Lubumbashi : 4 médias s’éteignent avec la liberté de la presse

Article : Lubumbashi : 4 médias s’éteignent avec la liberté de la presse
3 mai 2016

Lubumbashi : 4 médias s’éteignent avec la liberté de la presse

C’est noir, l’obscurité couvre progressivement Lubumbashi. Nyota Radio-télévision et Mapendo TV, médias proches de l’opposant Moïse Katumbi restent fermés depuis trois mois. La diversité d’opinions se meurt dans la deuxième ville de la RDC en baisse au dernier classement de la liberté de la presse de Reporter sans frontière.

Avec Vkat (la Voix du Katanga), télévision de l’opposant Gabriel Kyungu wa Kumwanza, Nyota et Mapendo étaient la dernière voix contradictoire, en ce moment de forte propagande politique à visée médiatique dans la ville jadis base exclusive du président Joseph Kabila. A Lubumbashi, le silence et l’obscurité grandissent.

La fermeture de ces médias génère une grande peur d’être fermés pour ceux qui émettent encore. La peur d’être fermé oblige les médias à se censurer. Mais de mon point de vue, cette autocensure est une censure même. La méthode consiste à frapper des brebis vues comme galeuses, pour obliger les autres à se taire ou les pousser à l’extrême contrôle. Kinshasa ne crée donc pas des censeurs directs, il se sert des médias eux-mêmes en comptant sur leur intelligence à lire les signes du temps. Les journalistes risquent de devenir des simples chantres, et bientôt ils passeront à la danse.

Des pressions fiscales

Facilement, les médias fermés sont présentés comme moins corrects que ceux qui fonctionnent encore. Quand ils émettent les opinions contraires à celles du pouvoir, ils sont mal vus. S’ils persistent, ils n’ont pas le droit d’exister. Il existe actuellement une espèce d’omerta sur le nom et l’image des anciens alliés du président Kabila devenus farouches opposants : Pierre Lumbi, Moïse Katumbi, Gabriel Kyungu, etc. Les médias qui leur sont proches subissent toutes sortes de pressions, les dernières fatales étant les pressions fiscales.

C’est ce qui est arrivé à Nyota et Matendo, fermés pour non-paiement de taxes et impôts, officiellement. Mais on comprend que la politique y joue plus fort que tout, lorsqu’après avoir tout payé, y compris les pénalités encourues, les médias restent fermés, renseignent des journalistes de ces médias envoyés en congé technique le 23 avril 2016.

« Ils nous envoient toutes sortes des taxes à payer, même celles qui n’existent plus, dans l’optique de nous déstabiliser », explique un journaliste d’un média annoncé comme le prochain sur la liste des médias à fermer.

C’est facile de violer des règles professionnelles que de frustrer un dirigeant

Un enfant au plateau de Kyondo Tv lors d'une visite des élèves en 2014. Photo M3 Didier
Un enfant au plateau de Kyondo Tv lors d’une visite des élèves en 2014. Photo M3 Didier

Tous les dirigeants le savent bien : les médias congolais souffrent, tous, d’un seul mal congénital : œuvres des politiciens, ils sont créés avant tout pour la propagande de leurs propriétaires qui ne les dotent pas de budget de fonctionnement outre les matériels. Suffisant pour qu’ils vivotent, et qu’ils tournent au tour des politiques et des institutions pour de l’argent. Lorsqu’ils gênent, allez-y comprendre combien il est facile, on frappe le maître, et plus rien ne tiendra longtemps. S’ils résistent : on agite les pressions fiscales. Des médias de Lubumbashi en ordre avec le fisc, c’est rare ou n’existent pas du tout, même les plus en vue. Dès lors, pourquoi reprocher le non-paiement aux seuls médias proches des opposants politiques ?

Sans doute, certains médias frappés ne peuvent passent absolument pour irréprochables sur le plan du respect des principes régissant le professionnalisme médiatique. Mais la violation des règles fondamentales du journalisme est plutôt la chose la plus facile qu’on puisse demander à un journaliste ou à un média, plutôt que d’énerver un dirigeant politique, même quand il n’a pas toujours raison.

Des centaines d’emplois menacés

Avec Nyota, Mapendo, VKat et RTL Jua, ce sont plus de 300 employés qui risquent le chômage. C’est sans compter leurs dépendants. Or, on le sait bien, décrocher un emploi dans le Katanga, est un véritable parcours de combattant : même pour les plus danseurs de tous !

Plus le temps passe, moins il y a espoir de reprise des médias fermés. C’est arrivé ainsi à RTL Jua de l’opposant Jean-Claude Muyambo, actuellement emprisonné. Plus d’une année après, la question n’est plus évoquée et le plus dure, c’est que les organisations professionnelles (médiatiques) restent silencieuses. C’est la route sur laquelle semble embarqués les trois médias fermés depuis le début de l’année à Lubumbashi.

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