Le pakavilisme, la redoutable maladie des congolais

Article : Le pakavilisme, la redoutable maladie des congolais
7 juin 2016

Le pakavilisme, la redoutable maladie des congolais

Dans ce billet, je vous parlerai d’une maladie endémique qui prend des millions de congolais et les tient captifs : le pakavilisme.
Surtout, n’allez pas chercher ce concept dans les dictionnaires : c’est une édition épuisée et sur mesure pour les congolais !

Le pakavilisme, comme tous les ismes, se veut un système de pensée achevé, où rien ne va mieux : ni hier, ni maintenant et jamais demain. C’est une catastrophe et on n’y peut rien. Une francisation du swahili « paka vilé », le concept signifie : « pareil, toujours comme ça ! ». En RDC, en effet, c’est toujours comme ça : « Ni paka vilé ! »

C’est toujours comme ça en RDC !

C’est toujours comme ça que les dirigeants politiques aiment leurs postes plutôt que leur peuple, c’est toujours comme ça que la corruption rend des individus plus riches que l’Etat lui même, c’est toujours comme ça que le peuple se plaint de son sort sans jamais agir pour le changer … c’est toujours comma ça, c’est le pakavilisme congolais.

Nous avons démissionné de nous-mêmes

Il semble que chaque peuple vaut ses dirigeants. A propos des congolais, je crois que le salut des politiciens pourtant bien mesurés au pakavilisme, profitent bien de la conception pakaviliste de la vie. Ils n’ont personne ou presque pour leur demander des comptes. C’est peut-être la preuve que cette population congolaise, analphabète à plus de 60%, ne comprend pas grand-chose des problèmes nationaux qui se posent . C’est toujours comme ça que nous souffrons !

Mais hélas, même les intellectuels ne se posent plus de questions. « Ils n’y a personne pour entendre nos interrogations », explique un enseignant. Et, être critique, même si cela permet de ne pas marcher sur la tête, ne vous procure que malheur ! Alors on se cache dans le paka vilé !  Cela ous poursuit d’ailleurs partout, c’est ancré dans nos coutumes. Pourquoi demande-t-on au futur mari de vêtir ses beaux-parents ? La réponse est « paka vilé » ! Lors d’un deuil, pourquoi les femmes pleurent-elles dans la maison, à part, pendant que les hommes papotent et boivent autour du feu, dehors ? – Paka vilé !

Nous les pakavilistes congolais

La majorité de mes compatriotes femmes éprouvent nullement de gêne quand on les déclare ravissantes où quand on dit qu’elles inspirent responsabilité, savoir ou intelligence. C’est ce qui est arrivé à un meeting où la plus haute autorité attendue était une femme. Alors qu’il doit l’inviter à parler, le modérateur vente sa beauté, sans que cela n’esquisses un seul trait-tiré sur son visage. En vain je m’évertuais à condamner cette manière de présenter la femme congolaise : « Mwana muke ndjio vile », « c’est comme ça la femme », répond une journaliste.

Ah, la politique ! C’est tous les jours du pakavilisme, comme la doxologie catholique, un pakavilisme conjugué au passé, au présent et pour l’éternité : « comme il était commencement, maintenant et toujours, à jamais ! » Oui, c’est paka vilé, et l’histoire de mauvais dirigeants sert à noircir tous les nouveaux et ceux qui vont venir. « Les congolais sont comme ça, ils n’aiment pas leurs compatriotes. L’ennemi du congolais, c’est le congolais lui-même », aime-t-on le dire en RDC.

C’est un fatalisme outrancier qui s’en suit. Perverti, il nourrit les pakavilistes. Pas tous, mais quand certains congolais qui décident de s’expatrier, c’est par naïveté : ils croient trouver le bonheur qu’ils n’ont pas ailleurs. Pourtant, où ils arrivent, la règle demeure la même (peut-être en des termes non identiques) : façonner son devenir, se battre !

Des gouvernants pakavilistes

Il se raconte que, en visitant il y a quelques années un ravin exagérément agrandi à Kinshasa à cause de l’érosion pas du tout combattue, le gouverneur André Kimbuta a lâché : « mboka oyo eko bongama te ».Traduisez : « ce pays ne changera jamais. » Quel pakaviliste ! Fait grave !

Que voulez-vous que croie la population, à plus de 60% analphabète, si un gouverneur de province tient de telles affirmations ? Comment dire aux gens que la RDC change, lorsqu’on décrète la « tolérance zéro » sur la corruption, et que personne n’est puni lorsque les matériels de fibre optique sont surfacturés, entraînant une connexion bâclée ou estimée telle ? N’est-ce pas aussi pour nourrir le pakavilisme que 15 ans après son adoption par référendum, aucun des initiateurs de la Constitution congolaise ne se réclame plus d’elle ?

C’est toujours comme ça, la RDC : Congo, ni paka vilé.

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Commentaires

IBRAHIM
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Que soit béni le jour ou tu es venu au monde mon frère. Merci pour cette réflexion.Comment avoir le livre?

Didier Makal
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Merci cher frère