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Sexualité quand tu pièges des Africains

Parlez-vous de sexualité à la maison ? Chez-nous, jamais ! J’ai rencontré des jeunes voyeurs dans un quartier périphérique de Lubumbashi, au cours d’une promenade : cela m’a rappelé plein d’histoires. Une d’elles ennuie les jeunes enroulés dans les tabous.

Un jour, je me retrouve à Kalamba, puis à Musumba, des villages célèbres perdus dans l’ex-province du Katanga, à environ 1000 km de Lubumbashi. Malgré mes 24 ans d’alors, la contrée me trouve trop vieux pour demeurer célibataire, d’autant plus que je ne perds pas de vue en tant que jeune enseignant, de français en plus !

Sans loisir, on joue avec le sexe ?

Comprenez-vous déjà quelque chose sur ce qui se passe entre filles et garçons ? Le sexe, on ne joue pas avec. Ça, c’est la bible de coutume qui le dit, hein ! D’ailleurs, on ne parle pas de sexe. Mais dans ce monde, loin de la ville, sans cinéma, sans télévision (il y en a une depuis près de 3 ans !) et sans vrai loisir, que pensez-vous que font les jeunes lorsqu’ils se retrouvent dans un coin perdu ? Ah !

Beauté et nature africaines vue par Jeff Kitenge

Beauté et nature africaines vue par Jeff Kitenge

A 14 ans, ce n’est pas déjà trop tôt pour être parent. Les jeunes commencent trop tôt, et ce n’est pas de leur faute. A cet âge, en Afrique ou ailleurs, nous sommes tous plein de curiosité, de rêves et de fantasmes. Sauf que chez moi, on n’a presque personne pour démystifier le mystère. Au contraire, il se double de la peur. Le sexe et la sexualité deviennent une énigme. La peur d’être grondé, la peur d’être puni pour voir osé ou tripoté, tout cela poursuit les moins rebelles jusqu’à leur mariage. Normal qu’ils la répercutent sur leurs enfants et petits-enfants. C’est la perpétuation des tabous !

On gronde, mais on pousse en même temps à oser…

Voilà tout. A 24 ans, vous commencez à énerver voisins, grands-parents, oncles et tantes si vous n’avez pas pris femme. Pire encore pour la jeune fille : d’ailleurs on la soupçonne d’être stérile ou professionnelle de l’avortement. Ah, celles-là encore : les tantes ! Elles vous sermonnent jusqu’à ce que vous vous énerviez et preniez femme… Leurs reproches inspirent le sexe, le plus souvent, mais jamais elles ne vous éduquent à la sexualité. Curieusement, la tradition veut que tantes et oncles parlent de sexualité aux ados de leurs parents, les parents géniteurs étant trop pudiques pour cela !

Mais rendez grosse, vous les verrez tous courir pour des leçons, comme si vous leur devez des comptes. Oui, on ne doit des comptes que lorsqu’on a été prévenu, renseigné, éduqué. Pourtant, plusieurs jeunes, moi y compris, ont appris dans la rue, tout ce qu’ils savent sur la sexualité, à part peut-être les rares qui tirent profit des cours de biologie.

Les adolescents qui ont joué au sexe ou ont échangé des câlins croient avoir décroché le ciel ou découvert un grand trésor. De facto, ils se trouvent supérieurs à leurs camarades encore « bleus ». Oh, Afrique ! Si seulement on comptait combien nos enfances meurent dans cette euphorie et combien d’avenir se noient dans les tabous autour de la sexualité !

On punit ceux qui rendent grosse

Si en ville le garçon qui rend grosse ne redoute qu’on vienne lui abandonner la ville enceinte, sans ressource ni préparation, au village, à Musumba et à Kalamba, par exemple, les pressions sont grandes. Outre qu’un coup de semonce de ses parents lui tombe dessus, sans exclure des violences physiques, « l’engrosseur » doit se préparer à faire face à la famille de la fille. Il est parfois battu, aussi bien que sa copine. Une grossesse hors mariage fait honte à tous et constitue, en effet, un affront à l’honneur !

