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Le président Félix Tshisekedi est arrivé à Lubumbashi vendredi 12 avril. Première visite d’un nouveau président, promis à une alternance tous azimuts dans la capitale mondiale du cuivre et du cobalt. Mais où beaucoup de gens, moi y compris, ne savent pas en réalité à quoi servent ces minerais. Pour le Congolais ordinaire, précisez bien.

Le samedi, soit un jour après l’arrivée du président Tshisekedi, je suis dans une équipe des leaders de la société civile. Ils vont demander au chef de l’État que cessent impunité, corruption et insécurité qui mettent à genoux et l’économie de la région, et la paix sociale. Puisque ces derniers temps, à Lubumbashi, on ne parle que d’une chose qui écœure encore plus qu’à son apparition en 2016 : les vols massifs avec viols et tueries.

En attendant d’être reçu par le président Tshisekedi

A 13h TU. Le président devait donc nous recevoir. Allons-y donc vite vite.

Pour dire changement à un président promis au changement, je suis quand même dans la délégation et bien dans ma peau ! J’y suis, en plus, le plus jeune, avec une dizaine des aînés quinquagénaires. J’ai un bloc-note, un smartphone et un stylo. Réflexe journalistique!

C’est l’heure. Nous nous approchons du bureau où le président reçoit, au gouvernorat du Haut-Katanga.

« Toi, tu viens voir le chef de l’État en chemise ? » m’apostrophe un aîné. Puis un autre renchérit : « on ne te laissera pas entrer comme ça. »

Sans chemise, parmi les gens en veste…

Je suis en effet, le seul de l’équipe sans veste au dessus. Parmi les hommes, faut-il préciser. Puisque deux femmes n’en n’ont pas. Elles sont en libaya, une sorte de blouse en pagne, devenu par une incompréhensible alchimie symbole de féminité africaine.

Mais… bon, mais laissons le pagne ! Revenons à ma chemise. Je ne suis pas quand même sans habits. Ma chemise, bien repassée et bien blanche, n’est pas mal non plus. Je ne peux pas m’admettre mal vêtu ni dévêtu d’ailleurs.

Finalement, comment se présenter devant le président ?

Je ne réponds pas à mes aînés. Mais leur reproche entame ma confiance en moi. On a beau être opiniâtre, devant les coutumes, on finit par avoir tort et se révéler ridicule. Même si ce sont ces coutumes qui le sont plus que les opiniâtres.

En effet, dès l’instant avant de sortir de ma maison, j’ai décidé de ne pas porter de veste. Oui, c’est fou non ? Pourquoi voir son excellence monsieur le président de la République en chemise ? N’est-ce pas un manque de considération, me dirait un “mouvancier” lambda ou simplement un sacré conformiste. Mais, en réalité, pourquoi on ne verrait pas son président en portant simplement et bonnement une chemise, et même en t-shirt ? Et pourquoi pas même “dévêtu” ? Ce n’est pas exagéré. Est-ce pour dire qu’il faut être chic, présentable pour voir son président ? C’est-à-dire privilégier la forme plutôt que le fond ? Est-ce à dire que le président ne l’est que pour ceux qui font bonne impression ? Que les mal-fringués n’ont pas le droit à le voir ? Et s’Ils sont incapables de se payer de fringues bling-bling, c’est de leur faute ? Alors qu’ils ont élu président, députés et sénateurs pour être mieux ?

Non, assez trop bien habillés, Congolais !

Non. Je refuse de jouer le jeu (oh, lourdeur !) des flatteurs. Oui, c’est trop flatteur et même hypocrite ce penchant congolais à faire bonne impression. Je refuse. Si un jour le président accepte de me recevoir, où que ce soit, je serai en chemise. Peut être même en t-shirt. S’il refuse, j’irai regarder un film. Bref, je souhaite que dans mon pays, la RDC, qui a déjà assez d’urgences, on se penche sur les vrais problèmes. Mieux ou mal se vêtir ce n’est pas ça qui développe ou sous-développe notre pays. Il faut savoir écouter ce que les gens vous disent plutôt que comment ils sont habillés. Je ne crois pas que cela soit vraiment un ordre du président que seuls les mieux chics le voient. C’est l’oeuvre du conformisme ridicule congolais.

Pour tout vous dire, nous n’avons même pas été reçus. Le protocole attendait des musiciens, à l’heure. On n’était pas enregistrés.

Je suis plus souplement reparti, sans veste sur moi, que mes chers aînés très “endimanchés” comme on le dit à Lubumbashi.

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