Femmes, hommes et Dieu: élections autrement

Des témoins des candidats devant les urnes le 28/11/2011 dans un bureau de vote au quartier Makelele dans la commune de Bandalungwa à Kinshasa, pour les élections de 2011 en RDC. | Source: radiookapi.net

Elections provinciales, les enjeux sont nombreux. Voici un de non moins grand : la participation accrue des femmes et la possibilité de bousculer ou non les hommes. Au nombre des stratégies en vue pour les nouvelles venues (déjà avec 100% de candidatures féminines dans certains partis) : Dieu. Voilà qui ne manque pas de veine, la stratégie paie en RDC déjà qu’à la tête de la CENI sont placés des religieux, depuis 2006. Volonté divine ou humaine ?

Les femmes, voici peut-être l’alternative, le salut du Congo. Enfin, une autre alternative ! Car  déjà des jours avant, des footballeurs se sont présentés comme une « alternative », pour la politique « autrement ». Rassurez-vous bien que le jour où une loi en faveur du sport est votée sur initiative des sportifs,  plein d’effusion de joie de pentecôte, le célèbre candidat député gardien du TP Mazembe ne dansera pas sur ses fesses. Après tout, ce sera quoi le mal ? Ca vaudrait mieux qu’une bagarre en plein hémicycle !

Les nouveautés des futures élections en RDC

Source: rfi.fr

Mercredi 27 mai soir, une télévision montre trois femmes qui déposent leurs candidatures aux provinciales à Kipushi, une ville presque contiguë à Lubumbashi. Chacune mesure ses chances « avec l’aide de Dieu ». Hum ! Mais Kipushi, n’a que deux sièges. Le risque que ce Dieu soit injuste pour une des trois candidates est certain : 100%. Tout un contraste à cette religiosité ostentatoire, l’ancien président de la CENI, pasteur Daniel Ngoy Mulunda qui a déposé lui aussi sa candidature aux provinciales peut surprendre : « On ne délivrera jamais ce pays avec des jeûnes, prières et louanges ». Si plusieurs internautes de Lubumbashi ne reprochent pas grand-chose à cette conviction du pasteur, son retour en politique fait débat. « C’est ainsi que l’arbitre devint joueur », ironise un d’eux. Candidat aux élections, pourquoi faire, lui le religieux ? « Kabilste centriste », il a déjà répondu. Dieu seul sait si la CENI qu’il a dirigé, lui le Kabiliste était aussi centriste.

Enfin, parmi les nouveautés des législatives provinciales annoncées, une figure de la culture : le comédien Nzembela devenu un publicitaire depuis un temps. Plaisant et donné pour « intellectuel », Nzembela compte sur l’humour, le rire qu’il inspire pour convaincre son électorat. Idem pour l’assemblée ? De cette manière, les provinciales à venir vont représenter tout le monde, si toutes les candidatures sont confirmées par la CENI.

Religion pour convaincre ?

Si la drogue qu’est la joie d’être de la communauté qui réussit dans un match de football peut profiter à un footballeur candidat aux élections, le comédien peut compter sur le caractère duratif de son œuvre gravé sur un DVD ou des pubs comiques pompées dans l’audiovisuel. Mais quelqu’un croit avoir mieux que tous : la femme. Elle a simplement Dieu. Une affaire privée avec de Dieu lui-même. Elles y croient dur comme fer. « Ce que femme veut, Ciel le veut », vous le savez en effet. Elles savent toutes le répéter. Hum ! Ngoy Mulunda a beau raconter ce qu’il croit. Depuis le début de 2015, le discours des féministes ne jure que par 5 mots : « participation politique de la femme ». Présente et toujours présente dans les églises, moquées et même à la suite des célèbres devins, Dieu malgré tout n’a pas de choix que de les gratifier, les femmes ! En langage chrétien « réveil », on dit « élévation ». C’est ce qu’elle veut la femme. « Ce que femme veut, ciel le veut ». Ah oui, Dieu exécute la volonté de la femme, cette femme qui le cherche depuis toujours et partout. La volonté de Dieu est donc probablement la femme. Femmes députées, femmes présidente, femme partout où elle a été rare. C’est son tour dans cette théocratie où Dieu fait la volonté des hommes. Il va maintenant faire celle des femmes. Voilà la donne.

Des témoins des candidats devant les urnes le 28/11/2011 dans un bureau de vote au quartier Makelele dans la commune de Bandalungwa à Kinshasa, pour les élections de 2011 en RDC. | Source: radiookapi.net

Des témoins des candidats devant les urnes le 28 novembre 2011 à Makelele, Kinshasa. | Source: radiookapi.net

Entre l’homme et la femme, le choix clair pour Dieu ?

Les voilà prévenus, les hommes malaimés de Dieu. 54 ans de marche à reculons, les candidates aux provinciales ne ménagent pas de critiques. « Depuis l’indépendance, ce sont les hommes qui dirigent ce pays, SANS la femme », explique une féministe. « Ils sont échoué ». Le temps de la vengeance ? C’est le moins que l’on puisse dire. Mais que disent-elles qui vient d’où et qui soit nouveau dans cette théocratie : Dieu a-t-il changé ? C’est ce qu’on va voir. Juste quelques mois et ce sera la campagne électorale.

En tout cas, elles sont déterminées. Y arriveront-elles ? Oui, avec l’aide de Dieu. Pourvu que les élections divines permettent l’équité. Puisque qu’au même moment, Dieu multiplie des révélations sans abroger « les dispositions antérieures ». On a donc toujours en cours les hommes qui échouent, élus par Dieu lui-même. Plus encore, Dieu lui-même est candidat aux élections.

À propos de l'auteur

Didier Makal

Journaliste qui blogue. Chercheur en communication, intéressé par les TIC, auteur. Aime la lecture et les films. Vit à Lubumbashi, dans le Katanga, en RDC.

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