Faute des violences, la colère peut être commuée en de fortes amandes avant la dot, parfois réclamée au commissariat de police, pour plus de répression et une exécution rapide. Si les études de la fille sont interrompues, c’est la faute au garçon. C’est encore sa faute, si elle n’est pas honorablement épousée. Dans les deux cas, il paie des amandes en guise du « chômage ». Remarquez bien que le mot n’a rien de son sens économique.

Mais quelle société révoltante ! Ne gagnerait-on pas à parler clairement du sexe aux adolescents en Afrique, et au Congo précisément ? L’interdit attire, on n’y peut rien, en effet. Tant que le sexe et la sexualité resteront un mythe, alors des jeunes oseront et pire alors, ils prendront des risques inutiles.

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Afrique : milices présidentielles dans les armées

Un soldat, ça ne réclame pas de droits, mais ça accomplit ses devoirs. Ça ne vote pas en plus, ça protège. Mais là où le soldat acquiert le pouvoir citoyen de choisir, il n’a qu’un choix : le commandant suprême, c’est-à-dire, le président sortant. C’est ce qui est arrivé au Tchad d’Idriss Deby, où des militaires auraient disparu pour un non aux dernières élections.

Si en réalité pareille affaire est restée presque inconnue du grand public dans d’autres pays, on ne peut supposer son inexistence depuis les indépendances. Qui d’autre un soldat devrait-il élire, sinon celui qui a le dernier mot sur sa vie ? Vous vous demandez sans doute, comme moi, à qui servent les soldats dans certains pays africains ? Question très simple. Voici ma réponse :

En règle générale, l’armée et la police ne votent pas

Dans plusieurs pays africains, les constitutions veulent que les hommes et femmes de rang restent en dehors des rênes politiques. On dit qu’ils doivent rester neutres. Si le vote est un acte civique, ce que d’ailleurs les universités et les politiciens n’ont pas arrêté d’enseigner, c’est d’abord pour les autres. Pas pour les soldats. Pour l’armée et la police africaines, voter est un acte hautement politique, il donne des idées politiques. Le plus inimaginable, c’est un vote contre le président sortant : c’est presque passible de mort, comme la félonie. Pourquoi donc ? La raison est simple :

L’armée et la police sont au service des présidents

Ce n’est pas de la mathématique : la longévité des présidents est fonction du contrôle qu’ils ont des militaires et des policiers. Deux principes président à cette gestion personnelle des forces armées : « diviser pour régner » et « paupériser pour dominer ».

Le premier principe, « diviser pour régner », permet aux chefs d’Etats africains de susciter des envies en soignant des unités spécialement commises à leur sécurité. On les appelle Garde présidentielle, Division spéciale présidentielle, etc. Ce sont les mieux vêtues, les visiblement bien « soldés »… alors que les autres galèrent. Il faut amener tout le monde à désirer rejoindre ces élus des régiments du ciel. Une fois dedans, on n’a qu’une seule envie : y rester. D’où la soumission inconditionnelle devenue règle d’or. Je passe outre la question des soldes ridicules dans plusieurs pays pour ne pas heurter les sensibilités.

Les milices présidentielles

Certains des régiments présidentiels prestigieux deviennent carrément des milices des chefs d’Etat. Le sale boulot des régimes, c’est aussi l’affaire ces armées privées dans les armées dites Républicaines. Ainsi, la DDS (un prolongement de son armée) d’Hissène Habré fait encore grincer les dents à ce jour. C’est avec émoi que les Tchadiens peuvent vivre l’affaire des disparitions forcées des soldats électeurs indépendants qui se sont détournés de Deby, si cela est prouvé.

Aussi, à la tête des armées de seconde zone, les généraux sont nommés, non pas pour défendre le pays, mais le régime. Ils sont gâtés pour ne pas révolter des soldats maintenus dans la misère. Et c’est aussi affaire d’ethnie ou de régions, en majorité. Ainsi, il se raconte que le général François Bozizé de la Centrafrique se serait accordé 2000 hommes dans une armée d’environ 7000 âmes. La garde de Blaise Compaoré a voulu perpétuer la dynastie après le maître, en vue de le protéger aussi. Tout le monde sait aussi comment la DSP du maréchal Mobutu inspirait la terreur à tout Zaïrois, y compris même les sbires du régime.

