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Lubumbashi, deuxième ville de la République démocratique du Congo et capitale économique, vibre au rythme des bistrots. C’est peut-être aussi comme cela qu’on peut la présenter au quotidien : une ville Bacchus. Lorsqu’elles jouent, les équipes de football bien-aimées des lushois, –Mazembe et/ou Lupopo, – la bière, les michopo… ça coule à flot !

Des rencontres des jeunes s'accompagnent de bière

Des rencontres des jeunes s’accompagnent de bière

Le commerce de la bière prospère ! Dans les quartiers populaires, telle la commune de Kamalondo, il est rare de parcourir 100 mètres sans lire sur une enseigne : « Simba Iko » en swahili (Ici, la bière Simba). On compte par dizaine les habitants qui vendent la bière sur chaque avenue. Mais il existe bien d’autres endroits moins populaires peut-être parce que chers, mais où les connaisseurs se rendent régulièrement : le centre-ville par exemple. Sur chaque avenue, il est rare de ne pas rencontrer un bistrot. Le constat reste le même pour le reste des 7 communes de Lubumbashi.

Les brasseries et les bistrots

Les brasseurs et brasseries eux-mêmes prospèrent. La publicité de la bière est omniprésente dans l’audiovisuel et un peu partout sur de grandes affiches à travers la ville. Il y a quelques jours, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a rappelé la mesure interdisant toute publicité des boissons alcoolisées avant 22heures locales. Cette décision prétend vouloir protéger les mineurs des messages publicitaires sur la bière. Une décision fort critiquée puisqu’elle oublie la pub qui circule partout et que l’on croise même sur internet progressivement généralisé.

Les rencontres des jeunes se font aussi autour de la bière

Les rencontres des jeunes se font aussi autour de la bière

Elles sont nombreuses, ces brasseries. Mais les principales restent Simba et Brilima. Toutes se détestent et s’insèrent bien en concurrence. Elles présentent diverses gammes, mais copiées les usines des autres. Et les messages sont divers au point qu’ils peuvent aliéner certains : « Mwanauume wa nguvu asiongopake kintu » (l’homme fort, puissant ne craint rien) parce qu’il boit telle bière. Et on montre des hommes bien musclés et travaillant dur. « Sakishaaa ! » (Allumez le feu !)… il y a même des compétitions qui affrontent des puissants qui sont en réalité des consommateurs des bières, à travers les communes.

Chaque commune porte une réputation propre. Mais Kamalondo reste le fief de Bacchus et le temple où, telle la Mecque pour l’Islam, tout admirateur des multiples saveurs des bières doit se rendre pas une fois, mais plusieurs durant le mois. Mais Kamalondo c’est aussi les Mitshopo, les brochettes (viande de chèvre ou de mouton rôtie). Mais dans d’autres quartiers, Katuba par exemple, du chien pour accompagner la bière, et c’est selon le goût, les caprices de chacun ou les us alimentaires !

Les fils de Bacchus

La bière demeure la distraction préférée de plusieurs lushois en dehors des rencontres du football. Quelqu’un est-il mort ? On boit pendant et après le deuil. Certains, même sur le chemin du cimetière, trainent des bouteilles de bières ou d’alcool. D’ailleurs, cela ne coûte pas si cher, surtout pour les jeunes : 1500 FC, soit environ 1,5 USD.  Dans les rencontres des jeunes, les soirées ou le weekend, on compte des dizaines de bouteilles, des casiers… Et durant les fêtes ? Une autre histoire !

Malgré l’interdiction des autorités, les pastis, produits en petit sachet et beau-marcher, jusqu’à 300 FC (environ 0,33 USD) circulent au noir. Ils sont alors non seulement portables partout, mais surtout accompagnent les consommateurs partout : dans les taxis, dans les bus, dans les carrières minières et dieu seul sait s’il n’y en a pas qui vont jusque dans les églises ! Pourquoi pas ? Les gospels sont entrées dans les débits de boissons et on dense dessus. Et ça marche.

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Une boite de nuit à Kamalondo, Lubumbashi. M3 Didier

Vin, puis sexe…

Suivez-moi sur quelques sites phares. Entrez à présent. Vous êtes chez « new Line », c’est sur l’avenue Kapenda un peu au sud-ouest de la ville. Le coin n’est pas discret. Il a été mis à découvert par les arrêtes de bus divers fixés juste en face. Ça fait plutôt bonne affaire : le monde a le temps d’y jeter un coup d’œil. Et ceux qui ne le connaissent pas, peuvent facilement le découvrir. Et comme Bacchus est vin, et le vin appelle le sexe, voilà que juste à côté se tient un hôtel. Malheureusement, il vient de fermer, parce qu’il n’est pas accessible à la majorité des visiteurs de cousin « New line ». D’ailleurs, le coin où tout peut se régler, bien entendu avec accord du barman, ne manque pas toujours. Et les jeunes serveuses (18 à 25 ans) se montrent toujours très cools. Leur rôle, c’est de servir, n’est-ce pas? Après tout, de Bacchus à Venus, il n’y a qu’un pas.

Ce n’est pas non plus n’importe où, chez New line ! A l’extérieur la même bière coûte 3000 FC, dehors 1500. Hé, c’est quand même en ville non ? Etonnant pour une ville où la majorité des citoyens trime pour trouver 1 kg de farine de maïs en vue de manger aujourd’hui !

Sur Changalele, au Carrefour, « Chez jus d’orange » fait autorité ! Mais n’attendez pas en trouver à profusion, ce jus ! Oubliez ça ! Il y a de l’ambiance le soir, le weekend. Des belles caisses jonchent l’avenue ! Ce bel endroit peut aussi être évangélisé, puisqu’il s’y trouve deux églises : catholique et de réveille. Une juxtaposition intéressante : bistro, catho et réveil ! Plus loin, proche du campus de l’Université de Lubumbashi, plusieurs boîtes se suivent. Sans doute, on vise les étudiants. Et le soir, c’est souvent plein.

Les sites sont inépuisables ! Un nouveau, plus class, vient de naître au centre-ville. On peut y obtenir une carte VIP et consommer comme on veut, et payer sa facture à la fin du mois. Il faut être d’une certaine grâce. La plupart de ces bistrots, si non toutes, détiennent des documents les autorisant à fonctionner, signés par l’inspection de l’environnement de la province : on parle d’« enquête Comodo in Commodo » et du « permis d’exploitation ».

Malgré ces permis, la propreté semble très peu assurée dans certains débits de boissons. Par crainte de ramener des maladies à leurs maisons, certains préfèrent carrément prendre leur bière par la bouteille et oublier ainsi les verres. Il semble qu’ils ne sont rarement bien rincés.

Avec la collaboration de

  • Kankesa Ngalamulume, Kayembe Tshilombo,
  • Ntambwe Bunduki, Cibamba Isidore, Mpanga Sangaji
  • et Kabamba Mbaya, étudiants finalistes en Journalisme. Lubumbashi, UNILU

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