusement les journées fériées et de longs weekends. Allègrement, un ministre signe un décret pour la ramener à vendredi ou à lundi, une journée fériée qui doit absolument être chômée et payée. Le mois de janvier, par exemple, est amputé de 4 jours, outre les dimanches et les samedis, d’office demi-journées que l’on clôture à 11 heures du matin : le 1er, le 4, le 16 et le 17. Curieusement, les trois derniers jours se recoupent et ont en commun le martyr. C’est sans compter le fait que dans la fonction publique, par exemple, des bureaux s’ouvrent à 10 heures et ferment trois heures après. Les moins à plaindre ont non pas 8 heures de travail, mais 8 heures au travail.

N’oubliez surtout pas le verbiage congolais

L’expertise dans le verbiage congolais apparaît lorsqu’il faut interpréter les lois, par exemple. Pour votre information, la plus récente des discussions qui tristement rigolo porte sur l’article contracté « du », dans le 2e alinéa du fameux article 70 de la constitution. Pour dire que Kabila partira en décembre prochain, à l’expiration de son dernier mandat constitutionnel, ou pour convaincre qu’il ne partira pas, les beaux parleurs reposent tout dans « du ». La phrase est toute simple : « A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu. »

Le « du » qui serait l’antonyme de « un », le du renvoyant au nouveau président élu et connu, et un (sous-entendu) renvoyant au sortant. Ce dernier est donc celui qui reste en fonction, attendant la remise et reprise avec l’entrant. Les mouvances, eux, expliquent que du désigne l’actuel président qui malgré tout a été élu et doit conteur si aucun nouveau n’est élu. Ça finit par être surréaliste et ressembler aux maths ! C’est aussi ça le congolais !

Sapeur, fêtard, le congolais est aussi parleur, dans une version ennuyeuse. Oui, le verbiage congolais prend parfois l’allure d’une compétition de football entre opposition et pouvoir. Cette combinaison, avec d’autres que je n’évoquerais pas ici, donnent « les congolaiseries », concept calqué sur kinoisieries, pour désigner tout ce qui est gauche dans la capitale Kinshasa : combines, mensonges, corruption, détournement, flatterie, etc. Est-ce pour me contredire ? Tous les congolais ne sont pas comme ça, mais hélas, ceux qui portent l’image du congolais le sont bien.

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