Il restera au moins cette vérité : porter une arme et glisser un bulletin dans une urne semblent passer pour une redondance, un double pouvoir : le soldat peut doublement s’exprimer. Tantôt avec sa Kalache, tantôt avec son bulletin pour punir. Mais tout cela ne devrait pas faire peur si nos pays organisent des armées homogènes plutôt que d’entretenir des milices à leurs fins propres. Un militaire, du cil ou de la terre, a doit de voter, et de voter librement.

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L’étonnant optimisme des camerounais sur Paul Bya

Le Cameroun sur lequel trône Paul Biya depuis voici 34 ans, vit une exception. Une exception singulière (lourdeur ?), en pleine Afrique centrale qui rivalise de mandats interdits par les lois fondamentales et victoires par K.O. aux élections.

Pays atypique dans cette Afrique, je le crois bien, le Cameroun ne connaît pas assez d’agitation au tour de l’alternance au pouvoir, c’est-à-dire, la succession à Paul Biya. Pourtant, des plus présents et actifs sur les réseaux sociaux, les jeunes camerounais parlent de tout, et assez moins ou pas du tout de politique.

Cette observation que j’ai faite de mon Congo natal, je suis venu la confirmer à Yaoundé, capitale du Cameroun où au-dessus du footballeur Samuel Eto’o et la passion du foot, règnent un dieu unique : Paul Bya !

« Laissez tranquille Paul Biya. Nous, on ne s’occupe pas de lui », explique un ami.

Sans faim, pas de bruit

Dans les rues, je décide d’interroger quelques personnes qui affichent ce même sentiment. Le camerounais paraît tranquille chez lui. « Il a sa nourriture, il cherche l’argent pour sa bière, explique un journaliste, tout sourire. Le lendemain, il reprend encore le cylce. »

Et la vie continue. La politique intéresse peu plusieurs camerounais, les jeunes en majorité. Mais l’image qu’ils en ont est négative, témoin d’un dépit et d’une lassitude pour un régime qui n’en finit pas et ne tient plus qu’à un seul fil : la volonté du président de la République. Mais ils semblent ne pas le détester, cependant.

« Vous pouvez faire tout ce qu’il vous semble bon, au Cameroun. Mais ne touchez pas à Paul Biya », commente François.[1]

François poursuit que « le président n’est pas prêt à lâcher le pouvoir par et pour lequel il vit. » Les camerounais ayant compris cette réalité, préfèrent le laisser seul, « tant qu’il leur garantit la bouffe et la bière », commente le jeune de Yaoundé, on ne peut plus caricaturiste. Un autre ajoute que personne n’est prêt, parmi les investisseurs étrangers, à soutenir une contestation du régime qui risque d’aboutir à la mise en danger des investissements locaux et étrangers considérables. Il ajoute enfin, que le secret du deuxième président du Cameroun tient peut-être au fait qu’il a su garantir la nourriture à son peuple.

Optimistes, Paul Biya quittera le pouvoir croient les camerounais …

Mais ce qui me frappe, c’est surtout l’optimise, à la limite du sarcasme, qui anime mes interlocuteurs camerounais. Ils savent qu’un jour, Paul Biya partira, sans arme ni pneus des voitures brûlées sur les routes. Ce jour-là, est celui du décès de l’éternel président camerounais. « Laissez-le mourir au pouvoir. Nous n’avons pas besoin de problème  », commente François.

C’est une jolie idée, au-delà de tout risque de naïveté, dans la mesure où cela évite le désordre. Seulement, après Biya, plusieurs camerounais pensent que les leaderships longtemps étouffés vont s’affronter. Personne ne sait comment ni ce qui arrivera. C’est arrivé dans plusieurs pays où des présidents ont eu de longs règnes.

[1] Le nom a été modifié.