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Il ne voulait plus du monde. Moto voulait fuir l’homme. Un peu comme les ermites, mais pas exactement. Puisque, dans son passé de moins en moins connu du monde, l’homme avait aimé, beaucoup même, un peu comme le Christ. Mais il ne finirait pas comme lui. Ses yeux en avaient vu assez et au final, il ne reverrait plus personne, ne se rendrait plus chez personne. Les gens sont sources de problème, avait-il fini par se convaincre.

Moto a vu tomber des puissants, pour avoir fait confiance… il compte des trahisons, des amis, des femmes, des voisins. Il connaît des couples disloqués par des rumeurs, des fausses accusations. Dans sa jeunesse extravertie et humaniste, il en a vu pire encore. Des morts, des suicidés, des inconsolables comme lui. Mais de son histoire, il ne parle jamais.

Seul pour vivre sans problèmes

Voilà ce qu’il a raconté à quelques rares personnes à qui il s’est risqué d’avouer ses raisons de solitarité. Depuis naguère, cela ne sert plus à rien de l’imaginer seul et endurci, dans un environnement où même les moins coquins de tous se marient. Moto ne sortait ni pour regarder un match de football, pour une fête de mariage ou une visite à quiconque.

Chaque jour, Moto était courbé, interrogeant ses fils, tissant ses nattes. Il ne recevait plus que ses clients et tout discours se résumait en « bonjour », le prix des nattes, « merci », après avoir reçu son dû. Puis, « au revoir ». Jusque-là, sa réputation était restée inchangée. Aucun problème n’avait frappé à sa porte.

Mais là c’était avant cet après-midi qui signa des marques indélébiles son cœur des plus naufragés du siècle.

Solitude, problèmes

Solitude. Commons / Max Pixel

Les problèmes vont à l’ermite solitaire

Le ciel se chargeait de nuages pluvieux. Le vent soufflait inlassablement. Haletante, arrive une jeune femme du quartier. Elle supplie Moto de coucher son bébé près de lui sur une natte pendant qu’elle descendrait puiser de l’eau à la source située à quelques cinq minutes de là.

Le bon monsieur avait beau porter des blessures béantes et réputées « incurées » et incurables. Mais le pathos naturel que l’on appelle parfois « le bien », ne l’avait pas quitté. Pas du tout. Sans lever ses yeux, il acquiesça. Toujours à incliné sous l’ombre d’un manguier devenue son unique complice.

La bonne dame revint des instants après, air pressée. Moto n’avait pas bougé d’un seul iota. Pas non plus le plan d’inclinaison de sa tête chenue. Tisser ses nattes avait fini par devenir un office religieux, une espèce d’état cathartique qu’un passe-temps ou une quelconque activité commerciale. C’était sa femme, ses enfants, tout ce qu’il avait de valeureux dans sa vie.

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Moto accusé d’infanticide

Aussitôt qu’elle reprit l’enfant, la jeune dame lui hurla imprécations et injures. Elle accusait Moto d’avoir tué son enfant. Eberlué, l’homme qui ne voulait pas de problème en avait un en ce moment-là. Il crut d’abord à une sale blague. Mais blague, après tout, ce n’était pas avec lui que la première venue oserait. Sans le chercher, le problème était arrivé jusqu’à lui. Moto était dans de beaux draps.

Je crois que c’est toujours un compte, cette histoire que vous venez de lire, sous ma sauce Kapangaise. Mais mon grand-père, puis ma mère, me l’ont contée maintes fois. A chaque fois ils m’invitaient à ne pas voir partout les problèmes et ainsi vivre dans un délire de persécutions. Il faut savoir positiver certaines situations, même désagréables. Mais surtout, ils m’ont conté cette histoire contée sous des versions multiples en RDC, je crois bien, pour dire qu’il faut ouvrir l’œil, porter d’autres derrière sa tête pour ne pas regretter sa vie. Moto le tisserand l’avait appris à son dépend. Bientôt, il allait peut-être se rouvrir à l’humanité.

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