RDC, c’est parti pour une période d’incertitude

Article : RDC, c’est parti pour une période d’incertitude
16 avril 2015

RDC, c’est parti pour une période d’incertitude

Elles arrivent de nouveau les élections, et avec elle la peur et le deuil! Par deux fois les élections en RDC se sont accompagnées de violences. Sans élection, pas de violence ? Pas sûr. « Jamais deux sans trois » ? Le 15 avril 2015 a démarré le controversé calendrier électoral avec au programme, le retrait des formulaires des candidatures suivi des dépôts à la Céni. Seront élus les députés provinciaux qui à leur tour éliront les sénateurs. Les raisons de craindre ce processus déjà controversé ne manquent pas.

Un jeune homme exibant un bulletin de vote. Source: desc-wondo.org
Un jeune homme exhibant un bulletin de vote. Source: desc-wondo.org

Un calendrier électoral qui irrite même dans le camp du pouvoir

Aussitôt publié en février dernier, le calendrier électoral a été contesté en RDC. La Commission électorale nationale indépendante (Céni a proposé un chronogramme « trop serré » et favorisant le « glissement » (d’après l’opposition) que certains ne voudraient pas accorder à Joseph Kabila. « Kabila s’arrête en décembre 2016 », pas plus, déclarait il y a quelques semaines un opposant. L’opposition confectionne son calendrier et la présente à la Céni. Affront et provocation, crie un député de la majorité au pouvoir. Ce n’est pas inutile de noter que ces élections, environ 7 au total sur moins de deux ans, demandent plus de 1,2 milliard de dollars, l’argent que ne peut sortir seule la RDC qui a un budget microscopique de 8 milliards. La Communauté internationale s’intéresse à la discussion et propose d’aller directement à la présidentielle et aux législatives. La réponse de Kinshasa ? La Céni ouvre ses bureaux pour la réception des candidatures aux élections provinciales, le 15 avril 2015. Vraisemblablement, pas grand-chose à attendre des discussions annoncées au Parlement sur le calendrier électoral. Les lignes ne bougent pas du tout. Et en Lingala on dit à pareille occasion : « Oy’ekoya, eya (ce qui arrive, arrive !)

Un climat politique et social explosif

La situation politique en RDC reste volatile. Alors que Kinshasa croyait « tout » maîtriser, les protestations contre la révision de la loi électorale en janvier dernier ont montré combien le pays est sous tension. A peine cette histoire oubliée, le régime a eu ce fâcheux enchevêtrement d’actions sensibles : calendrier des élections et accélération du processus de découpage territorial resté en veilleuse ou pas du tout appliqué depuis 2003. Le non de certains leaders au Katanga semble préoccuper tout le monde comme si personne n’avait pris la vraie mesure de la pression que causerait ce découpage la veille des élections. Les services de sécurité (renseignement, police, armée), le ministère de l’Intérieur, etc. se succèdent au Katanga avec tous en commun « l’appel au calme. » Curieux si l’on sait qu’il ne s’est rien passé jusqu’ici qui mérite ces discours. Un casse-tête, mais ce n’est pas fini. Filimbi (flutte), Lucha (Lutte pour le changement), ces mouvements citoyens des jeunes à Kinshasa et à Goma sont une épine, une grosse alors, dans le pied du régime qui désormais se demande s’il faut poursuivre la traque ou carrément l’arrêter. Les pressions internes et externes ne faiblissent pas pour libérer ceux qui sont détenus « au secret. ». Enfin, cette autre affaire qui gêne le pouvoir : la fausse ou tombe commune de Maluku où ont été enterrées les quelque 424 morts dont les causes de décès suscitent des polémiques.

Parce qu’à l’occasion des élections, nous nous battons

Méfiance, réserve, voilà les sentiments qui prennent les rares citoyens ordinaires qui acceptent de se prononcer sur ce processus électoral. Plusieurs n’ont pas oublié la peur qui avait suivi la finale des premières élections ayant opposé Jean-Pierre Bemba à Joseph Kabila en 2006, surtout dans la capitale où des chars avaient circulé, après la publication des résultats des élections. C’est encore les cauchemars pour ceux qui eurent le malheur d’avoir été voter lorsque surgirent des may-may et les électeurs qui soupçonnaient des bourrages des urnes à Lubumbashi et dans d’autres villes de la RDC.  La contestation de la réélection de Joseph Kabila par Etienne Tshisekedi en 2011 faisait déjà des victimes à Kinshasa. Et comme en prélude, en janvier 2015, des citoyens sont morts sur le chemin de la contestation d’une loi qui plus organise les élections qui démarrent.

Si plusieurs vont aux élections, c’est parce que jusqu’aux derniers scrutins, il leur a été dit : «Si vous ne votez pas, il y aura la guerre … » Terreur pour des millions d’électeurs, pauvres, généralement analphabètes et exploités par les politiques de tous bords ! Forcément, c’est un sacré funeste mot : « Elections ». Quand on les annonce, certains électeurs dorment la peur au ventre. Cela a commencé déjà comme ce passager rencontré le soir dans le bus, en rentrant à la maison : « Et ils vont encore tirer sur nous le jour des élections ». J’espère qu’il n’en sera pas ainsi cette fois. Kinshasa a besoin de montrer à la face du monde que certains discours ou scepticismes n’ont pas eu raison. Y arrivera-t-il ?

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Commentaires

Guy Muyembe
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C'est clair: l'avenir est plutôt sombre dans un cas tout comme dans l'autre: si le processus déraille nul ne sait ce qui adviendra.si le processus poursuit son bon homme de chemin nul ne sait ce qui adviendra non plus.